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La Russie, sa stratégie de guerre organisée en amont

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Soldat Russe armée / Istockimage

Depuis 2014, la Russie est en guerre avec l’Ukraine, ce conflit a connu une forte escalade en fin 2021, impliquant l’Europe et les gendarmes du monde. La durée de ce conflit suscite un grand nombre de questions : Comment la Russie parvient-elle à conserver un PIB aussi élevé en pleine guerre ? Où se fournit-elle ? Comment contourne-t ’elle les sanctions européennes ? Quelle est la stratégie de la Russie ?

L’agroalimentaire comme outil de Soft-Power

Depuis les années 2000, la Russie a cherché à affirmer son indépendance en développant ses usines agroalimentaires pour ne plus dépendre des canaux européens. La Russie a compris que l’alimentaire constituait un pilier majeur pour accéder au rang de « grande puissance ». Dmitiri Medvedev, ancien président russe, affirmait déjà que l’alimentation était « l’arme silencieuse » de la Russie.

Aujourd’hui, dans sa guerre contre l’Ukraine, la Russie a démontré qu’elle était capable d’alimenter l’entièreté de sa population sans dépendre de l’Occident. Elle déploie sa nourriture comme un « sharp power » pour manipuler et s’affirmer. Le pays des tsars exporte ses céréales et ses produits agroalimentaires en Chine, Egypte, Iran, Syrie, Espagne, Turquie, Azerbaïdjan, Biélorussie et une partie de l’Ukraine (Zaporijjia, Lougansk, Donetsk, et à la Crimée).


La Russie cible également les sociétés du Sud pluriel (groupe Wagner, Maroc, Ethiopie, Soudan, Nigéria, Kenya, Afrique du Sud et Cameroun) où la faim, l’instabilité et la dépendance règnent en maître. Elle renforce également ses partenariats avec les pays d’Asie centrale (Kazakhstan, Azerbaïdjan, Bangladesh) et en Asie du Sud-Est (Vietnam, Indonésie, Philippines).

Grâce à ces alliances stratégiques, Sergueï Lavrov utilise l’argument de l’aide agroalimentaire auprès des pays du Sud global afin de maintenir de bonnes relations diplomatiques. Depuis la guerre en Ukraine et les embargos imposés par l’Europe sur les produits Russes, Vladimir Poutine a décidé de rendre la pareille à l’Occident. Le vin et les fromages des « pays inamicaux » ont subi une hausse des droits de douanes allant de 12 à 25%. Aujourd’hui la Russie à développé ses propres usines à fromage, lait et de vins, imitant parfaitement le savoir-faire français. Avant la guerre, le pays avait acheté des vaches françaises dans ce but.
Était-ce une stratégie anticipée ?

Une économie parallèle en extérieur aux USA

Pendant trois ans, la Russie a été isolée suite aux sanctions occidentales. Cependant, cela ne l’a pas empêché de trouver une solution, en se plaçant au centre d’une économie mondiale parallèle. Désormais plus de 80% des échanges extérieurs se font en roubles ou en devises de pays amis dont notamment en yuan chinois, d’après les estimations de la banque centrale russe. Entre 60 et 70% des règlements commerciaux sont réalisés avec des schémas financiers incontrôlables par l’Occident. C’est ce qu’a analysé Dmitri Nekrassov, un économiste Russe exilé à Chypre dirigeant dorénavant le Centre d’Analyse et de Stratégie en Europe, cofondé en 2024.

Cette économie parallèle repose sur l’aide de plusieurs pays alliés qui restent de fervents partenaires : la Chine, l’Inde, la Turquie et les Émirats Arabes Unis. En dehors de ça, l’État a construit un réseau alternatif d’échanges, de paiement et de logistique. Par exemple, la Russie réexporte indirectement des technologies grâce aux États partenaires telles que le Kazakhstan ou l’Arménie. Moscou utilise également des sociétés écrans au sein d’autres pays pour s’approvisionner des composants ou des biens industriels.

La Russie gère entre autres une économie de guerre en aidant les industries et en maintenant les activités manufacturières malgré de très hautes contraintes logistiques. C’est en revoyant les mécanismes de marché touchant aux domaines des ressources que le gouvernement a pu stabiliser son économie. Les plus gros défis demeurent dans le secteur de l’armement et des grandes entreprises technologiques, c’est pourquoi c’est actuellement l’Etat qui les surveille de très près.

En effet, le gouvernement a injecté énormément d’argent pour la population, les volontaires et les soldats. Générant ainsi du travail aux industries et favorisant l’emploie. Cette croissance a été lancée par la commande publique. En 2022, le PIB de la Russie a baissé de seulement 2.1%, alors que les estimations étaient attendues à plus. En 2023, le PIB augmente de 3.6% grâce aux investissements dans l’armement et les infrastructures, ainsi que dans le domaine de la consommation.

Cette économie parallèle Russe suscite un grand nombre de questions quant à la tournure prochaine de la guerre. Premièrement, elle démontre que les sanctions européennes sont inefficaces. Elles avaient pour but de fragiliser grandement la Russie pour qu’elle mette genoux à terre. L’Occident avait beaucoup misé sur la réussite de cette stratégie pensant que la Russie allait rapidement afficher drapeau blanc.
En effet, d’après le FMI et la Banque Mondiale la Russie était en 2024 la 11ème économie Mondiale. Aujourd’hui, la Russie se situe à la 9ème place, la France se trouvant seulement 2 places au-dessus. Cela démontre donc la forte faculté d’adaptation de la Russie qui parvient à rester une grande puissance face à la vague de sanctions occidentales, le pays des tsars possède plus d’un tour dans son sac pour se faire craindre.

