Un programme au seuil de la militarisation
La situation technique actuelle n’a plus rien à voir avec les limites fixées il y a dix ans. En juin 2025, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a dressé un bilan alarmant : le stock d’uranium enrichi de l’Iran dépasse désormais de 48 fois la limite autorisée par l’accord de 2015.
Plus inquiétant encore pour les chancelleries occidentales, Téhéran posséderait plus de 440 kg d’uranium enrichi à 60 %. Selon les critères de l’AIEA, cela correspond à plus de dix « quantités significatives », soit suffisamment de matière fissile pour fabriquer plusieurs armes nucléaires si une décision politique était prise. Les experts soulignent qu’en termes d’effort d’enrichissement (SWU), atteindre 60 % revient à parcourir environ 99 % du chemin technique vers les 90 % requis pour de l’uranium de qualité militaire.
Cette progression s’appuie sur l’exploitation massive de centrifugeuses avancées, notamment les modèles IR-2m et IR-6. Ces machines sont déployées dans des installations fortement protégées et enfouies, en particulier à Fordow, afin de les prémunir contre d’éventuelles frappes israéliennes ou américaines. Cette configuration réduit fortement le temps de « breakout », c’est-à-dire le délai nécessaire pour produire la matière fissile d’une arme.
L’effondrement définitif du cadre de 2015
L’année 2025 a marqué la mort politique du JCPOA (accord nucléaire de 2015). Pour rappel, ce texte limitait l’enrichissement à 3,67 % et le stock à 300 kg. Après le retrait américain de 2018 dans le cadre de la stratégie de « pression maximale », l’équilibre du dispositif s’est progressivement effondré.
Le coup de grâce est intervenu en deux temps :
- Fin août 2025 : la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni notifient au Conseil de sécurité leur intention d’activer le mécanisme de « snapback » afin de rétablir les sanctions onusiennes, en réponse aux violations répétées de Téhéran.
- Octobre 2025 : l’Iran annonce officiellement que l’accord de 2015 est « terminé » et que toutes les limitations associées sont désormais considérées comme caduques.
Bien que Téhéran affirme rester « engagé dans la diplomatie », cette déclaration entérine la fin d’un cadre juridique commun, laissant les négociations sans base formelle stable.
Février 2026 : Vers un compromis de trois ans ?
Malgré ce contexte dégradé, une fenêtre d’apaisement semble s’être ouverte début février 2026. Le président iranien Masoud Pezeshkian a chargé ses diplomates de rechercher des négociations « équitables et justes ».
Selon plusieurs sources diplomatiques en Égypte, en Turquie et au Qatar, une proposition de compromis circulerait actuellement dans les canaux de médiation à Mascate (Oman). Ce schéma prévoirait :
- un gel de l’enrichissement iranien pendant trois ans,
- une réduction progressive du niveau d’enrichissement des stocks existants,
- le transfert d’une partie de l’uranium enrichi vers l’étranger.
En contrepartie : un allègement des sanctions économiques et l’arrêt de certaines livraisons d’armes iraniennes à des alliés régionaux.
Les zones d’ombre et le risque de rupture
Le succès de cette initiative reste suspendu à deux obstacles majeurs. D’une part, l’Iran refuse d’inclure son programme balistique et son rôle régional dans les discussions, exigeant un agenda strictement nucléaire. D’autre part, la pression américaine demeure élevée.
Début février, le président Donald Trump a menacé Téhéran de « conséquences sévères », affirmant que les services de renseignement auraient détecté des activités nucléaires sur un site non déclaré.
« La combinaison d’un stock important à 60 % et de sites durcis accroît fortement le risque de réduction du temps de breakout », avertissent plusieurs experts de la prolifération.
Alors que les discussions se poursuivent à Oman, la communauté internationale observe avec inquiétude un bras de fer dans lequel la dynamique technique semble désormais devancer la diplomatie.





