Sous fonds de tensions entre l’Iran, les Etats-Unis et Israël concernant le nucléaire iranien, de fortes protestations du régime en Iran et un risque d’intervention américaine font craindre le risque d’un conflit régional généralisé.
Depuis dimanche 28 décembre 2025, de Téhéran à Maleskshahi, les rues iraniennes sont remplies de commerçants, descendus pour se mobiliser contre la vie chère dans le pays alors même que certains produits de nécessités sont inabordables pour une partie de la population. Fortement réprimées par les forces de sécurité, les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de l’Iran, n’hésitent pas à ouvrir le feu sur “les émeutiers” qui “doivent être remis à leur place” même si leurs revendications sont “justes”, affirmait l’Ayatollah Khamenei au septième jour des contestations.
L’iran en crise face à une inflation…
Ce mouvement de protestation intervient dans un contexte d’hyperinflation en Iran – 42,5% en décembre, 1,42 million de rials pour un dollar, son plus bas niveau jamais enregistré. Les manifestations se sont étendues dans plusieurs villes iraniennes, faisant lieu à des affrontements violents entre manifestants et forces de l’ordre, allant jusqu’à 6 morts et 30 arrestations pour “troubles à l’ordre public”. Les étudiants se sont rapidement ajoutés aux mouvements, généralisant la crise à l’ensemble du tissu social, accentuant les tensions existantes.
L’économie iranienne, déjà fragilisée par des décennies de sanctions internationales, s’est vue progressivement affaiblie suite à sa guerre avec Israël en juin, à la baisse des exportations de pétrole et au durcissement des sanctions américaines et onusiennes, qui ont pour cause les programmes nucléaires nucléaires et balistiques de l’Etat selon un rapport récent de la Banque Mondiale. L’effondrement de la monnaie nationale a plongé les marchés dans le chaos, mettant en difficulté toute politique du budget pour 2026 et limitant ainsi tout possible investissement du gouvernement pour combler les besoins du pays.
Depuis le début des manifestations, le pouvoir a tenté d’apaiser les tensions, oscillant entre légitimation des revendications et fermeté face à toute tentative de déstabilisation.
Le président de la République Islamique d’Iran, Masoud Pezeshkian, a d’ailleurs répondu aux protestations sur X, rassurant sur sa principale préoccupation qui reste “les conditions de vie du peuple” ainsi que sur la priorité de l’agenda du gouvernement de “réformer le système bancaire et monétaire du pays” afin de “préserver le pouvoir d’achat du peuple”. Il ajoute également que les représentants de la protestation seront entendus pour résoudre et répondre aux inquiétudes de manière responsable.
Cette réaction du président M. Pezeshkian, au même titre que sa décision antérieure de remplacer rapidement le chef de la banque centrale, témoigne de la volonté d’envoyer un signal fort aux manifestants, suggérant la réactivité du gouvernement et l’instauration d’un climat de désescalade.
…Et à une pression grandissante à l’égard du régime iranien
Alors que les contestations étaient d’ordre économique, le soulèvement a rapidement pris une autre dimension. Des slogans politiques se sont fait entendre dans le pays avec plusieurs vidéos publiées par le groupe Wall Street Journal, qui montrent des protestataires défiler dans les rues, scandant des cris de ralliement comme “mort au dictateur!”, “ni Gaza ni le Liban, ma vie pour l’Iran” ou “azadi” (liberté en farsi), faisant écho aux mobilisations de ces dernières années. Plus qu’un simple malaise économique, on assiste à un “rejet frontal du système islamique lui-même”, selon Pierre Pahlavi, professeur titulaire de science politique au Collège des Forces canadiennes à Toronto. (Propos rapportés par LaPresse)
Cette mobilisation, pour l’instant d’une moindre ampleur, rappelle la révolte populaire qui avait suivi la mort de l’étudiante Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs à Téhéran, dont le slogan “Femme, vie, liberté” est devenu le symbole, et qui avait été violemment réprimée, faisant des centaines de morts. Restée ancrée dans les esprits de la société iranienne, ce nouveau soulèvement ne fait que renforcer la soif de liberté et d’autodétermination d’un peuple à l’histoire plurielle.
Ces dernières années, le régime des Mollah, en place depuis la révolution de 1979, a fortement été mis à mal par les nombreuses accusations à son égard : corruption endémique, propagande d’Etat, restrictions des droits et des libertés individuelles, soutiens et financements de plusieurs groupes armés de la région tels que le Hamas, le Hezbollah, ou encore les rebelles Houthis.
Ces facteurs conjugués aux tensions géopolitiques créent un cocktail de lignes de fracture explosives.
Une intervention américaine possible ?
“Si l’Iran tire et tue violemment des manifestants pacifiques, ce qui est dans leurs habitudes, les Etats-Unis d’Amérique viendront à leur secours”, Trump, vendredi 2 décembre sur son réseau Truth Social.

Message du président américain publié sur Truth Social
D’après les commentaires récents du président américain sur son réseau Truth Social, les Etats-Unis seraient prêts à intervenir si les répressions du gouvernement sur les manifestants deviennent plus violentes. L’Iran a mis en garde le président contre toute forme d’ingérence. Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale de l’Iran, a réagi aux menaces de Donald Trump et aux déclarations des autorités israéliennes sur son compte X.
With the statements by Israeli officials and @realDonaldTrump, what has been going on behind the scenes is now clear. We distinguish between the stance of the protesting shopkeepers and the actions of disruptive actors, and Trump should know that U.S. interference in this… pic.twitter.com/uu9R20KFFv
— Ali Larijani | علی لاریجانی (@alilarijani_ir) January 2, 2026
Selon lui, la situation est très claire et s’inscrit dans un contexte de risque de confrontation entre Israël, les Etats-Unis et l’Iran : les protestations ne seraient qu’une pièce de théâtre dont les ficelles sont tenues par Washington et Tel Aviv afin de semer un chaos national – sans pour autant fournir de preuves. Il avertit tout comme Ali Shamkhani, un conseiller de l’ayatollah Ali Khamenei, que “toute main interventionniste qui s’en prendrait à la sécurité de l’Iran sous quelque prétexte que ce soit, s’exposera à une riposte”.
Si les Etats-Unis venaient à attaquer l’Iran, cela pourrait ne pas rester une affaire de quelques frappes mais pourrait s’étendre à Israël, allié américain, et à l’ensemble du Moyen-Orient. Et la perspective, pour les Iraniens, de renouer avec un semblant de démocratie pourrait ne jamais se concrétiser et s’inscrire dans une trajectoire comparable à la réalité libyenne contemporaine.
Ce risque d’intervention américaine illustre une réalité inquiétante : le concept d’America First n’est pas seulement prioriser les Etats-Unis sur tous les points, il représente également une ambition profonde d’hégémonie et de domination sur le monde. Face au recul du droit international et à l’affaiblissement de l’ordre international multilatéral fondé sur le droit plutôt que sur la force, le contexte actuel alimente la crainte de l’émergence d’un conflit régional entre puissances nucléaires.





