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Le journal pour les jeunes, par les  jeunes

Choc des savoirs : quel avenir ?

Le mercredi 3 avril 2024 à Issy-les-Moulineaux avait lieu une mobilisation de nombreux parents et enseignants contre la mesure des « groupes de niveaux » du choc des savoirs annoncé par Gabriel Attal. Quelle est donc cette mesure et pourquoi s’y oppose-t-on ? Patrice Furé, président de la FCPE 92, nous répond.

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Patrice Furé, Président de la FCPE 92, répond à nos questions sur la réforme du choc des savoirs à l'école © FCPE
Patrice Furé, Président de la FCPE 92, répond à nos questions sur la réforme du choc des savoirs à l'école © FCPE

C’est le début des vacances d’été pour les élèves du primaire et du secondaire. Cependant pour certains, la rentrée sera peut-être quelque peu différente… En effet le 5 octobre 2023, Gabriel Attal évoquait sa volonté de mettre en œuvre un « Choc des savoirs ». L’objectif de cette réforme est d’élever le niveau de l’école.

Le 5 décembre 2023 lors d’une conférence de presse il présentait les mesures de son projet. Celui-ci comprend plusieurs mesures. Parmi elles, le financement de l’achat des manuels en mathématiques et lecture au CP et au CE1 ou généraliser le 8h-18h à tous les collèges de REP et REP+ (réseaux d’éducation prioritaire). L’aide aux devoirs y sera notamment priorisé. La suppression des correctifs académiques lors des notes du brevet et du baccalauréat fait aussi partie des modalités. Or, une mesure fait plus particulièrement parler d’elle. C’est celle de l’organisation de groupes de niveaux flexibles en mathématiques et en français au collège. De nombreuses personnes nomme cette mesure le « tri social ». Cette organisation a pour but de permettre à tous les élèves de progresser dans des classes hétérogènes. Mais nombre de parents et d’enseignants ne le voient pas de cet œil-là. 

Néanmoins, cette réforme sera peut-être supprimée si le gouvernement en place change et le décide. Afin de mieux comprendre la position des parents et enseignants opposés à cette mesure, nous avons interrogé Patrice Furé, Président de la FCPE 92, une association majeure de parents d’élèves.

En quoi la mesure des groupes de niveaux pose-t-elle problème ?

« Cette réforme du collège se base sur la mise en place de groupe de niveaux et une séparation. Un tri des élèves est réalisé en fonction de leurs résultats dès la 6ème, puis en 5ème. On n’est plus dans le collège unique qui était celui qui avait été mis en place depuis les année 80 avec l’objectif d’éclairer la nation et de permettre au maximum et à tous les jeunes d’avoir le même niveau d’études.

On sépare finalement dès la 6ème les élèves en fonction qu’ils soient bons, moyens ou faibles. Ainsi, les plus faibles resteront ensembles probablement jusqu’en 3ème. Ils auront très peu de chances effectivement de remonter la pente puisqu’ils ne seront pas dans un système d’émulation. De fait, ils ne passeront pas le brevet en 3ème et auront un sous parcours par rapport aux autres. Et ça on le refuse parce que ce n’est pas le pacte républicain. Ce n’est pas ce dont la nation a besoin. Elle n’a pas besoin forcément que d’élites mais au moins d’une jeunesse qui soit éclairée, éduquée. Ces jeunes ont besoin d’un socle commun. Nous sommes pour le maintien de ce socle. »

La ministre Nicole Belloubet a affirmé que pour éviter ce tri social, les élèves retourneraient en classe au cours de l’année (à savoir que les groupes de niveaux sont pour environ 1/3 des cours dans l’année). Pensez-vous que cette mesure est suffisante ?

« Non, il va y avoir deux pôles. Il n’y aurait pas une unité. Il y aura des établissements pour lesquels il n’y a pas forcément besoin de groupe de niveaux puisque le niveau global est bon sur l’ensemble des élèves pour ne pas citer certains établissements parisiens renommés etc.

Par contre dans d’autres établissements plus fragiles dans les quartiers populaires en REP ou REP+ classés, les groupes de niveaux qui, logiquement, sont faits pour 15 élèves pour les plus faibles, seront beaucoup plus nombreux. Donc, si on met beaucoup plus de groupes de niveaux il faut beaucoup plus de moyens en face, c’est-à-dire plus d’enseignants . Les chefs d’établissements dans leur autonomie doivent mettre en place cette réforme et ils feront avec les moyens qu’on leur donne mais lorsqu’il n’y a pas assez de moyens, ils sont obligés de faire des choix. Les choix qu’ils ont trouvé dans certains établissements c’est de supprimer des options. On supprime tous les demi-groupes qui existent depuis des années, ou des options, comme le grec ou le latin qui vont disparaître dans certains établissements, et on fait avec des moyens qui ne sont pas efficaces en face. »

Quel est le ressenti des parents d’élèves face à cette mesure ?

