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Milan-Cortina 2026 : le CIO disqualifie un Ukrainien pour un geste jugé politique

L'athlète ukrainien Vladislav Heraskevych a été disqualifié de l'épreuve de skeleton, jeudi 12 février. Il est accusé d'avoir porté un casque à l’effigie de sportifs tués dans la guerre avec la Russie. La décision prise par le CIO fait polémique.

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L'athlète ukrainien Vladislav Heraskevych à Cortina d'Ampezzo, tenant son casque, jeudi 12 février - Athit Perawongmetha / REUTERS

“C’est le prix de notre dignité”, a déploré Vladislav Heraskevych sur son compte. L’athlète ukrainien a été disqualifié des JO de Milan-Cortina, ce jeudi 12 février. Quelques jours avant, il s’est présenté aux entraînements de skeleton avec un casque à l’effigie de sportifs ukrainiens tués dans la guerre avec la Russie.

Un casque en hommage aux athlètes ukrainiens

Il n’est pas rare de voir les concurrents personnaliser leur combinaison pour cette épreuve. Mais le caractère mémoriel de l’habillage du casque n’est pas passé aux yeux du Comité international olympique (CIO). Sur le couvre-chef figurent entre autres le patineur Dmytro Sharpar, le hockeyeur Oleksiy Loginov et la plongeuse Mykyta Kozubenko. Énumérés par le quotidien Libération, ces sportifs ont été tués par l’armée russe au cours de la guerre.

Publication de l’athlète Vladislav Heraskevych, juste après sa disqualification des JO, le 12 février 2026

Le CIO a proposé à Heraskevych de porter un brassard noir à la place, mais ce dernier a refusé. Même réponse à la présidente du CIO, Kirsty Coventry, qui a rencontré l’athlète le matin même. “Certains d’entre eux étaient mes amis”, a rétorqué le porte-drapeau de sa délégation. Lors des Jeux de 2022 à Pékin, ce même sportif avait brandi une pancarte “Non à la guerre en Ukraine”. Quelques jours après, la guerre a éclaté avec la Russie.

Le CIO condamne une « violation » de son article 50

Le Comité a finalement tranché. Vladislav Heraskevych est exclu des épreuves de skeleton pour violation de l’article 50 de la Charte du CIO. Ce texte, dont la première version existe depuis 1974 dans la Charte du CIO, stipule “qu’aucune manifestation ni propagande politique, religieuse ou raciale ne sont autorisées sur les sites, lieux ou autres zones olympiques”. Une décision qui va “dans le sens de la propagande russe”, accuse l’Ukrainien. Selon lui, certains participants, notamment russes, auraient bénéficié d’un traitement plus favorable. Un athlète aurait par exemple arboré le drapeau russe sur son casque, alors que la Russie est interdite de représentation aux JO. Aucune instance olympique ne vient toutefois confirmer cette information.

« Le CIO veut trahir la mémoire de ces athlètes, je ne les trahirai pas » Vladislav Heraskevych

Face à l’ampleur annoncée de la polémique, la présidente du CIO a joué la carte de l’apaisement. Elle déclare que “personne ne conteste le message”, et salue le devoir “de mémoire” qu’il porte, selon un communiqué. “Le défi consistait à trouver […] un terrain d’entente”, ajoute-t-elle. “Malheureusement, nous n’avons pas réussi à trouver cette solution”. Une déclaration insuffisante pour Heraskevych. “Le CIO veut trahir la mémoire de ces athlètes, je ne les trahirai pas”, a fustigé le sportif de 27 ans.

La diplomatie ukrainienne dénonce « Un moment de honte »

Le gouvernement ukrainien n’a pas tardé à réagir. Le chef de la diplomatie ukrainienne, Andriy Subira, accuse le CIO de “disqualifier sa propre réputation”. “Les générations futures s’en souviendront comme d’un moment de honte”, déclare-t-il sur X. Le Comité olympique ukrainien affirme quant à lui que le porte-drapeau “avait toute l’Ukraine avec lui, et il l’aura toujours”.

Dans un article du Figaro, il ajoute que “lorsqu’un athlète défend la vérité, l’honneur et la mémoire, c’est déjà une victoire”. Volodymyr Zelensky a également condamné la décision du CIO sur les réseaux sociaux. Le président ukrainien rappelle que “le mouvement olympique doit contribuer à mettre fin aux guerres, non pas faire le jeu des agresseurs.” Malgré les critiques, le Comité international olympique affirme qu’il ne reviendra pas sur sa décision.

Les JO et la politique, 130 ans d’ambiguïté

Les Jeux olympiques modernes, été comme hiver, ont toujours revendiqué un principe de neutralité politique. Mais ils échappent difficilement aux réalités de l’Histoire et de l’actualité. Les premiers Jeux modernes à Athènes, en 1896, ont ouvert le jour de la fête nationale grecque, qui commémore le début de la guerre d’indépendance contre l’Empire ottoman.

En 1936, les Jeux de Berlin sont utilisés comme vitrine de propagande pour l’Allemagne nazie. Quant à ceux de 1968 à Mexico, ils ont été l’occasion pour les athlètes Tommie Smith et John Carlos de lever le poing contre le racisme, sur le podium. Les Jeux ont aussi été marqués par des événements extérieurs. En 1972, 11 athlètes israéliens sont tués lors d’une prise d’otages dans le parc olympique de Munich.

La guerre froide donne lieu dans les années 80 à un boycott des JO de Moscou et de Los Angeles. Un boycott qui devient diplomatique à partir des années 2000, avec les Jeux de 2008 et de 2022 à Pékin. Plusieurs pays, dont les États-Unis, l’Australie et le Canada, n’envoient pas de représentants officiels en signe de protestation contre la politique chinoise vis-à-vis des minorités tibétaines et ouïghoures.

En 2021, le CIO a choisi d’assouplir l’article 50 afin de permettre aux sportifs de s’exprimer politiquement hors des sites de compétition. Ce choix traduit les limites de la neutralité du CIO dans un contexte géopolitique de plus en plus polarisé.

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