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Bénévoles: ces mains invisibles qui tiennent debout la solidarité

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Getty Images - Bénévolat
Getty Images - Bénévolat

12 millions de français font aujourd’hui fleurir le monde du bénévolat. Présentes sur le terrain au quotidien, ces personnes sont essentielles au fonctionnement des associations, qu’elles soient orientées vers le sport, la culture, la solidarité ou le secourisme. 

Sans elles, un grand nombre d’actions ne sauraient être menées, et un nombre plus accru de personnes se retrouveraient dans le besoin. 

Pourtant, si l’on se concentre vers le secteur des associations solidaires, les actions bénévoles ne sont toujours pas suffisantes pour pouvoir aider l’ensemble des personnes dans le besoin. Car l’idéal, ce serait qu’à terme, ces associations n’existent plus et que plus personne n’ait à en dépendre. 

Ainsi, la subsistance de ces associations est à la fois marquée par la présence, tout autant que le manque de bénévoles. La présence, car ce sont les bénévoles qui permettent aux associations d’exister, et le manque, car c’est leur nombre trop insuffisant qui fait que leurs actions ne sont pas prêtes de s’achever. 

Portraits: une représentation du monde bénévole

Du haut de ses 20 ans, Benjamin est engagé au sein de la Protection Civile des Yvelines depuis ses 15 ans. Issu d’une famille de pompiers et de bénévoles, il a toujours été sensibilisé aux sujets du secourisme et de l’engagement. 

Benjamin fait partie de ces jeunes qui, au gré de leurs études, tentent d’offrir leur temps aux associations. Bien que cet engagement soit très ponctuel, chacune de ces petites actions permettent un peu plus aux associations de subsister. 

Benjamin, bénévole à la Protection Civile des Yvelines
Benjamin, bénévole à la Protection Civile des Yvelines

Quant à elle, Nadine a 61 ans. Son parcours bénévole a débuté en 2011, lorsque son aîné a quitté son domicile, et qu’elle a ressenti le besoin de se sentir utile. 

Une rencontre hasardeuse au sujet du manque de bénévoles l’a menée à un engagement de 12 ans auprès du Secours Catholique. Son expérience personnelle dans l’aide sociale l’a déjà sensibilisé aux sujets des inégalités et au don de soi tout au long de sa carrière, mais son parcours au sein du Secours Catholique n’est semblable à aucun autre. Elle est très vite montée en compétences pour devenir coordinatrice au niveau du territoire. 

Mais au-delà de cet engagement pour les personnes dans le besoin, Nadine a senti que les bénévoles ont également besoin d’aide. Ce dévouement total, au-delà des compétences de l’association lui a permis de devenir référente de territoire. 

Après 12 ans de bénévolat au sein du Secours Catholique, Nadine a décidé de quitter l’association, mais reste bénévole aux Restos du Cœur depuis 3 ans, au Secours Populaire depuis 2 ans, ainsi qu’à la Maison des 3 arches contre le cancer depuis 2 ans. 

Son portrait illustre à quel point certaines personnes restent dévouées pour le bénévolat et à l’humain en général, faisant de cette activité une part entière de leur vie, sans jamais rien attendre en retour, si ce n’est de pouvoir aider toujours plus.

Nadine – bénévole aux Restos du Cœur

Ces deux portraits représentent une partie du monde bénévole, très marqué par l’accroissement de l’engagement des jeunes de 15 à 34 ans, tout autant que par celui des retraités de plus de 65 ans, dont l’engagement est touché par une faible diminution. 

Si la France compte 12 millions de bénévoles, elle compte également 8 millions de personnes ayant essayé le bénévolat, sans succès, ainsi que 25 millions de français qui souhaitent s’engager (baromètre du bénévolat France Bénévolat – Ifop)

Ces chiffres impactant amènent ainsi à se questionner sur les raisons pour lesquelles le bénévolat n’est pas aussi développé qu’il pourrait l’être, alors que les associations n’attendent que vous.

Le bénévolat, c’est quoi ? 

