C’est alors que la Seconde Guerre Mondiale (1939-1945) n’est pas encore très loin derrière la France, que la métropole est touchée très fortement par des mouvements de décolonisation algérienne. La récente décision politique de la Deuxième République Française qu’est d’inscrire l’Algérie française comme trois nouveaux départements, a suscité l’indignation d’un peuple pas reconnu pour ce qu’ils sont : algériens.
Très vite les tensions ont grimpé jusqu’à atteindre un point de non-retour.

Aux origines de la guerre d’Algérie
A la veille d’un nouveau conflit et de ses basculements, le contexte de Franco-algérien est plus que crucial.
Du côté de la France, les années 50 sont vraiment symboles de la reconstruction de la France. Les vertus des “Trente Glorieuses” arrivées le lendemain de la Seconde Guerre Mondiale jusqu’en dans les années 70, sont marquées par une croissance économique forte et une société de consommation important. Cette prospérité économique change le fonctionnement de la société durablement en améliorant les conditions de vie des foyers. Désormais l’espérance de vie et la diminution de la mortalité permet une incroyable augmentation de la population. Mais c’est société de consommation nouvelle née est très ralentie dans les années 1079 par la hausse du chômage amenant à une accélération des inégalités entre les français.
Néanmoins avec une modernité croissante de la société, de profondes transformations culturelles s’opèrent ; l’amélioration des droits des femmes (le droit de vote leur est accordé le 24 mars 1944 ou encore la loi veil de 1975 ouvre le droit à l’avortement) et une plus grande attention est portée aux jeunes (surtout depuis les manifestations de mai 1968 qui fait qu’en 1974 le président Valéry Giscard d’Estaing modifie l’âge de la majorité qui passe à 18 ans). Toutefois avec ces inégalités grandissantes de nouveaux débats s’invitent dans la sphère politique : la conception de la famille, la place de la religions, l’influence des médias ou la dégradation de l’environnement.
Ainsi la France se modernise à grands pas, par contre des inégalités majeures font leur apparition fragmentant les citoyens.
L’Algérie est devenue française le 14 juin 1830 lorsque l’armée du roi de France, Charles X, débarque. Les dignitaires turcs de l’Empire ottoman s’effondrent et la résistance face à l’invasion en entièrement en 1847. La situation algérienne s’aggrave, la France réprime durement sous l’excuse de “pacification”. La colonisation s’installe par l’envoie depuis la France de 15 000 colons en Algérie, puis ils passent à 245 000 en 1872 et 750 000 en 1914. Dès 1881 le territoire est divisé en trois départements : Alger, Oran et Constantine directement rattachés à la France. Pourtant les Algériens n’ont pas le droit de vote aux élections de l’Assemblée nationale, injustice plus flagrante quand le décret du 24 octobre 1870 accorde aux 37 000 juifs d’Algérie la naturalisation française.
Les lois de 1898 et de 1900 dotent l’Algérie d’une personnalité civile, d’un budget spécial et d’une assemblée élue. En revanche la politique française n’octroie que des droits très réduits aux musulmans, d’autant plus que les Européens d’Algérie ou plus communément appelés “les pieds-noirs” revendiquent plus d’autonomie par rapport à la métropole. Une élite algérienne se forme dès lors mais celle est conscience de ces différences, alors elle se émet à réclamer notamment l’égalité politique entre les français et les algériens dans l’optique d’une politique d’assimilation.
Pendant l’entre-deux-guerres, voyant l’impossibilité de l’obtention davantage de droits, la population algérien se radicalise de plus en plus, jusqu’à atteindre un point culminant en 1945. Des eumeutes tuant des européens (100 tués) se font réprimer violemment (20 000 algériens tués). Peu après le 20 septembre 1947, le statut de l’Algérie voté par le Parlement est le même que 1900 (personnalité civile et autonomie financière). Ce statut est très critiqué par le MTLD ( Mouvement pour le triomphe des Libertés démocratiques) et l’UNMA (Union démocratique du Manifeste algérien).
