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Victoire de Magyar aux élections législatives hongroises

Après 16 ans de pouvoir, les élections législatives hongroise ont signé la fin de l’ère Orban, président du parti nationaliste-conservateur Fidesz-Union civique Hongroise, longtemps critiqué pour ses dérives autoritaires. Celles-ci ont été marquées par un climat de désinformation et d’ingérences étrangères, révélant l’influence de Viktor Orbán en Europe ainsi que les limites d’un système politique exercé depuis seize ans, dont l’issue marque un tournant politique en Hongrie.

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BUDAPEST, HONGERIE - 12 avril : Peter Magyar, candidat du parti Tisza, parle aux soutiens après la victoire du parti :(Photo de Janos Kummer/Getty Images)

La victoire des élections législatives hongroise s’est jouée entre deux candidats principaux : le premier ministre au pouvoir depuis 16 ans, Viktor Orbán et son opposant de longue date, Péter Magyar. 138 sièges sur 199 pour le parti Tisza du conservateur pro-européen Péter Magyar, contre 55 pour le parti Fidesz de Viktor Orbán. A l’inverse du Premier ministre sortant, le nouveau dirigeant défend des positions plus pro-européennes et moins favorables à la Russie, c’est une page qui se tourne pour une Hongrie longtemps anti-européenne.

Désinformation et ingérences étrangères : les dessous de la campagne

La campagne politique a été marquée par un flot constant de fausses informations de la part de celui qui espère un cinquième mandat. 

Par centaines se sont diffusées des vidéos artificielles détournant l’image du favori du scrutin sur les réseaux sociaux. Péter Magyar en train de se droguer dans une boîte de nuit, de câliner le président ukrainien Volodymyr Zelensky ou de brûler volontairement des billets de banque, toutes ayant le même objectif : dénigrer le principal concurrent de Viktor Orbán. 

Ces vidéos publiées sur une trentaine de faux comptes s’inscrivent dans une vaste opération d’influence, au cœur de laquelle l’intelligence artificielle joue un rôle clé, afin de favoriser les discours du parti politique Fidesz. Sur l’une d’elles, est représentée une jeune Hongroise faisant ses au-revoir à son père parti combattre sur le front ukrainien, avec en légende : “pour l’instant, ce n’est qu’un cauchemar, mais Bruxelles se prépare à le concrétiser”, en référence à la guerre en Ukraine et au candidat Péter Magyar, pro-européen. Elle indique clairement qu’elle pourrait devenir une réalité dans le cas d’une élection de ce dernier ; alors même qu’il a inscrit dans son programme le refus d’envoyer des troupes en Ukraine. “Selon ce discours, Péter Magyar est une marionnette de Bruxelles et, à ce titre, un instrument du président Zelensky”, souligne Gábor Polyák, maître de conférences spécialiste des médias à l’Université de Pécs et chercheur.

Cet usage décomplexé des “deepfakes” démontre le risque profond pour la démocratie. Ce nouvel usage de la propagande ne se limite plus au simple contournement des règles démocratiques, mais s’étend également à une légitimation progressive du retrait du droit à l’autodétermination populaire, normalisant ainsi l’ingérence étrangère.

Vladimir Putin et Viktor Orban durant leur rencontre à Moscou, Russie, 18/10/ 2018.

Des parlementaires du Conseil de l’Europe s’étaient même alarmés du caractère “toxique” de la campagne, marquée par la “propagande incendiaire” menée par le dirigeant nationaliste, confronté à un mécontentement économique et social. Selon des analystes, il aurait bénéficié de l’aide secrète de la Russie pour accroître ses chances de réélection. Il ne s’en cache plus et l’utilise même à son propre intérêt. “La désinformation russe est, en effet, omniprésente dans la communication politique du Fidesz depuis 2015. Elle reprend les mêmes ressorts qu’auparavant : attaques contre la communauté LGBTQ+, diabolisation du pouvoir bruxellois et instrumentalisation du conflit russo-ukrainien.”, détaille Gábor Polyák. 

