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La nouvelle puissance des influenceurs: Le sport change d’écran

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Squeezie au stream for humanity”: Photo prise par le photographe Mathys gaillet @mathys_gltpro montrant le plus gros youtubers français squeezie en tenue de foot lors du Stream for Humanity 2 (evènement sportif et caritatif)

C’était encore inimaginable il y a quelques années : des vidéastes et créateurs de contenu se transformant en pilotes, boxeurs ou footballeurs devant des milliers de spectateurs et des millions de téléspectateurs. Aujourd’hui, le phénomène est bien réel. Le GP Explorer de Squeezie, le DTR Fight de Billy ou encore le Eleven All Stars d’Amine ne sont plus de simples “événements entre potes” retransmis sur Twitch : ils incarnent une révolution dans la manière de concevoir le sport-spectacle.

Ces manifestations à mi-chemin entre compétition professionnelle, show médiatique et célébration communautaire rassemblent des audiences comparables, voire supérieures, à celles de certains grands rendez-vous sportifs traditionnels. Le GP Explorer 3 “The Last Race, diffusé en octobre 2025, a attiré plus d’1.4 millions de spectateurs simultanés sur Twitch, un record mondial pour une diffusion francophone, 1.2 millions de téléspectateurs sur les plateformes de FranceTV et 200 000 personnes sur places au circuit Bugatti du Mans. Le Eleven All Stars, match de football opposant streamers français et espagnols, a réuni les viewers du twitch francophone dans un stade Jean Bouin à Guichet fermé et des millions de vues en ligne, tandis que le DTR Fight a confirmé la viabilité d’un format de boxe “influenceurs” à la française.

Derrière ces chiffres spectaculaires se cache une mutation profonde du rapport entre sport, influence et communauté. Les streamers ne se contentent plus de commenter le monde du sport : ils le produisent, le mettent en scène et en redéfinissent les codes. Ce nouvel écosystème, à la fois passionné et ultra-connecté, pose une question essentielle : Sommes-nous en train d’assister à la naissance et l’expansion d’un nouveau modèle du sport moderne ?

Squeezie au stream for humanity”: Photo prise par le photographe Mathys gaillet @mathys_gltpro montrant le plus gros youtubers français squeezie en tenue de foot lors du Stream for Humanity 2 (evènement sportif et caritatif)

Des acteurs présents et impliqués dans le paysage sportif moderne

Au départ, il ne s’agissait que d’un jeu, d’un défi entre amis diffusé sur une plateforme.

Mais très vite, les streamers les plus influents ont compris le potentiel unique de leur lien avec leur public : une communauté fidèle, engagée, prête à suivre ses créateurs dans des aventures bien au-delà de l’écran.

Les créateurs de contenu, déjà habitués à scénariser leur quotidien et à organiser des événements numériques d’envergure (tournois d’e-sport, émissions en live, talk-shows), ont vu dans le sport une nouvelle scène d’expression : plus authentique, plus physique, plus spectaculaire. C’est cette recherche de crédibilité et d’incarnation qui a conduit Squeezie, Domingo, mais encore Amine à imaginer des compétitions inspirées des codes professionnels, mais adaptées à leur univers.

Après le premier GP Explorer, Squeezie explique “On a tous grandi avec le sport, et on voulait montrer qu’on pouvait aussi le vivre pour de vrai”. Pour ces créateurs, le sport devient un terrain de jeu dans lequel ils endossent le rôle de sportifs. Ce ne sont plus seulement des “influenceurs”, mais des acteurs complets, capables de mobiliser une équipe de production, des sponsors,une logistique de niveau professionnel mais aussi de participer. Cette évolution s’appuie aussi sur une motivation communautaire forte : chaque événement est un projet collectif, où les spectateurs se sentent partie prenante. Les fans financent, partagent, soutiennent et commentent en direct, donnant au spectacle une dimension participative inédite.

Photo car régie”: photo prise par le photographe Mathys gaillet @mathys_gltpro montrant que les événements sportifs des streamers sont réalisés avec les mêmes moyen qu’un événement sportif “traditionnel

Du live Twitch à la régie TV : la montée en gamme des événements de streamers

Si l’énergie et la passion ont permis à ces événements de naître, leur succès repose aujourd’hui sur une infrastructure technique digne des plus grandes productions télévisées.

Régies multi-caméras, drones FPV, graphismes en temps réel, réalisation live, commentateurs de haut niveau : le streaming amateur a cédé la place à une production calibrée et professionnelle, où chaque détail compte. Francetv s’est aussi associé à Squeezie en diffusant le GP 3 “The last Race” sur ces plateformes . 

Pour CS actu, nous avons eu le privilège de rencontrer Axel Gaillet, fondateur et CEO d’ALL IN BROADCAST et responsable technique de diffusion au sein de Ace sur des événements tel que le Eleven All Star, stream for humanity, DTR fight et le GP Explorer 3.

Pour Axel, la diffusion d’un événement sportif traditionnel et un événement de streamers, sont assez équivalentes en termes de technicités. Cependant, il nous explique, qu’artistiquement.

« il y a beaucoup plus de libertés sur les événements des streamers”

Par exemple lors du Eleven all star lorsqu’un caméraman s’étaient introduit sur la pelouse au moment d’un coup franc afin de faire des plans immersif des acteurs avant un moment crucial de leur match.