En 1953, Ferhat Abbas déclare “il n’y a plus d’autres solutions que les mitraillettes” la veille du début de la guerre d’indépendance pour l’Algérie opposant à la France, ses colons.
Comprendre la guerre d’Algérie : une décolonisation violente
Le 1er novembre 1954 une trentaine d’attentats éclatent coordonnés par le Front de Libération National (FLN) démontrant une très forte insurrection algérienne, l’évènement est aussitôt appelé “La Toussaint Rouge”. Cette série de tuerie mène à une dizaine de morts. Les attentats vont durer jusqu’en juillet 1955, pendant ces 9 mois près de 2000 attentats revendiqué par le FLN se sont produits. L’armée française essaye par le biais de vastes opérations de contenir les revendications dans l’Aurès (une région montagneuse au nord-Est).
L’Etat d’urgence est déclaré par le gouvernement d’Edgar Faure le 2 avril 1955. Mais le conflit s’intensifie avec l’insurrection du département du Constantinois le 20 et 21 aout 1955 provoquant la mort de 123 civils européens, répression est sanglante : 10 000 algériens tués en retour. Les pros et anti-français se divisent de plus en plus alors le FLN s’implante partout dans le pays.
Une grande escalade de la violence s’opère. La métropole rappelle près de 1,3 millions de jeunes français en Algérie. L’armée se voit bientôt accordé des pouvoirs spéciaux (fin des libertés individuelles, toutes procédures de justice se voit être traduite directe sans instruction par les militaires et légalisation des camps de regroupement ) le 12 mars 1956. Ceux-ci permettront notamment au général Massu de mener la bataille d’Alger entre janvier et octobre 1957. L’armée française investie la casbah en mai 1957 et démantèle le FLN. Mais la supériorité de l’armée française ne permet pas de gagner l’opinion publique choquée par l’usage de la torture.
Les tensions en Algérie conduisent à une crise politique en France où le Général De Gaulle est appelé au pouvoir le 13 mai 1958. La cause Algérienne s’internationalise : la question de l’Algérie est mise à l’ordre du jour de l’Assemblée général de l’ONU le 30 septembre 1955, les autres pays arabes se montrent solidaires à l’Algérie avec la conférence de Tanger en avril 1958 notamment l’Egypte ce qui mène à une crise de Suez en 1956 avec la France. Le Maroc et la Tunisie indépendants depuis 1956 offre des bases arrières au FLN.
Tandis que le gouvernement français s’oriente vers la négociations pour la paix, certains défenseurs de l’Algérie française se radicalisent et organisent des révoltes contre l’Etat et les autorités françaises. La situation s’envenime particulièrement en 1961. Farouchement opposés à l’indépendance les ultras de l’Algérie française fondent l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) en 1961. Il mènent des actions terroristes dans le but d’empêcher toutes négociations d’avancer.
Le 22 avril 1961 des généraux français organisent un putsch à Alger qui fait craindre le renversement de De Gaulle. Le 17 octobre de la même année, la répression meurtrières d’une manifestation d’Algériens à Paris cause des dizaines de morts. Mais le processus d’indépendance est inéluctable et les négociations aboutissent à un accord le 18 mars 1962, c’est les accords d’Evian. Le 1er Juillet 1962, les Algériens votent leur indépendance à 99,72% favorables. Près d’un millions de français d’Algérie sont rapatriés en France ainsi que 50 000 algériens qui ont soutenu la France, ce sont les Harkis.
Au cours de la guerre 24 000 soldats français ont été tué et le nombre de victimes algériennes est plus difficiles à quantifier mais a été estimé par les historiens entre 150 000 et 400 000.
Les Témoignages d’une Guerre sans nom
Par souci d’anonymat, nous nommerons Gérard un ancien appelé ayant combattu pour la France sur le territoire algérien, et Jeanne une ancienne institutrice qui enseignait dans une école primaire à des élèves dont des membres de la famille étaient partis combattre les Algériens.
Ce témoignage montre l’expérience d’un jeune Français appelé sous les drapeaux, confronté à une guerre qu’il ne comprend pas et qu’il rejette moralement, révélant la violence extrême du conflit et les traumatismes durables qu’il a engendrés chez certains soldats.
