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La France, enfin un budget ! Quelle place pour les jeunes?

Après trois recours au 49-3 annoncés par Sébastien Lecornu devant l’Assemblée nationale, la France tient désormais son budget 2026. Le Premier ministre a ainsi renoncé à laisser le débat parlementaire aller à son terme. À l’Assemblée nationale, rares sont ceux qui adhèrent unanimement à ce budget. Hervé Saulignac (député Socialistes et Apparentés), lors du débat du lundi 2 février, a dénoncé les « cadeaux fiscaux faits à quelques grands patrons », pointant des mesures jugées contraires à l’égalité des citoyens devant l’impôt, critiques également relayées par plusieurs groupes de scientifiques. Par ailleurs, il a revendiqué le choix d’un « rapport de force » dans les débats afin d’obtenir certaines concessions, comme le repas à 1 € pour tous les étudiants. CSActu a donc souhaité enquêter sur les conditions de vie des étudiants et leur évolution.

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Photographie de Bercy Source: Baptiste Guiot / CSactu

Contexte politique

En novembre débute le temps des débats parlementaires pour élaborer le budget de l’État pour l’année 2026. La volonté du Premier ministre est de mettre en avant le travail parlementaire afin de parvenir à un consensus malgré la fragmentation des partis politiques depuis la dissolution de 2024. Depuis l’été 2024, trois gouvernements se sont succédé après celui de Gabriel Attal : d’abord le républicain Michel Barnier, puis le socialiste François Bayrou, et enfin Sébastien Lecornu.

Ce dernier met en avant la responsabilité des parlementaires à débattre pour trouver un budget pour la Nation, dans un contexte de fracture entre les idéaux de chaque parlementaire et la volonté du gouvernement d’imposer un consensus au fil des discussions. Le budget de la Sécurité sociale (PLFSS) a néanmoins été voté après plusieurs semaines de débats représentant près de 350 heures. Le temps imparti pour le budget de l’État a donc été dépassé.

À l’issue de ce blocage parlementaire, l’instauration d’une Commission mixte paritaire entre le Sénat et l’Assemblée nationale n’a pas abouti. Malgré la prolongation des débats voulue par le Premier ministre, l’Assemblée nationale n’est pas parvenue au consensus espéré. Ainsi, à la suite du Conseil des ministres du 19 janvier 2026, Sébastien Lecornu est revenu sur son défi de ne pas utiliser l’article 49-3 de la Constitution. Pour rappel, celui-ci permet au gouvernement d’adopter une loi sans vote des assemblées.

Il a alors laissé trois possibilités à l’Assemblée nationale: de s’opposer par une motion de censure portant sur la partie recettes, la partie dépenses ou l’intégralité du budget. Les groupes opposants n’ayant pas atteint la majorité nécessaire, les motions de censure ont échoué. Le budget s’applique alors, avec des conséquences directes sur la vie des Français.

Des concessions du gouvernement

Lors de la copie définitive remise aux députés, un ensemble d’amendements débattus avant Noël par les parlementaires a été conservé. Ils permettent une plus large acceptation de mesures diverses qui ne relèvent pas de l’intérêt d’un parti majoritaire. Le Premier ministre a annoncé aller dans le sens des partis avec lesquels le dialogue a abouti. Cela se traduit notamment par une revalorisation des primes d’activité pour les foyers aux revenus modestes. L’idée de « promouvoir ceux qui travaillent » émane des groupes Républicains, socialistes et centristes.

Le déficit prévu par la première version gouvernementale s’élevait à 4,7 %, en accord avec les recommandations de la Banque de France. Cependant, au cours des discussions, le parti Les Républicains a obtenu l’absence d’impôt pour les petites et moyennes entreprises (PME), donnant ainsi plus de visibilité aux projets entrepreneuriaux et favorisant la création d’emplois stables. De son côté, le Parti socialiste a défendu la mise en place du repas à un euro pour tous dans les restaurants universitaires.

Ces mesures ont entraîné une hausse du déficit de plusieurs milliards, le portant à 5 %. Ce budget apparaît donc comme un accord entre les partis ayant participé aux débats et non comme la victoire d’un seul groupe. Certains acteurs restent en désaccord, notamment les grandes entreprises, auxquelles une surtaxe est appliquée. Bernard Arnault, dirigeant de LVMH, dénonce une entrave au développement économique et un frein à la création d’emplois.

Ainsi, le gouvernement doit trouver un équilibre entre le rééquilibrage du budget et la stabilité des entreprises, ce qui se répercute directement sur la qualité de l’emploi, les salaires et le niveau de vie des ménages. Ce budget repose donc, pour la plupart des thèmes, sur des concessions partielles.

Les étudiants, vraiment avantagés ? 

Le Parti socialiste revendique un nombre important de mesures acceptées dans le budget, notamment la mesure phare du repas à 1 euro dans les restaurants universitaires. Cette disposition a toutefois été critiquée par les opposants en raison de son coût, estimé à 91 millions d’euros. De plus, elle est jugée inéquitable selon certaines situations étudiantes, notamment pour ceux inscrits dans des établissements privés issus de milieux plus aisés. Ces derniers ne représentent cependant qu’une part infime des étudiants et fréquentent peu les restaurants universitaires.