Le bénévolat ne dispose pas d’une définition juridique propre. Néanmoins, la définition la plus couramment utilisée est celle d’un avis du Conseil Économique et Social du 24 février 1993

« Est bénévole toute personne qui s’engage librement pour mener un action non salariée en direction d’autrui, en dehors de son temps professionnel et familial. »

Ainsi le bénévole est celui qui donne son temps et ses compétences à titre gratuit à une personne ou à un organisme. Ce dernier n’est soumis à aucune subordination juridique car son engagement est libre et volontaire. 

Les bénévoles sont les piliers des associations, leur service pour l’intérêt général permet aux quelques 1,3 millions d’associations françaises d’exister pérénnement. 

Point statistique: l’état du bénévolat en France

Comme énoncé précédemment, la France compte parmi ses habitants environ 12 millions de bénévoles, représentant 21% de sa population

À titre comparatif, l’engagement bénévole en Europe se situe entre 22% et 23% des européens de plus de 15 ans. 

La France se situe ainsi dans cette moyenne européenne, mais d’autres modèles restent bien plus efficaces comme celui de la Suède qui compte 40% de la population engagée bénévolement, tandis que d’autres sont encore en développement comme la Bulgarie qui ne regroupe que 10% de sa population au sein d’associations bénévoles. 

En termes de domaines, on retrouve 31% des bénévoles français dans le domaine du sport, 19% dans la défense des causes, de droits et d’intérêts, 17% dans l’action sociale, humanitaire et caritative et la santé, et 13% dans les domaines du loisir, divertissement et vie sociale. 

En termes de générations, on retrouve 24% des plus de 70 ans en tant que bénévoles. Par ailleurs, ⅓ des Présidents d’associations ont plus de 65 ans en France, ce qui montre la durabilité de leur engagement, ainsi que leur désir de monter en compétences et de faire bouger les choses. Néanmoins, ces derniers étaient 38% en 2010 montrant que, bien que l’engagement bénévole au sein de cette génération soit durable, ces derniers sont de moins en moins à donner de leur temps, alors que ce sont ces mêmes personnes qui offrent un engagement régulier, comparativement aux actifs et aux jeunes qui sont plus contraints par leurs activités. 

La deuxième tranche d’âge la plus engagée est celle des 15 à 34 ans. 23% d’entre-eux offrent une main d’œuvre aux associations. Bien qu’elle soit très souvent ponctuelle, cette main d’œuvre est nécessaire pour permettre la pérennité de ces dernières. D’autant plus qu’ils étaient 19% en 2022, ce qui montre que l’engagement des jeunes est en pleine croissance. Cet engagement ponctuel des jeunes pourrait peut-être à terme compenser le désengagement des retraités dont l’aide est plus régulière. Demain, les associations accueilleront peut-être davantage de bénévoles, mais qui offriront une main d’œuvre plus ponctuelle.  

Enfin, ce sont 18% des individus de 35 à 49 ans qui sont engagés bénévolement. Cet engagement est plus restreint, étant donné que la plupart des individus de cette tranche d’âge sont des actifs qui se donnent à temps plein pour leur activité professionnelle. 

Néanmoins, une question majeure se pose autour de la recherche de bénévoles. En effet, plus de 25 millions de personnes disent ne pas exclure de s’engager dans le bénévolat. Ainsi, le bénévolat français pourrait être exposé à un tournant majeur, faisant doubler son nombre de volontaires. Pourtant, la part des bénévoles en France ne représente que 21 millions de français aujourd’hui. Pourquoi les effectifs peinent à augmenter ? Pourquoi ces personnes qui se disent prêtes à être bénévoles ne s’engagent-elles pas ? Pourquoi le bénévolat est-il beaucoup fréquent chez certaines classes d’âges et classes sociales ? 

Tout au long de cet article, l’enjeu sera de répondre à ces questions, sans aucune prétention à l’exhaustivité bien évidemment. Néanmoins, cela pourrait probablement permettre de mieux comprendre la condition des bénévoles aujourd’hui, qui donnent tant de leur personne et qui parfois, subissent leur engagement. 