Gérard : “le jour où je me suis fait appelé, c’était un jour effroyable, j’ai su directement que ça restera un jour à jamais marqué dans ma mémoire, c’était une jolie journée de mars 1960. J’ai compris que la France était en difficulté face à la situation avec l’Algérie – situation d’ailleurs qu’on appelait pas encore guerre – car ils nous appelaient, nous des jeunes qui n’était pas de l’armée de métier, pour aller combattre. L’atmosphère en France de ce moment là est inoubliable, je me souviens que l’Algérie était sur toutes les bouches.
Après avoir été rappelé j’avais eu quand même une semaine pour me préparer. Je pense que ce temps de préparation et mon expérience de ce conflit est très différente de celle des premiers appelés. Bref après avoir dit au revoir à ma famille, encore plus stressée que moi, je pars et arrive sur les terres algériennes. Là-bas, à quelques kilomètres d’Alger, je suis formé et on m’explique en long et en large comment se passent et vont se passer les opérations et surtout ce que nous serons amenés à faire.
Je me souviens que j’avais des camarades d’armes très déterminés à faire revenir l’Algérie à la France. De mon côté, je n’ai jamais compris la colonisation, je trouve toutes les cultures enrichissantes et les autres très intéressants, qui que ce soit. Alors j’ai tout de suite détesté cette guerre et encore plus ma présence ici. J’ai angoissé très tôt à l’idée d’un affrontement avec les forces indépendantistes algériennes. Mettez vous à ma place, je suis envoyé de force – bien que j’ai essayé de me cacher en professeur d’école – à réprimer voire tuer des gens comme vous et moi, innocents, réclamant leurs libertés, libertés que je leur souhaite.
Vient ma première nuit dans ce camp militaire, terrifiante. J’essaye de dormir sans trop angoissé le lendemain alors que j’entends un cri déchirant le silence. Je décide de braver mes ordres, et d’aller voir ce qu’il se passait. Je sors donc de mon dortoir, arrive dans le bâtiment dans lequel je suis pas censé me trouver. Je me rapproche pas plus car les cris reprend de plus bels mais cette fois-ci j’entends d’autres voix, c’était celles de mes supérieurs. C’était en fait une séance de torture faite sur un otage algérien. Je suis repartie aussi vite que possible dans mon dortoir. Personne ne l’avait entendu, et je n’en ai jamais parlé à qui que ce soit sur place. J’ai évidemment pas dormi cette nuit et celles qui ont suivi.
Je ne suis pas comme certains anciens combattants qui ont une grande facilité à parler de tous ces événements. Je suis très conscient que j’ai énormément à transmettre autour de moi de mon vécu, donc de mon devoir de mémoire. Mais cela me coûte massivement de vous faire part de tout cela. Mais j’aimerai tout de même parler d’une autre expérience importante de cette guerre.
C’était une énième opération de réprimandes. Cette fois-ci contre un village pour l’indépendance algérienne évidemment. Je me souviens plus du nom de celui-ci. L’officier nous ordonne à mes camarades et moi de “raser” l’entièreté de ce village sans exception. J’ai vu mes compagnons filer vers le village, je les ai suivi non sans douleur. Chacun toquait à une porte, j’ai vu des femmes, des personnes âgées et même des enfants leur ouvrir. Ils se sont fait cribler de balles un à un. J’ai couru pour retourner vers l’officer. J’espérais lui faire changer d’avis en essayant de lui expliquer qu’ils étaient la plupart innocent. Il m’a regardé avec indifférence et m’a jugé impertinent et d’insolent. J’ai cru ce jour-là que j’allais y passer aujourd’hui. Mais il n’a rien fait. Le résultat est que le village est effectivement rasé.
L’émotion me gâte, je ne peux pas vous en dire plus, je ne souhaite pas aller plus loin.”
À travers le regard d’une institutrice, ce témoignage met en lumière l’impact indirect mais profond de la guerre d’Algérie sur les enfants restés en France, dont la scolarité et l’enfance sont marquées par l’absence, l’angoisse et la peur pour leurs proches.
