Un retentissement sans réelle surprise pour la France. Selon Eurostat, dans son estimation publiée ce vendredi 30 janvier 2026, la croissance moyenne française atteindrait 0,9 % en 2025, bien en dessous de la croissance globale de 1,5 % de la zone euro. À cela s’ajoute le fait que, pour la troisième année consécutive selon l’Insee, le PIB par habitant français est inférieur à la moyenne européenne. Reflétant la baisse du niveau de vie ressentie en interne par ses citoyens, à l’extérieur, la France apparaît moins compétitive face aux autres puissances économiques européennes. Certaines, plus discrètes comme la Pologne, seraient même préférées pour les échanges, notamment par ses voisins allemands.
Le déclassement de l’économie française
Plus qu’un outil économique, le PIB (Produit Intérieur Brut) par habitant est un réel indicateur du niveau de vie d’un pays. Il correspond au montant de la richesse créée par habitant. On le calcule simplement en divisant l’ensemble des richesses créées dans le pays en une année par son nombre d’habitants. En France, l’indicateur s’élève à 39 100 SPA (Standard de Pouvoir d’Achat, unité monétaire permettant la comparaison en volume, éliminant les différences de prix entre pays), contre 31 400 SPA pour la Pologne. Bien que l’écart reste conséquent, la moyenne de la zone euro est de 41 300 SPA, soit au-dessus des chiffres français, et ce depuis 2022. Ces chiffres sont cohérents avec les taux de croissance estimés par Eurostat.
Ce déclassement de l’économie française n’est donc pas passager. Est-ce dû au contrecoup de la crise du Covid-19 ? Ce que l’on sait, c’est que la relance économique française n’a pas été suffisante pour réorganiser les chaînes d’approvisionnement, produisant à l’inverse une inflation difficile à contenir.
Cette baisse de productivité fragilise le pays sur le long terme : baisse des investissements significatifs, du pouvoir d’achat et du soutien aux secteurs clés (éducation, agriculture, industrie). Adjacent à ces données chiffrées, la résilience économique de la France montrerait ses limites, et les politiques publiques en place ne seraient pas des freins suffisamment puissants pour contrer l’endettement. Selon l’économiste irlandais David McWilliams, le modèle politique français est particulièrement inefficace et nécessiterait un changement profond afin d’engendrer un effet visible pour la France et les Français.
« A ce rythme, un Français et un Polonais pourraient atteindre un niveau de vie comparable à la fin du prochain quinquennat. »
Un écart qui diminue
La croissance de la France se retrouve alors sous la moyenne de l’Union européenne. Le manque de compétitivité transformant la France en un poids pour l’économie globale européenne aurait été impensable quelques années auparavant. En vingt ans, la France est passée du 19e au 24e rang mondial. Le niveau de vie moyen se situe désormais au 11e de la zone euro, et cette chute pourrait être durable.
La France voit, ces dernières années, se réduire l’écart qui la séparait auparavant des pays d’Europe de l’Est, comme la Lituanie ou la Pologne. Les prix de la main-d’œuvre industrielle moins élevés rendant le coût du travail plus attractif attireraient des investissements étrangers colossaux. La Pologne rattrape ainsi progressivement la France (60 % d’écart en 2000 contre 20% en 2025) et pourrait même d’ici 2030 la surpasser. En effet, selon Antoine Foucher, ancien directeur de cabinet de la Ministre Muriel Pénicaud (LREM), « à ce rythme, un Français et un Polonais pourraient atteindre un niveau de vie comparable à la fin du prochain quinquennat ».
Certains politiques y voient la conséquence de l’Union européenne et de ses fonds. La France est grand contributeur des finances européennes, ayant versé 155 milliards d’euros nets en vingt ans, tandis que la Pologne en aurait perçus 175 milliards. Un décalage qui freinerait lourdement le dynamisme français et pèserait sur toute l’économie, de la fiscalité à la distribution en passant par la dette publique.
L’Allemagne poursuit son développement
L’Allemagne, fervent allié français économique et industriel, a pu continuer son expansion, malgré le fait qu’elle soit aujourd’hui premier contributeur européen. L’écart entre les deux puissances européennes du vingtième siècle a augmenté de 5% depuis les vingt dernières années, atteignant alors un écart total de 11%. Géographiquement d’un point de vue eurocentré, la France est plus dépendante de l’Allemagne. Cette dernière pourrait aujourd’hui délaisser son voisin outre-Rhin au profit de l’accroissement considérable de son voisin de l’est.
Le 9 janvier dernier, la sous-secrétaire d’État polonaise Henryka Mościcka-Dendys et le coordinateur allemand Knut Abraham se sont rencontrés à Varsovie. En sujet central des échanges bilatéraux figurait la coopération économique. Cela témoigne de la volonté commune de renforcer leur coordination en matière économique. Ils auraient notamment placé les infrastructures de transport en élément clé de leur collaboration, permettant de meilleurs échanges de biens et de personnes. Par ailleurs, l’Allemagne est déjà le marché le plus important pour la Pologne, que ce soit en matière d’exportation ou d’importation.
En résumé, le début du 21e siècle marque un changement notable des économies européennes. Alors que le modèle français souffre et ne parvient pas à se relancer, la Pologne semble se placer en pivot. Un pivot économique, via sa croissance remarquable et sa hausse du niveau de vie visible par le PIB par habitant, mais aussi géopolitique, notamment pour les Allemands. En effet, géographiquement, la Pologne est un pays décisif pour l’organisation de la défense des frontières orientales de l’Europe, face à la constante volonté expansive de la Russie.





