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Quand les Grammy Awards deviennent une tribune politique

La cérémonie des Grammy Awards 2026 s'est tenue dimanche soir à Los Angeles. Elle a dépassé le simple cadre de la célébration musicale pour se transformer en plateforme d’engagement politique. Des discours engagés contre la politique migratoire américaine aux blagues provocatrices du maître de cérémonie, en passant par des réactions féroces de figures politiques, cette édition restera dans les annales autant pour ses prises de position que pour ses récompenses. 

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Bad Bunny lors de la 68e cérémonie des Grammy Awards, le 1er février 2026 à Los Angeles.© Kevin Winter/Getty Images/AFP
Bad Bunny lors de la 68e cérémonie des Grammy Awards, le 1er février 2026 à Los Angeles.© Kevin Winter/Getty Images/AFP

Cette politisation, plus visible que lors des précédentes éditions de la cérémonie, intervient dans un contexte américain particulièrement tendu sur les questions migratoires. Depuis plusieurs mois, les politiques de contrôle de l’immigration se sont durcies, ravivant les critiques contre l’agence ICE, accusée par de nombreuses ONG et figures publiques de pratiques brutales et discriminatoires. Dans ce climat polarisé, la scène culturelle américaine est redevenue un espace central de contestation, notamment pour les artistes issus des minorités.

Les Grammy Awards : une institution musicale incontournable

Les Grammy Awards sont l’un des événements les plus prestigieux de l’industrie musicale américaine. Cette cérémonie récompense chaque année les artistes, producteurs et auteurs pour leurs réalisations artistiques. Organisés depuis 1959 par l’Académie nationale des arts et des sciences de l’enregistrement, ils couvrent une multitude de genres et de catégories.

Palmarès et retombées artistiques 

Parmi les grands lauréats de cette 68e édition, se trouve Bad Bunny qui a remporté le Grammy de l’album de l’année avec DeBÍ TiRAR MáS FOToS. C’est le premier artiste avec un album entièrement en espagnol à remporter ce prix. Billie Eilish a quant à elle été récompensée pour son titre Wildflower qui a été sacré chanson de l’année. Le rappeur Kendrick Lamar a également raflé 5 trophées dans différentes catégories.

Musicalement parlant, la soirée a célébré l’excellence musicale. Cependant, elle a aussi pris une tournure politique plus rare pour cette cérémonie. Cette reconnaissance institutionnelle accordée à des artistes issus de cultures longtemps marginalisées souligne également une évolution de l’industrie musicale américaine, de plus en plus attentive aux dynamiques culturelles et identitaires qui traversent la société.

Bad Bunny : du succès musical à l’appel politique « ICE out »

Le moment le plus marquant de la soirée a été sans aucun doute le discours de Bad Bunny lors de la remise du prix du meilleur album de l’année. Avant de remercier ses proches, il a lancé un message politique fort en demandant la sortie de l’agence américaine ICE (Immigration and Customs Enforcement) des questions migratoires :

« Avant de remercier Dieu, je vais dire une chose : ICE dehors. Nous ne sommes pas des sauvages, nous ne sommes pas des animaux, nous ne sommes pas des étrangers. Nous sommes des êtres humains et nous sommes Américains. »

Au-delà de la force du message, l’intervention de Bad Bunny a été marquée par son caractère frontal et inhabituel dans un cadre aussi institutionnel que les Grammy Awards. Superstar mondiale et figure centrale de la musique latino-américaine, l’artiste portoricain a utilisé sa notoriété pour porter un discours rarement exprimé avec autant de virulence sur cette scène. Son discours a été accueilli par une longue ovation, traduisant un soutien manifeste du public et d’une partie de l’industrie.

Acclamé par le public, il a appelé à remplacer la haine par l’amour, affirmant que la lutte pour les droits humains devait passer par la compassion et l’unité. Ce discours survient après plusieurs prises de position de l’artiste portoricain contre la police de l’immigration de Trump. Il avait également préalablement annulé toutes ses dates de concert aux États-Unis, craignant que sa communauté d’origine latino-américaine ne se fasse arrêter par l’ICE en se rendant à son concert.

Ce positionnement s’inscrit dans une stratégie plus large de politisation assumée de son image publique. En renonçant à une partie de ses revenus pour protéger symboliquement son public, Bad Bunny transforme son engagement artistique en acte politique, brouillant volontairement la frontière entre divertissement et militantisme.

Billie Eilish et d’autres artistes : messages et engagement

En recevant son Grammy, l’artiste Billie Eilish a elle aussi livré un message politique en déclarant que « personne n’est illégal sur une terre volée. C’est vraiment difficile de savoir quoi dire et quoi faire en ce moment. Et pourtant, je ressens beaucoup d’espoir dans cette pièce », avant de conclure, haut et fort, par un « Fuck ICE ».

Plusieurs autres artistes présents ont tenu des propos similaires ou ont affiché leur héritage migratoire comme une fierté, contribuant à faire de cette cérémonie une tribune de prises de position sur les questions identitaires et migratoires.

D’autres personnalités se sont mobilisées de manière plus discrète, notamment en portant des pins sur lesquels était inscrit « ICE out », c’est-à-dire « dehors ICE ». En adoptant un ton tout aussi direct, Billie Eilish incarne une nouvelle génération d’artistes pour qui l’engagement politique n’est plus périphérique mais central. Son discours, adressé à un public jeune et mondial, contribue à normaliser un vocabulaire militant jusque-là rare dans les grandes cérémonies culturelles américaines.

Trevor Noah, un maître de cérémonie provocateur

L’animateur de la cérémonie, Trevor Noah, a ponctué la soirée de blagues, notamment une allusion au président américain et à sa supposée implication dans l’affaire Epstein. Après avoir remis le prix de meilleure chanson de l’année à Billie Eilish, l’animateur a déclaré :

« Félicitations, Billie Eilish. Waouh ! C’est le genre de Grammy que tous les artistes convoitent, presque autant que Trump convoite le Groenland. Ce qui est logique, car depuis la disparition d’Epstein, il lui faut une nouvelle île pour traîner avec Bill Clinton »

Quelques heures après l’émission, Donald Trump a réagi sur son réseau social Truth Social en insultant et en menaçant de poursuivre Trevor Noah en justice.

Capture d’écran de la publication de Donald Trump sur Truth Social

« Noah, ce parfait raté, ferait mieux de se renseigner correctement, et vite. Il semble que je vais envoyer mes avocats poursuivre ce pauvre maître de cérémonie pathétique, sans talent et complètement idiot, et le poursuivre pour beaucoup d’argent »

Trump a également critiqué la cérémonie dans son ensemble, la qualifiant de spectacle « virtuellement inregardable ».

Cette réaction virulente illustre une fois de plus la fracture persistante entre le monde culturel et les cercles politiques conservateurs aux États-Unis. En s’attaquant frontalement au maître de cérémonie, Donald Trump a paradoxalement prolongé l’impact médiatique de l’événement, transformant une cérémonie musicale en épisode supplémentaire du débat politique national.

Une cérémonie à la croisée de l’art et de l’activisme

Cette politisation de la cérémonie n’a toutefois pas fait l’unanimité. Sur les réseaux sociaux et dans certains médias conservateurs, les Grammy Awards ont été critiqués pour leur “dérive idéologique”, accusés de détourner un événement culturel de sa vocation artistique au profit de prises de position partisanes.

En 2026, les Grammy Awards confirment que la culture populaire n’est plus seulement un miroir de la société américaine, mais l’un de ses principaux champs de bataille politiques.

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