Jeanne : “J’ai été institutrice pendant près de 30 ans, j’en ai vu des enfants. J’ai vu aussi bien de grands timides que bavards. Mais lors de mes classes pendant la guerre d’Algérie j’ai vu l’impact que cela avait sur mes élèves.
Beaucoup devenaient curieux de savoir ce qu’il va devenir de l’Algérie. Évidemment je ne pouvais pas leur prédire le futur. Alors c’était compliqué de leur expliquer des choses dont ils étaient trop jeunes pour comprendre. D’autant plus que je n’avais pas pour rôle de commenter le conflit.
Quand j’apprenais que certains de mes petits garçons (élèves) avaient des pères, cousins, frères ou oncle appelé pour cette guerre, j’étais toujours très attentives de ce qu’il pouvait dire ou faire. Un bon nombre d’entre eux présentaient de plus en plus de difficultés en classe. Leur changement d’attitude était explicable mais j’étais stressée de les faire réussir à la fin de l’année.
Bien que la guerre semblait lointaine, elle entrait dans la classe un peu plus chaque jour qui passait. Les lettres envoyées depuis l’Algérie occupaient une place importante dans les familles et indirectement, dans la vie scolaire de mes classes. Il m’est arrivé de consoler des élèves après l’annonce d’un décès ou d’une blessure.
J’ai une anecdote qui me vient : je me souviens d’un exercice de rédaction où je demandais aux élèves d’écrire une lettre imaginaire. Un garçon a rendu une feuille presque vide, avec seulement une phrase “reviens vivant”. Évidemment je n’ai pas su quoi faire, je l’ai confronté, probablement un peu trop durement je regrette de maintenant. Mais bon il a finit par me répondre avec quelques larmes avec que c’était tout ce qu’il voulait dire à son grand frère, parti combattre en Algérie. Par désarroi, je l’ai envoyé en récréation avec les autres au lieu de conforter. Il ne savait pas, comment pouvais-je lui dire que j’ai gardé cette feuille longtemps, parce qu’elle disait plus que la guerre que n’importe quel manuel scolaire. Il m’a fait changé mon regard, sur les élèves dans sa situation, et encore aujourd’hui je regrette beaucoup de l’avoir disputé de n’avoir pas respecté l’exercice au lieu de le rassurer.”
J’étais très inquiète pendant cette période ça, c’est indéniable. Alors je suis persuadée que la guerre d’Algérie a profondément marqué leur enfance, autant que ça a marqué les adultes.“
Toujours pour une question d’anonymat nous avons choisi d’appeler Ali un témoin et ancien habitant d’Alger.
Ce témoignage d’un ancien habitant d’Alger illustre le vécu quotidien des civils algériens pendant la guerre, fait de peur permanente, de silence forcé, d’arrestations arbitraires et d’un espoir d’indépendance mêlé à de profondes souffrances.
Ali : “ A l’époque j’étais un jeune homme et je vivais dans un quartier du sud d’Alger. Pour ma famille et moi la guerre n’a jamais été une suite de grandes dates ou de discours politiques. Elle était partout, dans les rues dans les silences, dans la peur quotidienne, dans ce que personne qui n’a pas vécu la chose peut comprendre.
Les soldats français étaient présents presque en permanence. Il y avait des contrôles, des fouilles, des couvre-feux. On ne sortait jamais sans crainte. Le soir, lorsque le soleil disparaissait, la ville devenait très silencieuse. Chacun restait chez soi, les portes fermées à attendre que la nuit se passe dans ce semblant de sécurité.
Beaucoup d’hommes de mon entourage ont été arrêtés, parfois sans explication. Certains revenaient après quelques jours, marqués, silencieux et changés à jamais. D’autres ne revenaient jamais. Les familles vivaient dans cette atmosphère angoissante en permanence.