La captation d’un événement sportif doit se réaliser de la même manière qu’il soit traditionnel ou pour un événement de streamer, c’est-à-dire sans impact antenne, ni sur la vidéo, ni sur l’audio. Cette évolution technique confirme la professionnalisation rapide des événements portés par les streamers. Pensés dès leur conception pour une diffusion numérique massive, ces formats s’appuient désormais sur des standards équivalents à ceux de la télévision. La qualité de la captation devient un élément central de l’expérience spectateur. Un modèle appelé à s’installer durablement dans le paysage audiovisuel sportif.

Economie et Influence: un nouveau modèle sportif

Les événements sportifs portés par les streamers ne sont pas seulement des performances médiatiques mais de vraies machines économiques. Ces événements mobilisent désormais des budgets proches de ceux de productions télévisées majeures, où se mêlent partenariats, sponsoring et vente d’espaces publicitaires spécialement pensés pour le numérique.

Les partenariats sont d’autant plus grandissant et fort entre les marques, les streamers et ces événements grâce à une audience jeune fortement convoitée par les marques, extrêmement engagée, difficile à atteindre par les médias sportifs classiques. Lors du GP Explorer , certaines activations ont généré plus de visibilité qu’une campagne télé en prime time. Les sponsors y voient un terrain d’expression plus direct, plus authentique, avec un retour émotionnel très fort.

Les streamers, eux, utilisent ces ressources pour muscler leur capacité de production : meilleure logistique, infrastructures de niveau pro, création de contenus dérivés, développement de nouveaux concepts. Le cercle est vertueux : plus l’événement est qualitatif, plus les partenaires veulent y figurer, et plus la production peut atteindre des sommets en matière.

Cette dynamique économique repositionne les créateurs comme de véritables producteurs d’événements sportifs, capables de concurrencer certains acteurs historiques. Les shows ne dépendent plus seulement de leur popularité : ils deviennent des marques, des franchises, avec une valeur propre.

À ce rythme, les événements de streamers ne sont plus un simple phénomène issu d’internet: ils s’imposent comme un nouveau marché du sport-spectacle, en pleine structuration et encore loin d’avoir atteint son potentiel maximal.

Minos et Kameto SFH”: photo prise par le photographe Mathys gaillet @mathys_gltpro montrant deux streamers français accrochés les uns aux autres pendant le matchs, ce qui montre la liberté prise par les streamers durant ces évènements

Entre divertissement et performance

Le succès des événements sportifs organisés par des streamers tient à une transformation plus profonde qu’un simple changement de plateforme : ils répondent à une nouvelle manière de vivre le sport, façonnée par les usages numériques et la culture communautaire.

Les jeunes publics ne se limitent plus à consommer du sport de manière passive : ils suivent des créateurs auxquels ils s’identifient, dont ils connaissent le parcours, les doutes, les entraînements, les coulisses. Ils peuvent suivre une aventure bien avant l’événement grâce aux “vlogs” des influenceurs participants, notamment lors de la king’s league en France ou encore les différents entraînements en marge des différentes éditions du GP explorer. 

Dans ce modèle, le sport n’est plus seulement une performance athlétique, mais un récit, où le spectateur suit l’évolution d’un créateur qui sort de sa zone de confort : apprendre à piloter une Formule 4, monter sur un ring ou disputer un match dans un stade complet.

Cette dimension narrative crée un lien quasi intime, où le public se sent investi du rôle de supporter, mais aussi de témoin de l’effort et de la progression.

Cette hybridation du sport-spectacle brouille les frontières entre compétition et divertissement, entre sport professionnel et storytelling, entre athlète et créateur.
Pour certains, elle permet de démocratiser un sport perçu comme élitiste. Pour d’autres, elle interroge la place de la scénarisation dans la pratique sportive : le show prend parfois le pas sur la discipline elle-même. Mais quoi qu’on en pense, ces événements ont réussi ce que beaucoup d’acteurs traditionnels cherchent à accomplir : ramener au sport une génération habituée aux contenus rapides, interactifs et authentiques. Ce n’est plus seulement du sport: c’est une culture qui se construit, portée par des communautés solidaires, ultra-connectées, et prêtes à suivre leurs créateurs préférés sur n’importe quelle aventure.

Quels futurs pour les événements des créateurs ?

Alors que ces événements semblaient, au départ, relever du pari audacieux ou du simple coup d’éclat, ils se structurent désormais comme une nouvelle branche du spectre sportif. Reste maintenant à définir ce qu’ils pourraient devenir dans les années à venir.

La suite de ces événements dépend essentiellement des abonnés de ces streamers, si ils continuent de regarder ces événements, alors pour Axel, ils continueront d’exister. 

Ces événements de streamers peuvent se développer sur des sports émergents, c ‘est le cas en Belgique avec l’émergence du cyclo cross lors du Turbo Cross organisé tous les ans depuis 3 ans par Average Rob, un influenceur belge qui utilise le sport et l’humour pour rassembler sa communauté; et même la pétanque, avec la parodie du GP explorer, mais non sans être compétitive du pétanque explorer de Mcfly et Carlito.

Il y a aussi la possibilité de voir ces événements en collaboration avec des streamers à l’international tel que l’expansion du format eleven all star à celui d’une coupe du monde dans laquelle les plus grands influenceurs de chaque pays construisent une équipe et se réunissent, pour un événement sportif de grande envergure.

Pour conclure, le futur du sport ne se regarde plus seulement : il se partage, se vit et se crée en direct. Les streamers n’ont pas seulement investi dans le sport : ils en ont changé les codes. En mêlant performance réelle, esthétique télévisuelle et énergie communautaire, ils ont créé une nouvelle façon de vibrer, plus proche, plus vivante. Ce modèle n’en est qu’à ses débuts, mais une chose est claire : le sport-spectacle de demain se construira autant sur Twitch que dans les stades.

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