Un récent rapport d’investigation1 révèle le déploiement par le Kremlin d’une équipe de technologues politiques chargée d’intervenir, en soutien à la campagne de Viktor Orbán, dans les élections législatives hongroises d’avril 2026, selon plusieurs sources de sécurité nationale européennes. 

Cette approche s’inscrit dans la continuité des campagnes d’ingérence déjà menées par la Russie dans d’autres pays européens, notamment en Moldavie. Intégrée au sein de l’ambassade de Russie à Budapest, cette équipe viendrait compléter un écosystème informationnel déjà favorable aux récits de propagande, amplifiés par certains médias proches du pouvoir hongrois.

En plus de Poutine, “jamais une élection hongroise n’a été l’objet d’une telle ingérence américaine”, indique Ulrich Bounat, analyste géopolitique. En effet, Donald Trump n’a pas caché son soutien au dirigeant nationaliste, s’adressant directement à la population hongroise via son réseau social : “Hongrie, allez voter pour Vikot Orban. […] Il a mon soutien total et inconditionnel”.

En tant que “véritable ami” de Viktor Orban, ce fut dans l’intérêt de Donald Trump de marquer son soutien à celui qui partage le même alignement idéologique et dont “la relation [qu’ils ont] ici en Europe centrale à travers [Orban] est essentielle et vitale pour les intérêts nationaux américains. Entre les visites du secrétaire d’Etat puis du vice-président américain, il avait même déclaré sur sa plateforme Truth Social que son “gouvernement se tenait prêt à utiliser l’entièreté de la puissance économique des Etats-Unis pour renforcer l’économie de la Hongrie” alors que celle-ci est plongée dans l’inflation, une implication états-unienne non sans conséquence après la défaite. 

“Nous avons libéré la Hongrie”

53,56% des voix pour le parti de Péter Magyar, “le peuple hongrois n’a pas voté pour un simple changement de gouvernement, mais pour un changement complet de régime”, a déclaré le chef du parti d’opposition conservateur Tisza, vainqueur des élections. Après un règne marqué par la corruption, la dérive autoritaire ainsi que par la chute de l’économie hongroise dont près de 25% de la richesse nationale seraient entre les mains d’amis du dirigeant sortant, c’est “une nouvelle ère” qui s’ouvre autour du retour de l’État de droit qui est au cœur du projet politique du nouveau Premier ministre hongrois, présenté à travers une liste de piliers, démantelés par Viktor Orban, à reconstruire lors de sa conférence de presse à Budapest, d’une durée de près de trois heures.

Dans un premier temps, la priorité est de faire “tomber les marionnettes et piliers du système de M.Orban”, a-t-il déclaré à ses partisans dimanche soir. A commencer par les chefs alignés sur Fidesz de la Cour suprême, du ministère public et de diverses agences nominalement indépendantes supervisant les médias, la justice, le budget de l’Etat et la surveillance des lois anti-concurrence. 

Il a même demandé la démission du président, Tamas Sulyok, proche du Premier ministre sortant et dont la fonction est essentiellement symbolique, qui, selon lui, est “indigne d’incarner l’unité de la nation hongroise, incapable de veiller au respect de la loi”. Il a précisé que s’il ne partait pas volontairement, “son gouvernement allait modifier la Loi fondamentale pour le démettre”, en accord avec les priorités énoncées plus tôt. 

Dans cette même continuité, concernant le régime de propagande d’État mis en place par son prédécesseur, il annonce la suspension de la diffusion des informations par les médias publics jusqu’à ce qu’une couverture impartiale soit garantie. Près de 500 médias privés étaient alors détenus par le clan au pouvoir, formant une véritable machine de désinformation qui étouffait la société. Cette situation avait été dénoncée par la population lors de plusieurs manifestations, dont celle de septembre 2025, intitulée “De l’air !”.

Dans le contexte d’une situation économique et financière difficile pour le pays, Péter Magyar entend plaider pour une coopération avec la banque nationale qu’il considère comme “essentielle”, tout en insistant sur le respect de son indépendance. “Si nous constatons que le gouverneur de la banque centrale et la banque elle-même agissent conformément à leur mandat légal et ne cherchent pas, par exemple, à entraver la politique financière du nouveau gouvernement, alors nous pourrons collaborer”, a-t-il affirmé lors de sa conférence de presse à Budapest. 