La guerre a aussi divisé les gens. Certains soutenaient ouvertement l’indépendance, d’autres se taisaient par peur des représailles. Il était difficile de savoir à qui faire confiance ou non. Un mot de trop pouvait suffire à attirer l’attention des autorités ou des combattants. Le silence était devenu une forme de survie. Par exemple, un jour, lors du marché, un homme a murmuré que la guerre finirait bientôt et que l’Algérie serait libre. Il ne parlais pas fort à son voisin mais assez pour que je l’entende et que quelqu’un d’autre aussi. Trois jours plus tard, c’était de nouveau le jour du marché. Cet homme n’était pas là comme à son habitude. Je revoie parfaitement sa femme arriver à l’étalage d’à côté du mien, tête baissée, entourée d’un silence pesant. Comme les autres je n’ai pas osé lui parler. Nous avons tous compris. Un simple mot, même dit tout bas pouvait nous couter notre vie. Le silence était plus facile pour vivre.
Je me souviens des déplacements forcés, des villages aux alentours étaient vidés de leurs habitants, des familles entassées ailleurs, loins de leurs terres. Perdre sa maison, c’était perdre une partie de son identité. Beaucoup d’entre nous se sentaient humiliés, privés de toute dignité.
Lorsque la guerre pris fin en 1962, il y a eu de la joie, mais aussi beaucoup de douleur. Trop de morts, trop de souvenirs difficiles. L’indépendance n’a pas effacé ce que nous avions vécu. Elle a simplement ouvert de nouvelle page, écrite par des hommes profondément marqués. Aujourd’hui encore, la guerre d’Algérie reste gravée dans ma mémoire par des souvenirs que je ne peux même pas vous expliquer l’horreur, la souffrance mais après nous étions heureusement menés par un espoir de liberté qui nous a fait tenir le coup.”
En confrontant ces trois témoignages, on comprend que la guerre d’Algérie a touché l’ensemble des sociétés concernées, des soldats aux civils, en passant par les enfants, laissant des blessures durables dans toutes les mémoires.
Sur les traces d’une mémoire blessée et difficile
A la suite d’une ratification des accords d’Evians par référendum en métropole, le 1” avril fut installé à Rocher Noir l’exécutif provisoire franco-algérien présidé par Adberrahmane Farès et à Paris le nouveau premier ministre George Pompidou. Le 15 mai, le référendum algérien annonce des résultats massivement pour la ratification aussi des accords d’Evian.
Les tensions ne s’apaisèrent pas tout de suite : le 3 juillet, la France reconnut l’indépendance de l’Algérie sous l’autorité de l’exécutif provisoire, qui devait organiser au plus vite l’élection d’une assemblée constituante souveraine. Mais l’exécutif ne pouvait fonctionner sans l’accord du FLN, lui même divisé. Parallèlement, une lutte pour le pouvoir, frôlant la guerre civile, opposa deux coalitions issues du FLN : l’une reconnaissait l’autorité du GPRA, tandis que l’autre soutenait le Bureau politique dirigé par Ben Bella, appuyé par l’État-major général de l’ALN du colonel Boumediene, pourtant révoqué par le GPRA le 30 juin.
L’absence d’une autorité incontestée et la concurrence pour le contrôle du pouvoir entraînèrent de nouvelles vagues de violences, marquées par des enlèvements et des assassinats visant les Français d’Algérie, notamment lors des centaines de rapts survenus à Oran le 5 juillet, ainsi que les anciens harkis. Les forces françaises procédèrent à l’accueil et au transfert des fugitifs vers la France, mais le gouvernement leur interdit toute opération de recherche sans l’accord préalable des autorités algériennes.
Cette phase de désordre prit fin à partir de septembre avec l’élection d’une Assemblée constituante composée exclusivement de membres du FLN. Celle-ci se vit confier, le 25 septembre, les pouvoirs de l’Exécutif provisoire et du GPRA, avant d’investir, le lendemain, un gouvernement dirigé par Ahmed Ben Bella. Les enlèvements de Français diminuèrent alors et des recherches furent engagées pour retrouver les disparus. En revanche, les massacres d’anciens harkis se poursuivirent durant plusieurs mois, tandis que leur internement, officiellement justifié par des raisons de sécurité, se prolongea pendant près de dix ans.
