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Iran : le musellement d’un peuple en colère

Depuis le 28 décembre, la population iranienne se soulève contre le régime, mis en échec par sa politique économique et militaire. Les autorités ont violemment réprimé les manifestations en coupant Internet dans tout le pays.

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Pancarte à l'effigie du guide suprême Ali Khamenei en flammes

“Liberté !”, “Mort au dictateur”, “Policiers, soutenez-nous !”… Ces mots résonnent chaque jour dans les rues iraniennes. Scandés par près d’un million de citoyens, issus de milieux divers, ils portent les valeurs d’un mouvement qui unit depuis trois semaines les revendications sociales et économiques à la lutte contre la corruption d’un pouvoir de plus en plus remis en cause.

L’Iran touché par une crise économique d’ampleur

Traversé par une inflation galopante, l’Iran s’enfonce dans une crise économique d’ampleur. La situation se serait aggravée par l’effondrement du rial iranien, qui aurait perdu près de 90 % de sa valeur face au dollar en l’espace d’un an, selon le magazine Time. Cette dépréciation accélérée aurait entraîné une flambée des prix des produits de première nécessité, en particulier alimentaires, et une forte dégradation du pouvoir d’achat.

La crise toucherait ainsi de plein fouet les classes moyennes et populaires, confrontées à une hausse des loyers, à une précarisation de l’emploi et à une augmentation du chômage. Dans ce contexte, les marchands du grand bazar de Téhéran — un milieu traditionnellement perçu comme proche du régime — ont joué un rôle moteur dans les premières mobilisations, réclamant une justice économique et dénonçant l’incapacité des autorités à endiguer la crise.

Des manifestations d’ampleur

Les manifestations se sont rapidement propagées dans tout le pays. La population laisse éclater sa colère contre le régime, jugé corrompu et responsable de l’augmentation de la pauvreté et du chômage. Le mouvement, favorisé par la répression des libertés civiles et religieuses, s’est intensifié ces dernières semaines. Les slogans hostiles au pouvoir et au guide suprême Ali Khamenei se sont multipliés, signe d’une colère qui dépasse le cadre des revendications contre la vie chère et les inégalités.

La vague de contestations rassemble une large partie de la population – familles, marchands, étudiants et religieux, habituellement éloignés de ce genre de contestation. Affaibli par sa politique économique et par l’échec de l’alliance militaire de “l’Axe de la Résistance” au Moyen-Orient, accéléré par une recrudescence des tensions avec les États-Unis de Donald Trump, le régime fait face à des soulèvements qui se sont multipliés ces dernières années, et notamment celui qui a suivi la mort de Mahsa Amini en 2022 «Femme, vie, liberté ».

La répression et la terreur comme réponse du régime

Devant l’ampleur du mouvement, les autorités ont choisi de riposter avec une rare violence. Des témoignages rapportés par Amnesty International et Human Rights Watch décrivent un acharnement délibéré des mollahs contre la population. Selon les rapports, des munitions létales et des tirs à balles réelles auraient été utilisés contre la population, et des cas d’arrestations massives sont rapportés lors d’opérations nocturnes. On dénombre plusieurs milliers de manifestants tués depuis le début de la révolte – les médias d’État feraient état de 3117 morts, tandis que des ONG locales élèvent ce nombre à 20 000, et près de 10 000 personnes auraient été emprisonnées.

Une population mise sous cloche

Cette répression s’accompagne d’un isolement total du pays orchestré par le régime. Le 8 janvier, le pouvoir a mis en place un plan de coupure d’accès à Internet et a reconfiguré le réseau dans le but de faire parvenir l’ensemble du trafic par un point de contrôle géré par les Gardiens de la Révolution. Les communications téléphoniques sont depuis perturbées et le réseau satellitaire Starlink d’Elon Musk a été neutralisé afin d’empêcher toute communication et intervention extérieure.

Cette mise sous huis clos, dénoncée comme une grave atteinte aux droits de l’Homme, complique la tâche des équipes indépendantes qui enquêtent sur le bilan humain de cette répression. Les ONG et associations iraniennes dénoncent un “massacre à huis clos” et l’inquiétude sur le sort des manifestants grandit à l’étranger, sans que quelconque mesure de rétorsion ne soit toutefois prise contre le régime.

Quel avenir pour le mouvement ?

La mise en silence de la population semble à première vue compromettre le poids des manifestations sur l’avenir du régime. En cas de chute, l’opposition pose son attention sur Reza Pahlavi, fils du dernier shah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi et figure d’espoir vers une transition démocratique. D’autres observateurs se montrent moins optimistes et redoutent une succession autoritaire, assurée par des milices issues des Gardiens de la Révolution qui tiennent les leviers du pouvoir, de l’économie et du contrôle sécuritaire de l’État.

L’hypothèse d’une intervention étrangère, directe ou indirecte, demeure possible, au vu du retour de l’interventionnisme américain, voulu par Donald Trump, au Moyen-Orient. Face aux provocations du président américain, qui appelle à soutenir militairement les manifestants, le régime poursuit son verrouillage numérique et menace de représailles tout pays qui tenterait d’intervenir dans sa politique interne. Enfin, l’isolement de la population dans la durée fait l’objet de projets qui visent à établir un réseau Internet national contrôlé par des agences du pouvoir. Une chose est sûre : les prochains jours seront d’une importance cruciale pour l’avenir des Iraniens.

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