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RN–LFI : l’union fait la farce ?

Souvent opposés, rarement rapprochés, le Rassemblement National de Marine Le Pen et La France Insoumise semblent n'avoir rien en commun. Et pourtant, cette présentation caricaturale n’est pas totalement véridique. Les explications de CSactu. 

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Jean Luc Mélanchon et Marine Le Pen, je t'aime mon non plus ?

Et si l’Assemblée nationale n’était pas un demi-cercle, mais bien un cercle où les deux extrêmes se touchent ? Avant d’essayer de répondre à cette question, il est important de mettre les choses au clair. Si le Rassemblement national et La France Insoumise sont tous les deux aux « extrêmes* » de l’Assemblée nationale, ils ne sont pas catégorisés de la même manière. 

Une différence importante

Le Conseil d’Etat a estimé, dans sa décision du 11 mars 2024, que le parti de Jean-Luc Mélenchon tout comme le Parti communiste français font partie du bloc de « gauche« , suivant ainsi l’avis du ministère de l’Intérieur qui attribue les nuances politiques au moment des élections. Ils ne sont donc pas catégorisés à l’extrême gauche comme l’expliquent un grand nombre de leurs opposants politiques. 

« Le discours porté par Jean-Luc Mélenchon définit, selon moi, une gauche post-keynésienne: elle tient un discours de gauche, mais son projet de transformation passe par les institutions démocratiques et les urnes, même lorsqu’il est question de « révolution citoyenne ». Contrairement aux trotskistes par exemple, qui depuis 1968 défendent une stratégie de conquête du pouvoir par la grève générale, cette gauche ne prône pas la prise révolutionnaire de l’État par des moyens extra-parlementaires**« , met en avant Paolo Stuppia, docteur en science politique, chercheur associé au CESSP (CNRS-Université Paris I-EHESS).

En revanche, le parti de Marine Le Pen est bien placé à l’extrême droite de l’échiquier politique français. Le lundi 11 mars 2024, la plus haute juridiction administrative de France a validé le fait que le RN peut bien être classé à l’extrême droite par le ministère de l’Intérieur lors des élections. Une différence importante à rappeler avant de se lancer dans le vif du sujet. 

Et s’ils n’étaient pas si opposés ?

Le monde politique et le journalisme sont friands des oppositions, des antagonismes et l’une des plus marquantes ces dernières années en France est celle entre le RN et LFI. Les débats entre ces deux partis sont souvent âpres, l’institution qu’est l’Assemblée nationale est maintes fois dérangée par des querelles, presque caricaturales, entre députés de ses deux camps. Mais l’actualité récente les a poussés, à plusieurs reprises, à réaliser des alliances de circonstances. 

Je t’aime moi non plus

Cela a notamment été le cas lorsqu’il a fallu faire tomber le gouvernement Barnier au mois de décembre 2024. La motion de censure a été votée par les deux ennemis jurés. Plus récemment, LFI et le RN se sont associés aux macronistes et au Modem pour faire passer la réforme de la loi dite  » PLM », dans l’objectif de changer le mode de scrutin des trois plus grandes villes de France (Paris, Lyon, Marseille) d’ici 2026. Et il ne s’agit que de deux exemples parmi d’autres. 

De réelles similarités     

Si l’on se plonge en détail dans les programmes des deux partis lors de l’élection présidentielle 2022, quelques points communs peuvent être mis en avant. L’exemple le plus parlant se trouve dans une mesure fiscale tenant à cœur aux soutiens de Jean-Luc Mélenchon et à ceux de Jordan Bardella et Marine Le Pen : le rétablissement de l’impôt sur la fortune (ISF). 

Sur cette question, la France Insoumise et le Rassemblement National se retrouvent autour d’un même constat : la suppression de l’ISF sous Emmanuel Macron a accentué les inégalités et marqué une injustice fiscale. Tous deux proposent donc son rétablissement, bien que pour des raisons et selon des modalités différentes. Jean-Luc Mélenchon souhaite la création d’un ISF climatique, ciblant les patrimoines les plus élevés et intégrant une dimension environnementale : plus un patrimoine est polluant, plus il serait taxé. L’objectif est double : financer la transition écologique et réduire les écarts de richesse.

Un chemin de réflexion différent

De son côté, Marine Le Pen défend un retour à l’ISF classique, sans composante écologique, dans une logique de redistribution ciblée, notamment en faveur des jeunes actifs et des classes moyennes. Cette convergence inattendue illustre une volonté commune de corriger les effets jugés antisociaux du «  président des riches  », tout en reflétant des visions idéologiques profondément divergentes sur la finalité de la justice fiscale.