Le maintien des bourses étudiantes constitue également un point central. Selon le site des Crous, 36 % des étudiants sont boursiers, soit environ un sur trois. Une telle situation se traduit par des étudiants contraints de sauter des repas. D’après une étude publiée le 17 octobre 2024 par l’association COP1, 18 % des étudiants ont recours à une aide alimentaire comme les Restos du Cœur, et 20 % des boursiers terminent chaque mois à découvert bancaire. À partir de ces constats, les socialistes ont défendu l’idée que les étudiants doivent pouvoir se cultiver dans de bonnes conditions, afin de se concentrer sur leur réussite universitaire plutôt que sur leur survie économique.

La majorité des boursiers subissent également la contrainte du logement, facteur aggravant de précarité. Le coût moyen d’un logement est estimé à 460 euros mensuels au niveau national et peut atteindre 900 euros à Paris intra-muros. Ces prix accentuent la dépendance intergénérationnelle au sein des familles et réduisent les perspectives d’accession à la propriété pour les 20-30 ans, dont les projections ont fortement baissé depuis le début des années 2000.

CS actu a réalisé une étude sur comment les étudiants perçoivent ce budget

Sur l’échantillon de 65 étudiants* ayant répondu à notre sondage, 45 se sont déclarés opposés à la mise en application du budget. Ils évoquent notamment la perte de certains droits, liée à une dégradation de leurs conditions d’entrée sur le marché du travail. Les échanges avec eux mettent en évidence un cercle vicieux : la difficulté à « sortir indemne » des études supérieures limite leur capacité à accéder à un emploi en adéquation avec leur formation.

Dans ce contexte, la question de l’alimentation, particulièrement sensible, s’inscrit pleinement dans ce cercle. Beaucoup d’étudiants déclarent en effet se retrouver, dès le 15 du mois, à consommer des pâtes à chaque repas faute de moyens suffisants.

Malgré ces constats, 87 % des répondants se disent favorables aux discussions engagées entre certains partis politiques de gauche. Les propositions visant à soutenir le pouvoir d’achat, comme les repas à un euro ou d’autres mesures pour mieux faire face au coût de la vie, sont globalement bien accueillies.

Face à ces difficultés, des solutions associatives se développent. Les épiceries solidaires connaissent une forte activité : en cinq ans, 239 structures ont vu le jour, traduisant un besoin croissant pour les étudiants d’accéder à une alimentation quotidienne. Parallèlement, de nombreuses associations étudiantes mènent des campagnes de sensibilisation à l’éducation financière, abordant la gestion de l’épargne, les bourses et les charges mensuelles liées au logement. Malgré ces initiatives, la précarité étudiante continue de progresser.

Entre 2005 et 2025, les étudiants ont subi une perte de pouvoir d’achat. L’OCDE évoque une hausse de 30 % des prix sur cette période et souligne l’impact de l’inflation depuis 2022, liée notamment aux crises en Ukraine et au Moyen-Orient, ainsi qu’au retour du nationalisme et du protectionnisme commercial. Ces facteurs géopolitiques pèsent directement sur le pouvoir d’achat des ménages, en particulier celui des jeunes. Dans le même temps, la part des étudiants exerçant une activité professionnelle a presque doublé, passant de 13 % à 24 %, soit environ 714 000 jeunes âgés de 15 à 29 ans.

Un autre volet important du budget concerne le financement d’un nouveau service militaire volontaire destiné aux jeunes. Le gouvernement prévoit une enveloppe de 2,3 milliards d’euros pour financer des infrastructures et une indemnité mensuelle de 800 euros. L’objectif est d’accueillir 3 000 jeunes dès 2026, puis 10 000 à l’horizon 2030, avec la volonté affichée de renforcer la souveraineté nationale.

Ainsi, au lundi 2 février, la France dispose d’un budget adopté grâce à l’utilisation de trois articles 49-3, offrant au gouvernement une plus grande marge de manœuvre. Hervé Saulignac affirme « ne renoncer à rien » malgré les critiques concernant les liens avec le groupe présidentiel. Selon les socialistes, les avancées parlementaires obtenues permettent d’assurer la continuité du gouvernement tout en favorisant des progrès économiques pour les étudiants. Toutefois, le 4 février, ce budget a été soumis par Sébastien Lecornu au Conseil constitutionnel afin d’en vérifier la solidité juridique, notamment sur les dispositions liées au pacte Dutreil, une démarche rare sous la Ve République. Dans sa décision rendue le jeudi 19 février, le Conseil constitutionnel a validé l’essentiel de la loi de finances pour 2026, permettant ainsi la promulgation du budget de l’État et son entrée en vigueur.

*. Les étudiants qui ont répondu au sondage font des études de droit, d’histoire et de science politique, seuls 4 d’entre eux sont en médecine. Ils ont tous 20-25 ans, et sont entre Lille, Paris et Lyon.

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