« Ça va être un peu la surprise. On a vu pour l’instant une forte mobilisation des parents, par exemple dans les Hauts-de-Seine. Cette mobilisation a été historique, c’est-à-dire que ce n’est pas un département qui de façon classique est très suiveur de tous ces mouvements de contestation et autres. Il y a eu des mobilisations qui se font depuis maintenant plusieurs mois. Les premiers sont apparus en janvier après l’annonce gouvernementale du choc des savoirs. La mobilisation ne s’arrête pas car les textes ne sont pas retirés et que la demande de la FCPE c’est l’abrogation des textes.

Ces mobilisations on les a quantifiés. Par exemple, il y a eu deux grandes journées le 30 avril et le 7 mai. Le 30 avril pour les communes les plus au sud du département et le 7 mai plutôt au nord. On a eu des résultats incroyables c’est-à-dire qu’on avait eu quasiment la moitié des collèges qui ont fermés, qui ont été impactés. Autrement dit, ça représente 50 collèges sur les 100 qu’il y a dans les Hauts-de-Seine. On a eu sur les collèges impactés plus de 80% des élèves qui n’étaient pas là. On a également constaté dans certains établissements 100% d’absents. Cela veut dire que les cours n’ont pas eu lieu, et qu’effectivement il y a eu un arrêt total qui a concerné au total 25 000 élèves, du jamais vu dans les Hauts-de-Seine.

Ensuite ça a continué car il y a eu des collèges occupés par les parents le soir pour des échanges avec les enseignants, cela a pris différentes formes.

Donc il y a un impact fort des parents et d’adhésions parce que l’appel à la mobilisation émanait de la FCPE. Les autres fédérations n’ont pas forcément appelé à se mobiliser notamment la PEEP. C’est une autre grande organisation. À noter que certaines associations PEEP se sont mobilisées localement. Mais il y a pas eu un appel général à suivre le mouvement. Lorsque l’on connaît le nombre d’adhérents dans les Hauts-de-Seine, ça ne correspond pas au nombre de parents qui ont participé. Autrement dit, on se rend compte qu’il y a eu une adhésion forte des parents et des élèves, bien plus que la simple base de la FCPE. C’est une réussite pour ça. 

La difficulté qu’on a eue et un peu la surprise, c’est que le primaire s’est très peu mobilisé. Pourtant dans le primaire il y a des enfants qui sont en CM2, les autres qui arrivent en CM. Les CM2 sont les premiers qui vont subir cette réforme à la rentrée 2024, qui vont entrer dans un collège non pas classique mais réformé.

On n’a pas encore tout vécu, je pense qu’il y a des gens qui vont se réveiller à la rentrée. Ils vont se demander pourquoi « mon fils/ma fille n’est pas dans le groupe des bons, comment ça se fait alors qu’il est super bon ». On risque d’avoir énormément de demandes sur ces groupes de besoin.

Les enfants vont rentrer dans les classes de façon classique et les groupes vont se mettre en place un mois après, une fois qu’ils auront passés les évaluations nationales. L’élève peut rater parce qu’il est en sixième, qu’il n’a pas encore 12 ans et qu’il se retrouve devant un ordinateur au bout de trois semaines. Cet ordinateur, il n’a pas forcément l’habitude de l’utiliser de manière opérationnelle. Il va donc se retrouver devant un test sachant qu’il va conditionner son positionnement dans un des groupes. Imaginez un peu le stress à la fois des parents, des enfants s’ils ratent, etc. Et chaque année on lui demandera un test pour les groupes de niveaux pour qu’il sache où se situer. C’est tout ce que cette réforme entraîne. »

Est-ce que le ressenti est le même au niveau des enseignants ?

« Au niveau des enseignants, c’est pareil. Dans les collèges ils se sont énormément mobilisés et ont eu des jours de grève. Il y a eu des mobilisations de parents qui ont pris le relais comme pour l’opération « collège désert ». Pendant ces jours, les enseignants étaient présents. Ils étaient payés par l’État pour être présents mais n’ont pas donné de cours puisqu’il n’y avait pas délèves. C’est ce qui a permis d’organiser sur ces journées-là des rencontres, des réunions ou encore de faire passer l’information. »

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