Cet article s’appuie également sur une courte étude réalisée auprès de 22 bénévoles ayant entre 18 et 67 ans. Ce sondage servira uniquement d’exemple illustratif, et non pas d’affirmation, étant donné sa faible ampleur et représentativité du monde du bénévolat. 

Un entretien effectué auprès de Didier Duriez, Président du Secours Catholique permettra également de nourrir cet article avec un point de vue plus centré sur la hiérarchie et la gouvernance.

La législation de l’Antiquité à aujourd’hui: des évolutions marquantes

De tous temps, les individus se sont entraidés autour d’organisations structurées. Les interdépendances entre les individus ont façonné ces valeurs de solidarité et d’entraide propres aux Hommes. 

On retrouve les traces de cette mentalité dès l’Antiquité, mais ce n’est qu’au XIXème siècle que le terme de « bénévole » fait son entrée dans le dictionnaire, défini comme « volontaire, qui fait quelque chose sans y être tenu ». 

Par ailleurs, la liberté d’association a connu plusieurs évolutions au cours des siècles. Elle est passée de relative au Moyen-Âge, à essentielle durant le siècle des Lumières, pour être interdite au XIXe, puis finalement intégrée au corpus juridique français par la loi du 1er juillet 1901.

Un État-Providence essoufflé

Néanmoins, ce développement de la liberté d’association va de paire avec la volonté de l’État de pallier ses insuffisances. La période suivant la Seconde Guerre Mondiale a été marquée par une élévation du niveau de vie, mais également par une marginalisation des personnes âgées, travailleurs immigrés, personnes en situation de handicap, etc. 

Ce phénomène se traduit par ailleurs par le sentiment de la part des bénévoles de compenser ces insuffisances. En effet, d’après l’étude menée pour cet article, plus de 6 personnes sur 10 auraient déjà eu l’impression de faire le travail que l’État ne fait plus. 

En effet, les bénévoles ont conscience que leurs actions servent à contrebalancer les problèmes que l’État ne parvient pas à régler, en passant par la précarité étudiante, l’inflation, la précarité du logement, et des nouvelles formes de pauvreté telle que l’enclavement dans les zones rurales, face auxquelles Didier Duriez, Président du Secours Catholique tente de faire face. Certains parlent même de négligence de la part du Gouvernement de part leur manque d’action. 

Pour ce qui est du domaine du sport, du secourisme et de la culture, beaucoup d’événements ne pourraient avoir lieu sans la présence des bénévoles. En effet, les postes de secours sont essentiels au déroulement d’événements sportifs, tout autant que les festivals ne pourraient avoir lieu sans la présence de bénévoles. 

Par ailleurs, les associations bénéficient plus largement de dons privés plutôt que de subventions. En effet, Didier Duriez, Président du Secours Catholique a expliqué que son association dépend à 80% de dons privés grâce à la défiscalisation, et uniquement à 10% des subventions de l’État. Néanmoins, ce dernier ne ressent pas de désengagement de la part de l’État. En effet, il témoigne de très bonnes relations avec l’administration de l’État tels que les Préfets et les Maires. 

Néanmoins, les bénévoles de terrain, tout autant que les bénévoles au plus haut de la hiérarchie sont d’accord sur le fait que l’existence même d’associations est le résultat d’un échec collectif. Le rêve de tout bénévole est d’un jour devenir inutile, mais ce n’est pas pour demain, car les bénévoles sont encore et toujours essentiels aujourd’hui. 

Le choc générationnel

Jusqu’à la crise du Covid, l’engagement bénévole était majoritaire chez les retraités. Mais cette crise a mis en difficulté de nombreuses associations, notamment le Secours Catholique, comme en témoigne Didier Duriez, donnant lieu à un accroissement de l’engagement chez d’autres publics grâce à la loi du 15 avril 2024 visant à soutenir l’engagement bénévole et à simplifier la vie associative. 

