Ces élections ont été le signe d’un retour à la normale. En effet, celles de 2020, marquées par la pandémie de COVID-19, ont donné lieu à un taux d’abstention de 53,5% au premier tour. Lors de ce dimanche 15 mars 2026, l’abstention s’élève à 42.9%. Au-delà de cette continuité, la rupture entre public et politique s’accroît avec le désintérêt des citoyens envers l’institution la plus directe entre ces derniers et l’État. Lors de cette élection, des politistes mettent en cause une scission entre les groupes politiques populistes qui rassemblent autour de sujets sensibles, et les citoyens qui ne se sentent plus concernés par les programmes, de facto, une apathie remplace les intérêts qu’avaient les citoyens à comprendre les enjeux politiques. On remarque ainsi une forte progression des votes envers les extrêmes au détriment des partis conventionnels, qui perdent l’influence et la clarté de leur programme.
Enfin, selon les éditorialistes, ces élections sont marquées par une recrudescence de la violence. Une violence verbale, mais aussi physique. De nombreux bâtiments de campagne ont été vandalisés. En cela, le reflet d’une société avec des divisions d’autant plus prononcées autour d’idéologies, au lieu d’un sentiment commun d’appartenance. Ces revendications émanent notamment des jeunes, qui ont besoin d’être entendus. Pourtant selon CNews le taux d’abstention chez les jeunes s’élève à 56%, soit 10 points de plus que la moyenne nationale. Cette dichotomie entre l’abstention et l’engagement perçu plus violent amène à comprendre l’évolution de chaque parti, entre 2020 et 2026.
L’équipe de CS Actu analyse l’ensemble de ces enjeux par bloc politique.
La France Insoumise (LFI) & Parti Communiste Français (PCF)
Avec seulement 9 mairies Insoumises à l’issue du scrutin, La France Insoumise fait face à un bilan mitigé. En effet, si LFI a recueilli plus de 7 millions de voix lors des présidentielles de 2022, les municipales n’ont quant à elles mobilisées que 650 000 voix.
LFI reste d’ailleurs très marginal par rapport au Parti Communiste qui a obtenu 37 mairies, dont celle de Nîmes face au candidat d’extrême droite. Le Rassemblement National déplore d’ailleurs une alliance des droites qui aurait pu faire barrage au Parti Communiste à Nîmes.
Le plus grand désaveu de La France Insoumise reste l’échec des alliances de gauche, accusant souvent le Parti Socialiste pour son manque de clarté. En effet, Jérôme Guedj a affirmé: “On ne peut pas aborder la présidentielle dans la godille, comme au PS. A chaque fois qu’on est ambigu, on perd des électeurs.”, alors que Jean-Luc Mélenchon est d’autant plus ferme en déclarant que “Le Parti Socialiste nous a entraîné dans sa chute.”.
Les représentants de La France Insoumise s’accordent tout de même sur un bilan positif. En effet, Manuel Bompard se félicite de la “percée insoumise”, c’est un “résultat historique” pour Manon Aubry, alors que Jean-Luc Mélenchon voit les résultats de ces élections comme un espoir “[ouvrant] directement le cycle de l’élection présidentielle de 2027.”.
Néanmoins, un des échecs de ces élections municipales est le constat d’une gauche profondément divisée et en difficulté lorsqu’elle s’allie. David Cormand décrit d’ailleurs le résultat de ces municipales comme “le récit des gauches irréconciliables”, alors que Raphaël Glucksmann explique que “ces fusions n’ont pas été des additions, mais des soustractions.”
Le Parti Socialiste (PS), Europe Écologie Les Verts (EELV) & Divers Gauche (DVG)
De leur côté, le Parti Socialiste, Europe Écologie Les Verts et les diverses gauches ont raflé une large partie des grandes villes. De Paris, en passant par Marseille, Montpellier, Lille, Rennes, Saint-Étienne, Villeurbanne, Dijon, Nantes et Lyon, la gauche modérée l’a très souvent emportée face aux candidats de La France Insoumise ou du Rassemblement National.
Si le Parti Socialiste a remporté 77 mairies, les Écologistes ont obtenu un bilan plutôt décevant avec seulement 8 mairies. David Cormand a d’ailleurs déclaré que la soirée de dimanche n’a “pas été une très bonne soirée pour la gauche en général, pour les Verts en particulier.”.
Un bilan contrasté qui peut être lié aux alliances, mais lorsqu’il s’agit de candidats appartenant à la branche “divers gauche”, les électeurs se sont largement manifestés en leur faveur, permettant à ces derniers d’obtenir 593 mairies.
Bien que la droite se soit emparée de quelques territoires historiques de la gauche tels que Brest, Clermont-Ferrand, Cherbourg, Strasbourg, Besançon ou Bordeaux, le bilan reste tout de même positif puisque ces municipales ont été l’expression d’un large soutien populaire pour la gauche modérée.
Raphaël Glucksmann a d’ailleurs félicité sa politique zéro alliances avec LFI en expliquant que “la gauche qui gagne est une gauche fidèle à ses principes.”.
La seconde victoire de la gauche modérée a été celle de leur force de blocage face au Rassemblement National, notamment dans les grandes villes telles que Marseille et Saint-Étienne. En déclarant “déconne pas la gauche”, François Ruffin a appelé la gauche à se rassembler malgré leurs différends afin de ne pas laisser passer l’extrême droite lors des élections présidentielles à venir.