Magyar a également déclaré que la Hongrie réintégrera le Bureau du Procureur européen, une branche de l’Union Européenne qui enquête sur les crimes financiers, s’inscrivant dans une rupture nette avec le gouvernement d’Orban marqué par la corruption. Ce retour donnerait aux enquêteurs européens le pouvoir d’examiner les affaires de fraude impliquant l’administration précédente.

Concernant l’Union Européenne, il s’est engagé à mener une politique européenne constructive pour renouer les liens entre la Hongrie et l’Union Européenne, après des relations tendues sous son prédécesseur eurosceptique. L’ancien diplomate a annoncé qu’il était dans l’intérêt de son pays de rejoindre la zone euro, de quoi soulager une bonne partie de l’Europe. “Les Hongrois sont fiers de faire partie de l’UE et de l’OTAN”, discours qui témoigne d’une volonté de construire une relation constructive. S’il reconnaît que l’Union Européenne est une organisation “bureaucratique et complexe”, il a insisté sur le fait qu’il est toujours possible d’y “trouver des compromis”.

Les réactions en Europe : entre soulagement et sentiment de désillusion

Les élections hongroises étaient suivies de très près par l’ensemble de l’Europe, pays dont le  “bras de fer avec Bruxelles” a été la marque de fabrique durant 16 années. Un poids également lié à ses relations avec le président russe, des journalistes ayant même révélé ces dernières semaines que des diplomates hongrois transmettaient au Kremlin le contenu de discussions confidentielles entre dirigeants européens.

La réaction de la Commission Européenne aux résultats a été presque immédiate. “La Hongrie a choisi l’Europe. L’Europe a toujours choisi la Hongrie. Le cœur de l’Europe bat plus fort en Hongrie”, a écrit Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, sur X. 

Cette victoire est une “leçon magistrale du peuple hongrois à tous ceux qui voulaient écrire son destin à sa place”, déclare le ministre des Affaires étrangères français, y voyant le moyen pour la Hongrie de reconstruire un certain nombre de piliers de l’Etat de droit qu’Orbán avait démantelé et de retrouver sa place dans le concert des nations européennes. 

Quant à Emmanuel Macron, il s’est directement entretenu avec le Premier ministre vainqueur et a salué une “victoire de la participation démocratique et de l’attachement du peuple hongrois aux valeurs de l’Union européenne”, traduisant des valeurs communes partagées. “Avançons ensemble vers une Europe plus souveraine, pour la sécurité, la compétitivité et la démocratie de notre continent”, a également écrit le chef de l’Etat français. L’Express a d’ailleurs relevé des points de convergence entre les deux dirigeants, notamment le fait que leurs débuts politiques se sont faits au sein de partis dont ils ont ensuite pris leurs distances, laissant entrevoir une possible collaboration future sur les enjeux européens.

De son côté, si l’Allemagne a exprimé parfois ouvertement sa frustration face à l’orientation “illibérale” et pro-russe de la Hongrie, elle félicite aujourd’hui Péter Magyar pour sa victoire. Le chancelier allemand Friedrich Merz s’est réjoui d’une “collaboration pour une Europe forte, sûre et surtout unie”. 

Volodymyr Zelensky a également réagi sur X, félicitant le candidat pro-européen pour sa “victoire écrasante”, soulagé que “l’approche constructive ait prévalu”. Il souligne que “l’Ukraine a toujours cherché à entretenir de bonnes relations de voisinage avec tous les pays européens, et [est] prête à promouvoir [une] coopération avec la Hongrie”, alors que Péter Magyar a précisé exclure l’adhésion dans l’Union Européenne d’un pays en guerre dès le lendemain de sa victoire.

Du côté des soutiens historiques de Viktor Orban, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a félicité Péter Magyar pour sa “nette victoire électorale”, tout en affirmant que l’Italien et la Hongrie poursuivront une coopération étroite. Elle a toutefois tenu à remercier son “ami pour l’intense collaboration ces dernières années” tout en sachant “qu’il continuera, même depuis l’opposition, à servir sa nation”. 