En effet, cette loi permet la promotion du bénévolat auprès des salariés, des agents publics et de leurs employeurs. L’article 5 de cette loi permet à un salarié de faire don de ses journées de congé et de repos non utilisées à des fondations ou associations reconnues d’utilité publique. 

Par ailleurs, la loi Égalité et Citoyenneté du 28 janvier 2017 a mis en place le mécénat de compétences, permettant aux salariés de consacrer quelques heures de leur temps de travail pour une association d’intérêt général, avec une réduction fiscale sur le coût du salaire. 

Néanmoins, ces politiques n’ont pas permis de faire s’accroître l’engagement bénévole chez les individus de 35 à 49 ans de manière significative, car entre 2022 et 2025, la part de ces individus étant engagés en tant que bénévoles n’est passée que de 17% à 18% d’entre-eux. 

Du côté des retraités, ils étaient 38% en 2010, et ne représentaient plus que 24% en 2025. Ce désengagement a été relativement important durant la crise du Covid, avec une diminution de 2 millions d’engagés entre 2019 et 2022.  

De cette manière, les courbes de l’engagement entre les retraités et les jeunes de moins de 34 ans tendent à se croiser, ce qui pourrait donner lieu à un engagement plus important de la part des jeunes plutôt que des retraités d’ici quelques années. 

En effet, aujourd’hui, 23% des jeunes de 15 à 34 ans sont engagés bénévolement au sein d’associations. Cela découle notamment de nombreuses politiques menées en faveur de la jeunesse. La loi Égalité et Citoyenneté du 28 janvier 2017 permet la reconnaissance des compétences, connaissances et aptitudes acquises dans le cadre d’un engagement, permettant également la possibilité d’aménagement de scolarité pour les responsables associatifs étudiants. 

Les compétences reconnues sont celles d’une activité bénévole au sein d’une association, un mandat d’élu étudiant, un service civique, une activité professionnelle, un engagement dans la réserve militaire opérationnelle, un statut de sapeur-pompier volontaire, ainsi qu’un volontariat dans les armées.

La reconnaissance de ces compétences se fait ainsi par l’attribution d’éléments d’unité d’enseignement, de crédits ECTS, d’ajout de points bonus dans la moyenne générale, ainsi qu’une dispense de stage ou d’un enseignement. 

Ainsi, cette loi permet d’encourager les étudiants à s’engager, puisque leur parcours bénévole est désormais reconnu comme une composante valorisable du parcours étudiant. Cela pourrait être un facteur explicatif de l’accroissement de l’engagement des jeunes, et représente également une bonne perspective d’avenir en vue d’un engagement de moins en moins important de la part des retraités. 

Crise du bénévolat: le manque d’engagement

Cette problématique intergénérationnelle est également liée à un large fléau du monde associatif: le désengagement. 

En effet, selon le baromètre du bénévolat 2025, parmi les 66% de français qui déclarent ne pas être bénévoles, 8 millions d’entre eux ont déjà été bénévoles auparavant. 

Cette part d’abandon est extrêmement importante puisqu’elle représente 66% de la part des bénévoles actuels (12 millions de français bénévoles en 2025). Autrement dit, si ces désengagements n’avaient pas eu lieu, il existerait aujourd’hui 66% de bénévoles supplémentaires.

Cet abandon est à 80% lié à des raisons personnelles. 42% d’entre elles manquent de temps, 31% évoquent un changement de situation personnelle ou professionnelle, tandis que 23% de ces abandons sont liés à des problèmes de santé.

En revanche, 45% de ces raisons sont liées aux associations elles-mêmes, soit presque la moitié des abandons. En effet, 16% de ces personnes évoquent une déception par rapport à l’organisation de l’association, et 12% une organisation trop hiérarchique.

Parmi les personnes interrogées dans le sondage effectué exclusivement pour cet article, la moitié des sondés affirment avoir déjà envisagé de rompre leur engagement. Toutefois, une grande partie d’entre eux évoquent un manque de temps, une incompatibilité avec la vie professionnelle et personnelle, mais également des raisons de santé. Une personne interrogée évoque quant à elle des problèmes internes contrevenant à la bonne poursuite de l’engagement. 