« Un point de convergence apparent entre le Rassemblement national et LFI pourrait effectivement être vu sous le prisme du rétablissement de l’ISF et plus largement à l’appel au peuple. Mais cette proximité est trompeuse : pour le RN, il s’agit d’un glissement récent, après des décennies de programme néolibéral centré sur les petits patrons et la baisse des impôts. Du côté de Jean-Luc Mélenchon, le projet reste celui d’une redistribution des richesses , visant à réduire les inégalités sans remettre en cause dans l’immédiat les fondements du capitalisme. En réalité, les deux « extrêmes » ne se rejoignent pas : l’ISF relève d’une mesure classique de gauche reprise par l’extrême droite« , rappelle Paolo Stuppia.

Jeunesse lève-toi

On remarque le même phénomène sur la défense du pouvoir d’achat, en particulier celui des jeunes. Ce combat constitue un axe majeur des programmes de La France Insoumise et du Rassemblement National lors de l’élection présidentielle de 2022. Les deux formations, bien qu’opposées idéologiquement, partagent une volonté de répondre à l’urgence sociale, en particulier dans un contexte d’inflation galopante. 

Jean-Luc Mélenchon propose une série de mesures ambitieuses : hausse immédiate du SMIC à 1 600 euros nets, blocage des prix des biens de première nécessité (alimentation, carburant, énergie), instauration du RSA pour les jeunes dès 18 ans, ou encore la gratuité des services essentiels comme la cantine ou les transports scolaires.

Pour ce qui est de Marine Le Pen, elle mise sur un soutien ciblé aux jeunes actifs via des exonérations fiscales et sociales jusqu’à 30 ans, afin de favoriser leur insertion professionnelle, leur autonomie et leur maintien en France. Si LFI adopte une logique universaliste fondée sur le renforcement des protections sociales, le RN privilégie une approche plus nationale et incitative, orientée vers le travail et le mérite. Mais dans les deux cas, le constat est le même : les jeunes générations sont en première ligne de la précarité et doivent être soutenues prioritairement.

Un exemple récent

Si l’on veut continuer ce rapprochement, un événement survenu il y a peu fait aussi écho à cela. Le parti de Jean-Luc Mélenchon a refusé d’accueillir Olivier Pérou, journaliste au Monde et coauteur du livre « La Meute »***,  aux Amfis – l’université d’été de LFI. Les Insoumis l’accusent d’avoir « lourdement diffamé » dans son livre, co-écrit avec la journaliste de Libération Charlotte Belaïch, et d’avoir « inventé de fausses informations » sur sa vie interne.    

En prenant cette décision le mouvement mélenchoniste franchit une ligne rouge jusqu’ici traversée, presque uniquement dans l’histoire récente, par l’extrême droite, celle d’une liberté de la presse restreinte. Depuis de nombreuses années, le RN n’hésite pas à mettre de côté des journalistes. On peut notamment évoquer la campagne des législatives en 2024 où trois journalistes de Mediapart ont été refoulés de plusieurs réunions publiques. Même si les conflits avec les médias restent inhérents à l’ensemble de la classe politique, les événements récents poussent à les considérer comme liés à l’extrême droite. 

Un constat à nuancer 

Qu’ils soient qualifiés d’extrême ou non n’a guère d’importance dans cette démonstration. Ce qui a voulu être mis en avant est le fait que malgré leur position opposée au sein de l’hémicycle à l’Assemblée nationale, ces deux partis se retrouvent sur certains points. Dire que le demi-cercle de cette institution se transforme en cercle car les deux extrêmes, au sens géométrique du terme, se touchent est probablement trop fort. Néanmoins, leurs confrontations systématiques alimentées par les partis eux-mêmes et par les médias ne sont pas réellement le reflet d’une réalité politique. Il ne faut jamais oublier ce vieux dicton « qui aime bien châtie bien« …         

*Définition d’extrême par Paolo Stuppia docteur en science politique, chercheur associé au CESSP (CNRS-Université Paris I-EHESS).

En politique, le terme « extrême » renvoie à des courants qui ne font pas consensus et qui s’enracinent dans des traditions historiques précises. L’extrême gauche a été cataloguée d’abord par le terme  « gauchisme » dans la continuité des réflexions de Lénine autour  des stratégies majoritaires du parti bolchevique lors de la Révolution de 1917, puis en France à l’héritage de Mai 68, même si d’autres traditions sont parfois aussi évoquées (anarchisme, maoïsme, communisme libertaire, etc.). L’extrême droite, de son côté, regroupe principalement les droites nationalistes et semble plus facile à définir. 

** Pour en savoir plus : L’extrême gauche en France. De l’entre-deux-guerres à nos jours. Par. Aurélien Dubuisson, Hugo Melchior & Paolo Stuppia/ L’Opportune, 2019

*** La Meute – Enquête sur la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon est un livre des journalistes Charlotte Belaïch et Olivier Pérou, publié en 2025 par Flammarion après une enquête de plus de deux ans sur les méthodes et l’organisation interne du parti La France insoumise (LFI), dirigée par Jean-Luc Mélenchon.

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