Ainsi, les accords d’Évian, présentés par le gouvernement français comme une « solution de bon sens », apparurent rétrospectivement comme une illusion, incapable d’instaurer une paix véritable en Algérie.
Du côté de la France, la perte de la colonie d’Algérie est honteuse, alors le gouvernement de la France est pressé de tourner la page. Calmer les divisions entre les anticolonialistes et les nostalgiques de l’Algérie française et continuer la modernisation du pays sont deux priorités aux yeux de De Gaulle.
Ainsi très vite, des lois d’amnistie sont adoptées par le Parlement (Article 34 de la Constitution) dès 1962, pour les actes commis pendant la guerre. En somme, l’amnistie concerne surtout les militaires français, les anticolonialistes qui ont soutenu activement l’insurrection algérienne. Ss’ajoute à cela plusieurs lois qui entre en vigueur : loi du 17 juin 1966 amnistie l’insurrection contre le gouvernement légal, les membres de l’OAS ou ceux qui luttaient contre cette organisation, Loi du 31 juillet 1968 qui permet la libération de tous les anciens dirigeants de l’OAS (ex : le Général Salan). Les lois d’amnistie se poursuivent après la période gaullienne : 1974, Valéry Giscard d’Estaing fait adopter des mesures favorables à l’indemnisation des rapatriées et avec le loi du 16 juillet 1974, efface toutes les condamnations prononcées pendant ou après la guerre d’Algérie.
Pour faire simple, toutes ces lois d’amnistie dont qu’il n’y aura pas de jugement des criminels de guerre. Ces mesures suscitent de vives prises de position notamment lors de débats parlementaires à l’Assemblée Nationale, mais elles sont facilement acceptées apr une majorité de français de la métropole qui veulent passer à autre chose et bénéficier des nouveautés économiques des “Trente Glorieuses”
Une multitude d’acteurs impliquée dans cette guerre signifie forcément à une mémoire plurielle après. On peut voir 5 mémoires principales : les anciens combattants, les harkis, les rapatriés, les anticolonialistes, les ultras de l’Algérie française et enfin tous les témoins de la guerre. Les mémoires dépendent de l’expérience de la guerre de chacun et de l’impact émotionnel qu’elle a eu ; d’une certaine façon il y a autant de mémoire que de personnes impliquées dans la guerre.
Pour les anciens appelés, cela dépend de l’année de l’implication, de l’exposition au combat, de l’éventuel bagage idéologique de l’appelé etc… Néanmoins quelques traits sont quand même remarquables. La plupart des appelés du contingent, pendant la guerre, ont protégé leurs familles en ne parlant pas de ce qu’ils vivaient, silence qu’ils ont continué une fois démobilisé. Ce sont de jeunes hommes qui reviennent souvent meurtris psychologiquement par la guerre : la viole nie qu’ils ont subie (embuscades, mort des copains, peur d’eux-même mourir), la violence qu’ils ont infligée ou ont été témoin (la torture, déplacements de population, …).
Le silence relatif des anciens combattants dans l’immédiat après-guerre n’est pas total : certains publient dès cette époque des témoignages à compte d’auteur (les éditeurs n’en veulent pas) mais ils sont peu lus, peu de personnes sont prêtes à entendre les horreurs de ces combats . Beaucoup adhèrent à des associations d’anciens combattants, dont l’action vise surtout à faire valoir des droits, comme la reconnaissance de l’usage de la torture par la France comme étant un crime.
Ce témoignage s’inscrit dans la mémoire des anciens appelés français, longtemps marquée par le silence, et montre comment les traumatismes de la guerre d’Algérie se transmettent difficilement, parfois seulement à travers les générations suivantes.
Gérard : “ J’ai toujours eu beaucoup de mal à parler de ce qui s’est passé. La douleur est très forte encore du haut de mes 88 ans. Je sais pertinemment que mon épouse et mes filles n’ont jamais su tout ce que j’ai entrevu, assisté, fait ou évité. Je ne me suis jamais rendu compte de l’ampleur psychologique que mes traumas de ce passé. Mais c’est depuis mes petits enfants très curieux de l’histoire familiale et de leur héritage, que je réalise de l’évolution des mémoires de ce conflit.