Un engagement tout de même durable

Malgré les doutes qui peuvent parfois brouiller l’engagement des bénévoles, leur fidélité au sein des associations pour lesquelles ils offrent de leur temps est assez remarquable. En effet, 56% des personnes interrogées sont bénévoles dans ces associations depuis plus de deux ans. 

Cela montre à quel point les bénévoles se sentent bien dans leurs associations, même s’ils sont parfois tourmentés par quelques difficultés, souffrances physiques, psychologiques, fatigue ou un manque de reconnaissance, ces derniers n’ont jamais abandonné, et forgent l’espoir que nous avons pour l’avenir du bénévolat. 

Crise du bénévolat: les conditions de travail

Néanmoins, malgré cet engagement durable, les bénévoles font parfois face à des situations difficiles. En effet, ces derniers subissent parfois de la pression, de la fatigue physique et morale, mais également des épreuves émotionnellement difficiles. 

Tout d’abord, parmi les 22 personnes interrogées, 9 d’entre-elles affirment s’être déjà senties sous pression pour assurer une mission. Cela représente 40% d’entre elles. Néanmoins, seules deux personnes évoquent une réelle pression liée aux activités et aux responsabilités. Si non, les autres sondés évoquent une pression qu’ils se mettent eux-mêmes, estimant avoir la vie des bénéficiaires entre leurs mains, mais également celle de ne pas vouloir décevoir. 

Un chiffre marquant se situe au niveau de la fatigue morale et physique liée à l’engagement. En effet, 17 personnes sur les 22 interrogées, soit presque 80% d’entre elles, ont déjà ressenti cette fatigue suite à leur engagement. 

Pour ce qui est de la fatigue physique, certains évoquent un épuisement lié au départ de nombreux bénévoles, mais également suite à l’intensité des activités qui peuvent se révéler épuisantes après des longues journées debout. 

La fatigue morale est quant à elle bien révélatrice de la problématique actuelle de l’engagement. Tout d’abord, un certain nombre d’entre eux évoquent un « trop plein » lié au cumul d’activités et à la tentative de lier vie personnelle, professionnelle et associative. Un autre pan de la fatigue morale se situe au niveau du désarroi face à cette impression de faire face à un État qui ne fait rien, devant sacrifier notre propre vie pour pallier ces insuffisances, tout en se sentant toujours impuissant. Une personne sondée évoque également une fatigue morale liée aux obligations qu’elle s’est fixées elle-même suite à son engagement, ne voulant pas rompre ses valeurs et ce pour quoi elle fait ça. 

Malgré l’ensemble de ces difficultés, les bénévoles ressentent tout de même un large sentiment d’être écoutés au sein de leur association. En effet, 19 personnes sur les 22 interrogées expriment ce sentiment. Même si certaines d’entre elles expliquent avoir eu des difficultés à faire entendre leur voix, une majeure partie des personnes interrogées met en avant des assemblées, générales, réunions, débriefs et autres dispositifs de communication permettant l’expression et l’écoute de chacun. 

De la même manière, presque 80% des personnes interrogées disent avoir déjà exprimé un désaccord ou une difficulté au sein de leur association. 

Néanmoins, bien que cela soit évident, plus de 80% des personnes interrogées interviennent généralement dans des situations émotionnellement difficiles. Que ce soit l’accueil de personnes victimes de violences, de personnes sans domicile fixe, des étudiants dans le besoin, des personnes immigrées, et bien d’autres, cela reste parfois difficile de se détacher de la situation des personnes auxquelles ils viennent en aide. 

D’autant plus que presque 60% des personnes interrogées affirment qu’aucun soutien psychologique n’est à leur disposition à l’issue des différentes interventions. Certains affirment que ce soutien n’est pas nécessaire, ou alors qu’ils n’ont jamais éprouvé la nécessité de l’utiliser. De l’autre côté, certaines personnes estiment qu’un soutien psychologique, des réunions de partage d’expériences entre les bénévoles, ou des moments de cohésion seraient nécessaires pour faire face à ces difficultés. 