Modem, Renaissance, Horizons, & Divers Centre
Depuis 2017, il y a une fracture des courants du centre. Avec l’arrivée du président Emmanuel Macron, la notion de neutralité politique a été bouleversée. Ainsi, le traditionnel MoDem a observé un net recul de ses voix, au profit de ce qui se nomme aujourd’hui « Renaissance » et « Horizons ». En cela la question du clivage politique a paru être dépassée par la nouvelle offre politique.
Une anecdote sur la commune de Romorantin-Lanthenay où l’ex-maire Jeanny Lorgeoux (DVG) à la tête de la mairie depuis 1985, a été éliminé au second tour par Louis De Redon (MoDem) avec 61% des voix. à travers cela, les groupes centristes continuent d’accentuer leur présence à l’échelle locale. Certain fiefs, tel que celui d’Edouard Philippe au Havre, restent inchangés.
Ces élections ont aussi permis à Gabriel Attal, Secrétaire Général du groupe Renaissance, d’annoncer que leur nombre de conseillers municipaux a doublé « partout en France à l’issue de ces élections ». Grâce au soutien des jeunes militants des groupes la notion de porte-à-porte s’évertue. Dans les grandes villes telles que Lille, une dame âgée du quartier de Montebello nous confie « j’ai eu le droit à la visite de tous les partis », avec un sentiment de satisfaction.
Les Républicains (LR) & Divers Droite (DVD)
La droite conventionnelle fait face à un charognard, alias l’extrême droite et sa diversité. Eric Ciotti devient maire de Nice, face à Christian Estrosi qui avait prononcé un rapprochement pour le camp présidentiel en 2021. Pour autant, le parti Les Républicains reste fort ancré localement dans les petites et moyennes villes. Le cas de Vichy avec Frédéric Aguilera qui s’engage pour un deuxième mandat. Les votes pour la droite restent minoritaires dans les autres villes métropoles, tel que Marseille, Lyon ou Paris.
Laurent Wauquiez à félicité le nouveau maire de Clermont-Ferrand, Julien Bony arrivée avec 50.61% des voix. Cela a impacté la ville qui était socialiste depuis plusieurs mandats. Il a par ailleurs prôné un rassemblement autour d’un parti, uni autour de valeurs et d’un programme commun.
Union des Droites Républicaines (UDR), Rassemblement National (RN) & Reconquête
Pour ce qui est de l’extrême droite, le bilan reste mitigé, mais certaines avancées sont tout de même notables.
En effet, lorsque le Rassemblement National ne détenait que 9 communes en 2020, ce sont 47 communes qui, ce dimanche, se sont retrouvées avec un maire issu du Rassemblement National. Le RN a également obtenu un certain succès dans les Vosges dans la ville de Nomexy, permettant à Yann Traiteur d’être élu à seulement 19 ans, faisant de lui le plus jeune maire issu de ce parti.
La victoire d’Éric Ciotti à la mairie de Nice a par ailleurs été une large victoire pour le Président de l’Union des Droites Républicaines. Ainsi, au total, l’extrême droite a remporté 58 mairies, signe de sa relative progression en France.
Néanmoins, malgré ses avancées, l’extrême droite s’est vue être battue par la droite modérée à Toulon et à Reims, par le Parti Socialiste à Marseille et à Saint-Étienne, et s’est faite dépasser par le candidat du Parti Communiste à Nîmes.
Ainsi, dans sa course au pouvoir, le Rassemblement National, ignore ses défaites et ne se félicite que de sa courte avancée, qu’il perçoit pourtant comme étant phénoménale. En effet, Sébastien Chenu évoque une “moisson incroyable”, alors que Andréa Kotarac s’émerveille face à “une pluie de victoires”. Quant à lui, Jordan Bardella a depuis le siège de son parti exprimé que “Le Rassemblement National et ses candidats réalisent la plus grande percée de toute son histoire.”.
Sans étiquette
Les listes municipales sur l’ensemble du territoire sont composées majoritairement de candidats « sans étiquette ». Dans un grand nombre de cas cela est dû à la densité des villes rurales et à leur intérêt pour la politique.
Pour ces élections il y avait 68 communes sans listes, contre 106 en 2020. Ce point permet de visualiser la difficulté que peuvent avoir les communes à trouver une liste pour les représenter. Alors une liste apartisane peut signifier soit une volonté des candidats de ne pas se lier aux affaires politiques liés au parti.
Selon des études universitaires, ces maires ne sont pas apolitiques, ils cherchent souvent à mettre en avant les produits locaux, et à développer leur commune. En cela une majorité d’entre eux pourraient être considérés comme de centre droite. Outre cette volonté, à l’échelle nationale, le nombre de maires « sans étiquette » augmente, et les listes indépendantes se diversifient aussi. Un grand nombre de ces maires indépendants mettent en cause la monté de la violence et la volonté de rester « naturel et proche des citoyens ».
Il n’y a donc pas de grands changements du côté des maires « sans étiquettes », pourtant dans l’émission télé Quotidien, le passé judiciaire de certains maires est mis en avant. En effet, certains d’entre eux sont poursuivis pour divers délits tels que des violences sexuelles. On pourrait remettre en cause la capacité des citoyens à être pleinement informés des listes pour lesquelles ils peuvent voter.
Finalement, ces élections municipales laissent la France dans le flou, entre des résultats locaux peu probants, et une polarisation vers les extrêmes au niveau national. Chaque parti a revendiqué ces victoires au soir des élections municipales. Si nous pouvons tirer des enseignements de cette période électorale, il ne faudra pas calquer ceux-ci sur des résultats nationaux qui résultent de dynamiques électorales bien différentes. Si les sondages au lendemain des municipales évoquent une avance considérable pour le Rassemblement National, il faudra s’attendre à bien des surprises d’ici là.