Récemment mon petit fils très en lien avec le montage de film familiaux, m’a interviewé pendant de longues heures avec des questions très pointilleuses sur cet épisode algérien. J’ai répondu comme je pouvais pour assouvir cette soif de savoir. J’ai pas pu tout répondre car cela me replonge franchement dans des états émotionnels trop engagé et avec la vieillesse, j’ai pas vraiment envie de replonger dans cet épisode. Mais tout ça pour dire qu’à part cet après midi dédié à cet interview je n’ai pas vraiment ré-aborder la guerre d’Algérie avec qui que ce soit de ma famille.
C’est pas les oreilles qui manquent si je puis dire, toutefois c’est plutôt les mots et le courage qui me manque. En revanche je suis toujours content quand mes petit-enfants parlent de la guerre d’Algérie et apprenne de cette histoire une leçon de vie. C’est qui m’apporte vraiment.
La parole sur le sujet m’est difficile mais je vois dans leur éducation et évolution qu’ils respectent mon silence tout en comprenant les réelles significations de ce conflit – confit qui a encore des répercutions très largement aujourd’hui »
Les rapatriés rentrent en France métropolitaine pour la plupart pour la première fois. Ils partagent tous le sentiment d’avoir été chassé de chez eux. Ils sont tout abandonné là-bas, ils arrivent en France avec seulement quelques valises. Ils ont vécu un véritable déracinement. Leur seule chance est d’arriver dans une France en plein développement économique capable d’absorber près de 1 millions de pieds-noirs, bien souvent mal vus. Ils s’installent majoritairement dans le sud de la France.
Il vivent une véritable nostalgie d’un style de vie méditerranéen (soleil, convivialité, cuisine particulière, …), ils magnifient souvent les souvenirs de convivialité entre elle populations européennes et musulmanes en effaçant les inégalités du temps colonial.
Ils vivent ce déracinement de manière jugée injuste car ils ont le sentiment d’avoir “fait l’Algérie”, d’y avoir apporté le progrès à leur manière. Ce sentiment d’injustice voire de trahison est très présents chez les rapatriés : ressentiment profond en De Gaulle qui selon eux, les a trahis, rejet de la Gauche favorable à l’indépendance de l’Algérie, rancoeur vis-à-vis des algériens : la France leur apportait le progrès (beaucoup de français algériens ont combattu aux côté des français).
La mémoire des harkis est clairement plus discrète. Ils sont présentés comme des patriotes par les tenants de l’Algérie française et comme des trahîtes par le FLN. Leurs motivations étaient diverses et plus prosaïques : la misère qui pousse à s’engager pour avoir une solde, la fidélité à une autorité que l’on suit dans ses choix, le rejet du FLN notamment quand celui-ci s’en est pris à leur famille … D’autres parts le drame des harkis est double : engagés dans l’armée française, celle-ci reçut l’ordre de les abandonner en Algérie après les avoir désarmés. Ils ne furent pas autoirsiés à venir en France.
Près de 40 000 d’entre eux ont tout de même réussis à rejoindre la France de force mais ils ne furent pas pour autant les bienvenue (camps d’internement comme à Rivesaltes). Ainsi leur mémoire est très peu audibles car souvent ce sont des gens très modestes, peu instruits. Ce sont leurs enfants et surtout leurs petits-enfants qui prendront plus tard en charge leur mémoire et leurs revendications.
En dépit des trois autres mémoires évoquées, celle des anticolonialistes, il ne s’agit pas de mémoire de vaincus. Les engagements anticolonialistes de la guerre d’Algérie ne disparaissent pas au lendemain de 1961. Ils s’expriment clairement au moment des débats sur les lois d’amnistie auxquelles ils sont opposés. Le cinéma les aide grandement à s’exprimer rétrospectivement leur vision de la guerre d’Algérie, une vision critique et dénonciatrice des actions de l’armée française. Par exemple : la bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo en 1966 reconstitue comme son titre l’indique la bataille d’Alger, film d’abord interdit en France puis menacé d’attentat devant les salles en provenance de l’extrême droite. Autre exemple : le désert à l’aube de Noël Favrelière (1960), un témoignage d’un appelé qui sauve un prisonnier de l’exécution sommaire et s’enfuit avec lui en Tunisie, film aussi interdit à leur diffusion.