Ainsi, pour faire face à cette accumulation émotionnelle, les bénévoles tentent de garder une certaine distance face aux situations vécues, tout en n’hésitant pas à en parler à leurs proches, car « il est bon aussi de vivre ces émotions et de ne pas les ignorer » , confie une des personnes interrogées. L’engagement ponctuel présent chez beaucoup de jeunes leur permet également de garder une bonne distance émotionnelle. Le sport est également une forme d’échappatoire pour certains d’entre eux. 

La reconnaissance, fondement de la durabilité de l’engagement

Mais ces difficultés ne sont qu’un détail pour les bénévoles, puisque tout ce qui compte pour eux, c’est d’avoir un impact sur les causes pour lesquelles ils agissent, mais également un sentiment de reconnaissance. 

Cette reconnaissance est d’ailleurs largement ressentie chez les bénévoles interrogés qui sont 18 sur 22 à se sentir reconnus pour leur engagement. 

Cette reconnaissance est ressentie par la montée en hiérarchie pour certains, et des rencontres institutionnelles pour d’autres. Des événements spéciaux tels que des galas ou des événements de cohésion leur ont également permis d’obtenir une certaine forme de reconnaissance. Cette reconnaissance est également symbolique avec une certaine forme de rétribution par la reconnaissance sociale

Néanmoins, cette reconnaissance symbolique fait également face à des détracteurs qui ne comprennent pas la nécessité de l’engagement bénévole, voire scandalisent le fait de donner de soi et de son temps sans aucune rétribution. Ce manque de reconnaissance réside également dans le fait que les bénévoles ont conscience que leur engagement ne représente qu’une « goutte d’eau dans un océan » , « une pierre à l’édifice »

Mais en réalité, l’engagement bénévole doit être perçu comme un ensemble, et non pas individuellement, pour ne pas avoir cette impression de n’être qu’un simple bénévole face à l’ensemble des difficultés et inégalités que rencontre notre société. 

Par ailleurs, la reconnaissance réelle et chiffrée des bénévoles se situe dans le fait que pour chaque euro dépensé par une association, le bénévole lui rapporte 1,50€. Ce constat chiffré montre ainsi à quel point chaque bénévole, reste essentiel à sa propre échelle. 

Quel est l’avenir du bénévolat ?

Pour beaucoup, l’avenir du bénévolat reste incertain. 

Dans une vision pessimiste, le bénévolat serait réduit en raison d’un manque d’engagement des individus et un désinvestissement de l’État. Néanmoins, dans une vision optimiste, le bénévolat serait réduit grâce à une baisse des inégalités, et de facto, de personnes dans le besoin, causant une large baisse du nombre d’associations et de bénévoles. En effet, comme l’évoque Didier Duriez, Président du Secours Catholique, le rêve de tout bénévole est de devenir inutile. 

D’un point de vue du public engagé, le bénévolat se dirige aujourd’hui davantage vers un engagement ponctuel des jeunes. Face au désengagement des personnes de plus de 60 ans depuis la crise du Covid, la jeunesse engagée est de plus en plus présente, et laisse présager un nombre de bénévoles beaucoup plus accru, mais beaucoup plus ponctuel. 

Cette vision de l’avenir du bénévolat est également partagée par François Bouchon, Président de France Bénévolat: « en 2025, il est crucial que les associations s’adaptent à ces nouvelles réalités, en favorisant des pratiques plus flexibles et inclusives, et en mettant en œuvre des stratégies de fidélisation et d’accueil plus adaptées aux besoins des bénévoles d’aujourd’hui. ». 

En effet, le bénévolat est en proie à de nombreux changements, pouvant nécessiter un certain nombre d’adaptations tant au niveau du public accueilli que des bénévoles. Ces bouleversements, bien qu’ils soient appréhendés, sont l’essence de la vie associative, prête à se perpétrer de générations en générations. 


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