Clara, 27 ans, architecte d’intérieur et passionnée de mode, estime aujourd’hui que s’habiller avec des vêtements de qualité tout en restant dans des prix accessibles devient de plus en plus difficile. Elle se demande s’il est possible d’investir aujourd’hui dans des pièces de qualité sans pour autant se confronter à des prix inabordables.
Peut-on encore aujourd’hui concilier des vêtements de qualité avec des prix abordables, ou se vêtir est-il en passe de devenir un luxe ?
L’augmentation des prix des vêtements : réalité ou impression ?
Dans un contexte économique incertain, où l’inflation frappe de nombreux secteurs, l’augmentation des prix des vêtements devient une réalité incontournable. L’idée que s’habiller coûte plus cher aujourd’hui n’est pas qu’une simple impression du consommateur.
Des données récentes issue de l’Institut français de la mode nous montrent que si les prix des articles d’habillement n’ont augmenté en moyenne que de 0,5% l’année dernière, ils ont néanmoins augmenté de 10% depuis 2021. En comparaison à cela, l’augmentation des prix des vêtements entre 1995 et 2021 n’avait progressé que de 5%. En seulement quatre ans, les prix des vêtements ont donc augmenté deux fois plus qu’au cours des vingt-six années précédentes.
Cette hausse s’explique en partie par l’augmentation des coûts des matières premières utilisées pour produire les vêtements. Un rapport de l’Union française des industries montre que des matières comme le coton, le polyester ou encore la laine ont subi des hausses spectaculaires avec respectivement +35%, +60% et +10%, ces dernières années. Cette augmentation des matières premières, s’explique quant à elle par plusieurs facteurs : conditions climatiques qui affectent la production, hausse des prix de l’énergie et du transport, conflits internationaux qui perturbent les chaînes logistiques mondiales.
Or, dans la chaîne de fabrication, le coût des matières premières représente jusqu’à la moitié du coût total de production d’un vêtement. Face à cette situation, les marques et les fabricants n’ont pas d’autres choix que de reporter une partie de ces coûts supplémentaires sur le consommateur, par une augmentation progressive des prix en magasins. Cette mécanique explique donc pourquoi, même en l’absence d’une inflation spectaculaire sur une seule année, le prix des vêtements finit par augmenter de manière durable. Résultat de tout cela : s’habiller coûte aujourd’hui plus cher qu’il y a quelques années, augmentant le sentiment que des produits autrefois accessibles deviennent, petit à petit, moins abordables.
Dans une démarche visant à documenter et illustrer le sujet de cet article, CS actu a mené son enquête. Fondée sur les retours de 30 répondants, avec 70% de femmes et 30% d’hommes âgés de 18 à 60 ans dont 60% d’étudiants. Près de 36,7% trouvent qu’au cours des dernières années les prix des vêtements ont considérablement augmenté. Quant aux 63,3% restants, une grande majorité trouve que les prix des vêtements ont partiellement augmenté ces dernières années.

Source : enquête pour CS actu par Marie GUILLAUMIN-CRESPEAU, 2025
Vers quelles solutions se tournent les consommateurs ?
Face à la hausse progressive des prix des vêtements, la fast fashion reste une des solutions les plus favorisées par les consommateurs. Des enseignes comme H&M, Zara, Bershka attirent les acheteurs grâce à des collections renouvelées régulièrement et proposées à des prix souvent jugés plus abordables. Ces enseignes sont considérées comme plus accessibles, tant par leur présence quasi systématique dans les centres et zones commerciales, que par l’étendue de leurs offres et de leurs prix attractifs. Cette situation illustre parfaitement l’arbitrage des consommateurs aujourd’hui, entre prix, qualité et durabilité.
83,3% des personnes interrogées déclarent acheter principalement leurs vêtements dans des enseignes de fast fashion. Pour beaucoup, il s’agit donc de la solution la plus accessible pour suivre les tendances tout en maitrisant son budget, surtout dans un contexte où le coût de l’habillement ne cesse de croitre.

