En novembre 2025, la plateforme chinoise Shein, sujet d’une “mission d’information et de contrôle des produits importés en France”, s’était vue partiellement suspendue pour avoir proposé des produits non conformes voire interdits en France. Parmi ces produits, des drogues, des armes de catégorie A, mais surtout des poupées à caractère pédopornographique, dont certains destinataires — prédateurs sexuels — ont fait l’objet d’enquêtes judiciaires. Ces produits provenant de vendeurs tiers, Shein les avait elle-même suspendu sur le marché français. Cependant, depuis le 7 janvier, soit deux mois après cette mesure, des produits issus de ces mêmes vendeurs sont de nouveau disponibles à la vente.
Bijoux, accessoires, décorations, matériel de bricolage, et ameublement sont de nouveau sur Shein, vendus par des tiers. La plateforme a déclaré à l’AFP que ces vendeurs, présentés comme les plus expérimentés et les plus établis, avaient été réintroduits à la suite d’un “examen approfondi des dispositifs de contrôle et de conformité”. Shein explique que la réintroduction de ces produits est strictement encadrée et progressive, dans le but de proposer une offre fiable, mais surtout conforme aux normes en vigueur.
La plateforme fait son Mea Culpa
Il faut croire que le passage en 2026 a su encourager Shein à prendre de “bonnes résolutions”. Après la suspension partielle de sa plateforme en France et les révélations sur la commercialisation de produits illégaux, le géant chinois affirme avoir procédé à un audit interne. Cet examen aurait mis en évidence de sérieuses lacunes dans les mécanismes de contrôle des vendeurs tiers, pourtant au cœur du modèle économique de la marketplace. La plateforme reconnaît ainsi que les systèmes de modération n’ont pas permis de détecter à temps les vendeurs et les produits interdits sur le territoire français, allant bien au-delà de simples défauts de conformité.
Face à ces défaillances, Shein assure avoir revu en profondeur ses procédures. La réintroduction progressive de certains vendeurs tiers serait désormais conditionnée à des contrôles renforcés. Face à ces défaillances, Shein assure avoir revu en profondeur ses procédures. La réintroduction progressive de certains vendeurs tiers serait désormais conditionnée à des contrôles renforcés. La plateforme déclare également changer d’approche quant aux produits proposés sur son site. La réouverture du site se fait donc avec une “approche graduelle et responsable” dans le but de garantir le respect de toutes les exigences demandées en matière de qualité, de conformité réglementaire et de sécurité des consommateurs.
Ces nouveaux dispositifs restent toutefois à prendre avec du recul, car peu vérifiables. Shein étant un adepte de la pratique, épinglé régulièrement pour greenwashing, ce discours, intervenu dans un contexte de pression médiatique et juridique peut revêtir un aspect cette fois ci de “Lawwashing” destiné à rassurer les autorités plus qu’à protéger les consommateurs.
Un danger non écarté
Si les produits interdits et dangereux ont été retiré de la marketplace française, ce n’est pas pour autant que ces produits seront inaccessibles. Les produits pourraient en effet revenir sur la plateforme d’une manière plus camouflée (images de couverture et titres différents). Si cela venait à se produire, l’État français serait en droit et en mesure de suspendre définitivement l’entièreté du site en vertu de la loi “LCEN” pour « la confiance dans l’économie numérique » qui vise à protéger les consommateurs, notamment de l’apologie du terrorisme, mais aussi des images « d’exploitation sexuelle de mineurs ».
Les intéressés par les produits concernés pourraient cependant contourner les restrictions grâce à l’utilisation différentes plateformes VPN, permettant de modifier son adresse IP dans un autre pays et donc d’accéder à la plateforme d’un pays où la vente n’est pas restreinte. Le travail de traque de ces produits et des destinataires revient donc aux autorités judiciaires qui ont déjà procédé à de nombreuses arrestations depuis novembre.
Pour autant, la France se tire quelque peu une balle dans le pied quant aux dispositifs de contrôle des produits mais surtout d’alertes sur les produits illicites. Dans l’affaire des poupées pédopornographiques, c’est le magazine 60 millions de consommateurs qui avait alerté la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes). Le magazine édité par l’Institut national de la consommation (INC) est menacé de liquidation en raison de potentielles coupures budgétaires introduites dans le projet de de finances 2026. Les associations de consommateurs et de citoyens se mobilisent ce mercredi 7 janvier en soutien au magazine et à son éditeur, louant leur travail de défense des consommateurs et la publication d’informations issues d’études comparatives de produits comme avec Shein.