Ce n’est pas la même réaction chez le Rassemblement national qui salue un “grand patriote”, qui fut un allié et un pion important à Bruxelles. Si Viktor Orbán a été une “inspiration et un soutien” pour Marine Le Pen, il a également été un “allié politique” au Parlement européen pour Jordan Bardella, qui estime que la reconnaissance des résultats électoraux par le Premier ministre sortant contredit les “accusations des institutions européennes, de ces dernières années, [à l’encontre de] la démocratie hongroise”.

Alors que ces dernières années, il était question de montée de l’extrême droite en Europe, cette défaite historique interroge sur l’avenir des idées populistes et de l’extrême droite sur le continent.

Donald Trump et Vladimir Poutin liés par la perte de leur principal soutien européen

“Trump avant Trump”, a un jour déclaré le stratège américain Stephen K. Bannon, en parlant de Viktor Orbán comme d’une source d’inspiration pour les conservateurs américains. Il a été la porte d’entrée des idées anti-immigration et conservatrices en Europe, à un point tel qu’il a amplifié les politiques de Donald Trump, présentant les tentatives d’aide à l’Ukraine comme pro-paix et anti-guerre, au détriment de l’Union européenne et de l’OTAN.

Pourtant, cela n’a pas suffi puisque les Hongrois ont décidé de mettre fin aux années Orbán, se détournant des promesses du dirigeant américain. Dans une interview accordée à Fox News lundi, le vice-président américain JD Vance a relativisé les implications directes de cette défaite pour Washington, déclarant : “Nous n’y sommes pas allés parce que nous nous attendions à ce qu’il remporte facilement une victoire électorale. Nous y sommes allés parce que nous pensions que c’était la bonne chose à faire de soutenir une personne qui nous a soutenus pendant longtemps”.

Mais certains sujets qui ont nui à la campagne d’Orbán – tels que les scandales de corruption et les prix élevés aggravés par les tensions internationales – malgré les 16 années de mandat à la tête d’un pays européen et sa volonté de faire renaître le nationalisme en Europe, notamment à travers ce lien Trump-Orbán, pourraient aussi s’appliquer aux républicains et à la Maison Blanche lors des élections de mi-mandat.

Dans ce contexte de défaite, la formule utilisée par le secrétaire d’État Marco Rubio lors de sa visite mi-février à Budapest – “votre réussite est notre réussite” – pourrait prendre alors un sens inversé, révélant plutôt les limites de cette stratégie d’influence.

Elle met ainsi en lumière les limites de son influence à l’étranger, comme le souligne The Washington Post, tout en donnant un nouvel élan aux dirigeants européens pour renforcer l’autonomie stratégique face à la Maison Blanche, qui a cette fois-ci échoué face aux idées libérales et à l’État de droit.

La victoire d’une politique de rupture apparaît également comme le résultat de la stratégie d’ingérence de Vladimir Poutin, qui perd son “cheval de Troie dans l’Union européenne”, comme le souligne Jean-Noël Barrot, qui avait notamment posé son véto sur une aide européenne de 90 milliards d’euros à l’Ukraine et freiné l’adoption du 20ᵉ paquet de sanctions contre la Russie.

Malgré les tentatives d’ingérence russe lors des élections législatives, la fin du règne de Viktor Orbán prive Vladimir Poutine de l’un de ses principaux relais en Europe et le fait désormais reculer dans une guerre où son économie s’enlise. C’est sous des slogans anti-russes scandés dans les rues de Budapest – “les Russes, rentrez chez vous” – que la porte longtemps ouverte au Kremlin se referme. Un tournant qui laisse entrevoir l’espoir d’un renforcement du front européen face à la guerre en Ukraine, et, à terme, d’une possible désescalade du conflit.

  1. Pour en savoir plus : https://vsquare.org/goulash-kremlins-vote-meddling-team-in-budapest-slovakias-shady-help-for-arms-group-ipo/. ↩︎

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