Source : enquête pour CS actu par Marie GUILLAUMIN-CRESPEAU, 2025
Face à ce constat sur l’augmentation croissante des prix dans le secteur de l’habillement, la seconde main s’illustre de plus en plus comme une solution économique et écologique. Aujourd’hui, environ 38 % des Français achètent régulièrement des vêtements d’occasion selon le média dédié à la seconde main, CMCM. Cette tendance est encore plus marquée chez les jeunes : en 2025, près de 42 % des 18-25 ans se tournent régulièrement vers cette solution. Selon une enquête menée par le journal La Croix, le marché de l’occasion et de la seconde main connait une expansion significative dans notre pays avec une croissance annuelle de +12%. Les vêtements d’occasion représentent donc près de 10,9% du volume total des ventes d’habillement en France.
Toujours selon le sondage réalisé pour cet article, plus de la moitié des répondants (53,3 %) affirment que la hausse des prix renforce progressivement leur intérêt pour l’achat de vêtements d’occasion.
« À mon avis, la mode reste un milieu plutôt accessible pour tous à partir du moment où l’on sait où chercher. Il existe plein d’alternatives de seconde main, de marques françaises plus proches de chez nous ou encore de ressourceries. Il suffit de se donner le temps de chercher. Il est vrai que les marques d’ultra fast fashion ou de fast fashion augmentent considérablement leurs prix et rendent les options avant abordable de plus en plus inaccessible. Mais au final au vu de leurs impacts sociaux et écologiques il est préférable de s’en détourner pour d’autres alternatives. »
Elise, 20 ans
Faut-il privilégier la qualité au risque de payer plus cher son vêtement ?
Dans ce contexte-là, certains consommateurs font le choix de privilégier la qualité plutôt que la quantité. Si ces vêtements coûtent souvent plus cher à l’achat, ils sont généralement plus durables et résistants sur le long terme. La durée de vie moyenne d’un vêtement issue de la fast fashion est estimé à 12 mois. Passé ce délai les vêtements sont souvent usés, délaissés, voir même revendus car ils ne correspondent plus à nos goûts. À première vue, se tourner vers des vêtements et des marques de qualités, éthiques et durables, peut s’avérer être une stratégie plus économique, car elle limite le renouvellement fréquent de la garde-robe. Cela revient donc à acheter moins mais mieux.
Nous avons posé la question à nos répondants : seraient-ils prêts à payer plus cher pour un vêtement éthique et durable ? À cette interrogation, 80 % d’entre eux se disent prêts à dépenser davantage pour une pièce plus responsable, notamment lorsqu’il s’agit de vêtements made in France, conçus à partir de matières recyclées ou de matières dites nobles, comme la laine ou le cachemire.
« Les vêtements de fast fashion coûtent un certain prix qui n’est pas justifié par leur qualité et nécessitent de retourner régulièrement dans ces enseignes afin de remplacer des vêtements qui ne tiennent pas dans le temps. Quitte à payer cher un vêtement, autant le payer une fois plus cher et être certain de sa qualité et de sa provenance. Cela est, à mon sens, plus rentable sur le long terme. »
Elise, 20 ans
Ce point de vue fait écho à celui d’autres consommateurs, qui voient dans la qualité un investissement plutôt qu’une dépense.
« Je regarde surtout la qualité, et cela signifie souvent plus cher, mais aussi une fabrication française ou européenne. Donc au final prendre de la qualité revient aussi à faire un choix responsable en termes d’impact environnemental. […] C’est plus rentable d’acheter un jean 100euros qui va durer 10-15 ans qu’un jean 30euros Zara qui va durer 2 ans et se déformer après. Avec ce raisonnement je considère qu’une mode éthique est accessible si on voit ça comme un investissement, surtout pour les basiques. »
Charlotte, 31 ans
Au fil des années, la hausse des prix des vêtements a profondément modifié les habitudes de consommation. Entre l’augmentation du coût des matières premières, les tensions sur la production et l’inflation générale, s’habiller représente aujourd’hui un poste de dépense de plus en plus important, en particulier pour les jeunes. Face à cette réalité, les consommateurs s’adaptent, certains se tournent vers la fast fashion pour préserver leur pouvoir d’achat, tandis que d’autres privilégient la seconde main ou investissent dans des pièces de meilleure qualité, perçues comme plus durables sur le long terme. Si s’habiller n’est pas encore un luxe réservé à une minorité, il est devenu un arbitrage constant entre budget, qualité et responsabilité, révélant parfois des inégalités d’accès à une mode plus durable. Plus qu’un simple acte de consommation, le choix de ses vêtements reflète désormais des contraintes économiques, mais aussi des valeurs et des priorités.






1 comment
👏👏👏