Jugée en première instance dans l’affaire des assistants parlementaires, la cheffe de file du Rassemblement National avait affirmé n’avoir absolument « aucun sentiment d’avoir commis la moindre irrégularité, ni le moindre acte illégal ».
Cependant, le Parlement européen et les juges ont rappelé que l’intention de commettre un délit n’est pas nécessaire pour que la responsabilité soit retenue. Cette décision a conduit à une peine de quatre ans de prison, dont deux avec sursis, à 100 000 € d’amende, ainsi qu’à une inéligibilité de cinq ans, empêchant Marine Le Pen de se présenter à l’élection présidentielle de 2027.
À ce stade de la procédure, l’appel formé par Marine Le Pen suspend l’examen définitif de la peine, mais ne préjuge pas de son issue. La question centrale porte désormais sur le caractère exécutoire ou non de la peine d’inéligibilité, un point décisif en vue de l’élection présidentielle de 2027.
Marine Le Pen avait très vite réagi en insistant : « Nous sommes tous innocents », et avait immédiatement fait appel de la condamnation prononcée par les juges.
Nouvelle stratégie pour l’appel : minimiser sa responsabilité
Lors de son procès en appel ayant débuté le 13 janvier 2026, elle affirme maintenant :
« Si tant est qu’une faute ait été commise, je n’ai aucun sentiment d’avoir commis le moindre délit ».
Cette déclaration marque un changement par rapport à sa première stratégie de défense, où elle déclarait ne pas avoir le sentiment d’avoir commis une fraude.
Pour rappel, l’affaire des assistants parlementaires porte sur l’utilisation de fonds européens destinés à rémunérer des collaborateurs du Parlement, accusés par la justice d’avoir en réalité travaillé pour le parti en France.
Manque de vigilance de la part du Rassemblement National ?
Lundi 19 janvier 2026, Nicolas Bay, eurodéputé du Rassemblement National, a reconnu à demi-mot sa part de responsabilité dans l’affaire des assistants parlementaires. En effet, de 2014 à 2015, lui sont reprochés les faits d’avoir fait travailler les assistants parlementaires européens sur des missions en France pour le parti du RN, tout en les rémunérant avec l’enveloppe dédiée aux eurodéputés.
Au cours de son interrogatoire, il dit alors :
« Quand je suis élu en 2014, on n’était pas du tout dans des affaires d’attachés parlementaires. Ce n’était pas dans l’actualité. Ma vigilance n’était pas attirée là-dessus […] Je n’avais pas conscience du danger que pouvait constituer cette zone grise dans les missions d’un collaborateur, j’ai sans doute eu tort de ne pas être assez prudent. »
Des propos qui peuvent sembler incriminants mais qui viennent néanmoins renforcer la stratégie de défense, en soulignant sa naïveté. Il ajoute également qu’il n’avait pas conscience que confier des missions de politique nationale à des assistants pouvait constituer un détournement de fonds publics.
Ces déclarations interviennent alors que la procédure en appel est en cours et s’inscrivent dans une stratégie visant à diluer les responsabilités individuelles au sein du parti.
En cas de non-éligibilité, Marine Le Pen céderait-elle sa place à Jordan Bardella ?
Lors d’une interview accordée au Parisien, Jordan Bardella a rétorqué :
« Je ne peux pas être plus clair que ça : si elle devait être empêchée demain, je serai son candidat. »
Dans le même temps, Marine Le Pen a aussi envisagé la possibilité qu’elle ne puisse pas se présenter à l’élection présidentielle de 2027 en expliquant :
« Jordan a intégré la possibilité qu’il doive reprendre le flambeau. »
Ainsi, si une peine d’inéligibilité définitive devait être prononcée à l’encontre de Marine Le Pen, ce serait donc bel et bien Jordan Bardella qui serait pressenti pour se présenter aux élections sous l’étiquette du Rassemblement National. À ce stade, aucune décision formelle n’a été prise par le Rassemblement National, qui attend l’issue judiciaire définitive avant d’acter un éventuel scénario de remplacement.