L’armement : un pillier majeur.

Moscou a continué d’investir dans la défense, les entreprises Rostec et United Shipbuilding Corporation (OCK), ont augmenté de 23% en glissement annuel. La production d’arme est restée élevée dans plusieurs domaines : munitions, véhicules blindés, artillerie, missiles et drones. La Russie a triplé ses dépenses militaires par rapport à 2021, stimulant ainsi la croissance économique. Ces dépenses ont également permis de mettre sur pied de nouvelles armes, permettant à Moscou de menacer l’Europe, allant vers une escalade du conflit.

Récemment a présenté le Bourevestnik, l’ « annonceur de tempête », un nouveau missile de croisière dotée d’une charge nucléaire, capable en théorie de voler indéfiniment et d’échapper à tous les systèmes de défense antimissile actuels. Mais le Bourevestnik n’est pas la seule nouvelle arme de la Russie, Poseidon est une des plus grandes torpilles jamais développées avec une longueur d’environ 20 mètres et un diamètre d’environ 2 mètres. C’est également un drone sous-marin pouvant atteindre 1000 mètres de profondeurs. Poseidon est en mesure de provoquer une onde de choc et un tsunami sur les zones littorales. Equipé des têtes de deux mégatonnes contenant du Cobalt 60, un isotope ayant comme propriété de maximiser les retombées radioactives. Depuis 2019, les autorités russes testent cette arme en mer Blanche, au large de Severodvinsk.
Le gouvernement, prévoit la mise en service de Poséidon pour 2027.

En 2022, la Russie a développé le Belgorod, sous-marin aux multitudes fonctions militaires. Il est charge les torpilles nucléaires pour Poseidon, déploie des drones sous-marins et est équipé d’un système de reconnaissance arctique Harpsichord-2P-PM. Le Belgorod aurait une dimension de 178 mètres et un diamètre de 15 mètres. C’est un gigantesque sous-marin à propulsion nucléaire, avec des patrouilles de quatre mois. En novembre dernier, le sous-marin russe « Khabarovsk » a été mis à flot, il a été armé de la torpille Poseidon. Moscou prévoit d’ailleurs de tester dès cette année une nouvelle gamme de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) à propergol solide, leur permettant de rester en alerte

Ces nouvelles armes, plus puissantes que celles européennes constituent une menace, affirmant que Poutine est prêt à en découdre avec l’Occident pour récupérer l’Ukraine. En créant ces nouvelles armes, il envoie un signal fort, en prouvant non seulement la puissance de son « hard power » mais également la réussite de sa stratégie et de l’intégralité de son système bâti en amont.

Pourquoi la Russie est entrée en guerre avec l’Ukraine selon Florian Dugast, maitre conférencier à l’UCO

« L’objectif de Vladimir Poutine était d’obtenir le respect, montrer que la Russie compte dans le monde. Etre considérée, rejoindre la cour des grands.»  La Russie vit dans la crainte d’être démantelée un jour. Il y a une crainte de l’étranger proche « Blijniéié Zaroubiéjié » qui pourrait s’en prendre aux territoires proches suscitant un sentiment d’encerclement.»

Aujourd’hui la Russie agit tel un joueur d’échec, son objectif étant de voir comment la population et les pays alentours menacés (avec les drones ou les vols d’avions militaires) réagissent, en donnant des coups buttoirs.
La Russie a subi plusieurs humiliations de la part des occidentaux, désormais, nous nous retrouvons dans la tendance inverse avec les harcelés qui deviennent harceleurs. Cependant, nous ne pouvons pas donner crédit à toutes les déclarations de presse de Vladimir Poutine car il emploie la stratégie du « poker menteur ».

Le divorce fatal entre la Russie et les Occidentaux a eu lieu en 2011, les accords de Sécurité de Benghazi n’ont pas été respectés et Kadafi s’est fait éliminer. La Russie a perçu cela comme une trahison de la part des Etats-Unis, des Européens et de la France.

Toute cette guerre, n’est qu’une question d’égo : « Je pense que c’est faux d’avoir en tête que Poutine veut les Pays Baltes et reconstruire l’URSS. »
« En ce qui concerne sa politique alimentaire, nous ne pouvons pas assurer avec certitude que cela ait été anticipé. Poutine a probablement su saisir les opportunités au bon moment, ce qui lui a permis d’avoir une bonne fenêtre de tir à ce moment-là. »

In fine, nous constatons que la Russie a vite su s’adapter dans son nouvel écosystème international démontrant qu’elle était capable de se passer du marché occidental tout en profitant pour booster son armement. Cependant, parviendra-t-elle à tenir ainsi jusqu’à la fin de la guerre ? Nous pouvons également nous interroger sur les humiliations faites par les Occidentaux à la Russie, si nous avions été plus avenants et plus respectueux de la Russie en lui proposant de rejoindre l’Union Européenne, comme nous l’avions fait alors avec l’Allemagne (notre ancien ennemi juré), aurions-nous pu éviter cette guerre en Ukraine ?
La diplomatie n’est-elle pas plus efficace que de prendre les armes ?



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