Il y a donc bine une mémoire vive des engagement contre la guerre. La dénonciation d’une guerre colonialiste, la dénonciation des méthodes utilisées par certaines éléments de l’armée française (comme la torture ou les exécutions sommaires), le sort des immigrés algériens des bidonvilles.
Et enfin pour ce qui concerne la mémoire des témoins, des victimes de ce conflit du côté français comme algériens, c’est avant tout une mémoire marquée par une violence extrême psychologique et physique. Les témoins ont vécu ou vu des massacres, attentats, etc … Ces expériences ont laissé des traumatismes durables et profonds, nourris par la peur, la culpabilité d’avoir survécu et le sentiment d’avoir été abandonné par les autorités.
Cette mémoire a été aussi longtemps niée ou réduite au silence. En France comme en Algérien le conflit a été minimisé, qualifié “d’opération de maintien de l’ordre”. Alors tous ces témoins plus indirects sont de ce fait rejetés et confrontés à l’indifférence. Leurs récits n’avaient pas de place dans le discours officiel.
Ce témoignage illustre la mémoire plus discrète des témoins indirects de la guerre d’Algérie, en particulier ceux qui, sans avoir combattu, ont été confrontés aux conséquences du conflit dans leur vie professionnelle et familiale.
Jeanne : “ Je n’ai jamais été quelqu’un qui me confie, que ce soit à mes amies ou ma propre famille. Néanmoins ça m’arrivait de raconter quelques histoires sur mes élèves à des proches. Mais pour la période qui suivait la guerre d’Algérie, j’étais trop occupée à élever mon troisième fils pour prendre le temps de raconter les choses que j’avais ressenti ou vécu dans ma salle de classe.
L’histoire que je vous ai raconté un peu plus tôt sur l’exercice de rédaction, c’est bien la première fois que je l’expose à quelqu’un. De mon point de vue je n’ai jamais pensé que j’avais un devoir de mémoire quelconque concernant ce sujet-là étant donné que je ne suis ni algérienne, ni ancienne combattante. C’est jusqu’à que je reçois votre proposition d’entretien pour discuter de la guerre d’Algérie que je me demande premièrement pourquoi, et ensuite ai-je vraiment un rôle à jouer là-dedans.
Mais j’aime bien votre démarche et entant qu’ancienne enseignante, voir de jeunes générations se soucier de l’héritage d’un conflit aussi important que celui-là, est un bel héritage en soit.”
Ce témoignage reflète la mémoire des civils algériens, marquée à la fois par la fierté de l’indépendance acquise et par la volonté, pour certains, de ne pas enfermer cette histoire dans le ressentiment malgré les violences subies.
Ali : “ Ma femme et moi sommes fiers de notre pays et des efforts qu’il a fournit pour prendre son indépendance. Nous n’avons par contre jamais voulu diaboliser la France et son passé colonial, car garder des remords n’arrangent rien.
Ces témoignages montrent que la mémoire de la guerre d’Algérie ne se limite pas aux acteurs militaires ou politiques, mais qu’elle s’exprime aussi à travers des parcours personnels, longtemps restés en marge du récit officiel.
Nous avons évidemment ouvert un maximum le sujet que ce soit au niveau de nos enfants pour que nos petits-enfants ont leur héritage et histoire en tête. C’est qui est important à nos yeux. Mais surtout ne pas garder de colère pour quelque chose de passé. Nous voulons absolument que chacun de notre famille soit fier de son identité et pays. Je pense que nous avons fait le nécessaire. Après il y a toujours des sujets plus durs à aborder que d’autres, mais nous essayons un maximum d’être le plus honnête avec notre passé pour que notre famille ne reste pas dans l’ignorance du passé et qu’il comprenne leur présent pour prendre les meilleures décisions possibles pour leur future.”





