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Guerre en Iran : Le déplacement d’Emmanuel Macron en Asie sous fonds de tensions

Alors que la guerre en Iran menace une crise énergétique mondiale et que Trump se détourne de l’Europe, Emmanuel Macron cherche à diversifier ses relations avec le Japon et la Corée du Sud, en formant une coalition volontaire pour rouvrir le détroit d’Ormuz et assurer un approvisionnement énergétique mondial indépendant.

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Emmanuel Macron s’offre un clin d’œil à Dragon Ball avec la Première ministre japonaise. (Photo : Franck ROBICHON / POOL / AFP)
Emmanuel Macron s’offre un clin d’œil à Dragon Ball avec la Première ministre japonaise. (Photo : Franck ROBICHON / POOL / AFP)

Le Président de la République, Emmanuel Macron, a entamé ce mardi 31 mars une visite au Japon – puis la Corée du Sud – avec un objectif : renforcer leurs échanges stratégiques et économiques. 

Quatrième déplacement du Président Français sur l’archipel depuis 2017, il s’agit toutefois de la première fois qu’il s’y rend pour une visite pleinement consacrée aux relations avec le Japon. Mercredi a eu lieu son premier entretien avec la Première ministre japonaise Sanae Takaichi où ont été abordées des questions de coopération bilatérale dans les secteurs stratégiques du nucléaire civil et de l’innovation technologique, ainsi que des partenariats économiques entre les deux nations et des enjeux de sécurité internationale, auxquels ils sont confrontés.

Au fil de ses entretiens à Tokyo, entre mardi et jeudi midi, puis à Séoul jusqu’à vendredi soir, le chef de l’État entend discuter avec les dirigeants des deux alliés asiatiques de Washington de la possibilité de s’associer à la France pour construire une autonomie stratégique.

Initialement programmé avant l’explosion du conflit au Moyen-Orient, ce déplacement intervient désormais dans un contexte marqué par le risque d’une crise énergétique mondiale et les répercussions sur les pays asiatiques.

Une visite prévue avant la guerre, mais opportune pour Tokyo et Séoul

D’abord Tokyo, puis Séoul, le chef de l’État était supposé parler essentiellement des relations franco-japonaises, des relations franco-sud-coréennes mais c’est surtout que la guerre au Moyen-Orient “qui [est] au coeur des échanges”, a indiqué la présidence française avant ce déplacement. Elle s’est imposée comme sujet de fond mais surtout comme argument majeur pour Emmanuel Macron.

En effet, la guerre engagée par les États-Unis et Israël en Iran depuis un mois pour stopper le programme nucléaire iranien a provoqué le blocage du détroit d’Ormuz, passage maritime dans le Golfe par lequel transite près de 30% du trafic international du pétrole et des hydrocarbures. Cette fermeture représente une « menace pour l’économie mondiale ». Ce passage correspond également à une grande part des importations de pétrole du Japon – 90% – mais aussi de la Corée du Sud – 60% où son président a déjà appelé la population à réduire ses dépenses d’énergie si la fermeture se prolongeait. 

Les conséquences peuvent déjà s’observer : face à la pression de la hausse des prix, les autorités japonaises ont déjà commencé à utiliser leurs stocks stratégiques pour rassurer la population et limiter la hausse des prix.

Un responsable japonais a d’ailleurs évoqué que parmi les attentes de cette visite se trouvait “la poursuite des communications en vue d’un apaisement rapide de la situation en Iran”. Les deux dirigeants discuteront de la “façon dont on peut essayer de trouver des solutions communes”, a de son côté indiqué la présidence française.

L’occasion pour le chef de l’État de s’appuyer sur cette vulnérabilité pour pousser vers cette autonomie stratégique en dehors d’une interdépendance envers les deux superpuissances. 

“Mettre l’accent sur l’attractivité de la France”

Au-delà de la crise géopolitique, le président français compte sur ce déplacement pour mettre en avant l’attractivité de la France. Près de 200 patrons japonais et une délégation d’une quarantaine de chefs d’entreprises français étaient rassemblés pour un forum économique, “on doit en effet faire beaucoup plus, parce que les défis contemporains et l’affinité de nos stratégies justifient qu’on fasse beaucoup plus”, a justifié le président français.

Il entend ainsi permettre une plus importante coopération entre la France et le Japon, en investissements, intelligence artificielle et notamment en matière nucléaire où Orano, spécialiste français du combustible nucléaire, a annoncé jeudi la signature d’un accord avec le Japon pour le traitement en France “d’environ 200 tonnes” de combustible usé provenant de réacteurs nucléaires nippons. 

Au cœur même de ces accords se trouvent les impacts de la guerre au Moyen-Orient où l’on observe “une hausse des prix immédiate”, comme l’a expliqué le PDG de Saint James, Luc Sénécal. Une problématique au centre de la visite d’Emmanuel Macron au Japon qui y voit un “agenda d’apaisement et d’innovation” pouvant être défendu “ensemble”.

Recul américain chez ses alliés, avancée chinoise en Asie et au Moyen-Orient

Les relations avec Washington, tout comme celles avec l’Europe, semblent s’être fragilisées. D’abord avec le Japon : la dernière rencontre entre Trump et la Première ministre en mars 2026 a laissé un certain froid, notamment après la remarque de Trump sur Pearl Harbor. Ensuite avec la Corée du Sud, où des exercices militaires conjoints en mer de Chine ont révélé de profondes divergences politiques et la volonté de Séoul de renforcer son autonomie, faisant émerger des doutes quant à la fiabilité de son allié.

Côté chinois, les manœuvres militaires autour du Japon se sont intensifiées et le contournent désormais par le sud comme si elles visaient Tokyo. L’année dernière, des navires du gouvernement chinois ont été enregistrés dans la zone contiguë autour des îles Diaoyu contestées, appelées les Senkakus par le Japon, pendant 357 jours. 

En outre, le risque d’une action militaire chinoise contre Taiwan pouvant constituer “une situation menaçant la survie” du Japon, comme l’avait déclaré la première ministre au parlement. L’archipel “chercherait probablement le soutien de la France contre ce qu’elle considérait comme la coercition économique et politique de la Chine, en particulier avec la France qui se prépare à accueillir un sommet du G7 en juin”, selon Céline Pajon, responsable de la recherche sur le Japon et l’Indopacifique au Centre d’études asiatiques de l’Institut français des relations internationales.

Au Moyen-Orient, la Chine est le seul pays que l’Iran a autorisé à passer en toute sécurité dans le détroit d’Ormuz – proposition qu’elle n’a toutefois pas pour le moment acceptée. Cela démontre un recul américain dans la région et, à la fois, une avancée diplomatique chinoise. Le rapprochement qu’elle a effectué en tant que médiatrice entre l’Arabie Saoudite et l’Iran en 2023 n’était que les prémices, aujourd’hui elle constitue un allié dans la région, où historiquement ce furent les États-Unis et l’Occident.

Ce voyage souligne ainsi une reconnaissance commune entre les régions euro-atlantiques et indopacifique et une volonté mutuelle de diversifier les partenariats stratégiques.

« Une coalition des indépendants« 

Cette rencontre s’inscrit donc dans un contexte de remise en question de leurs relations avec leur allié de longue date, Washington, jusqu’à présent garant de leur sécurité. Souhaitant éviter une nouvelle logique de blocs, se tourner vers le Japon et la Corée du Sud, victimes de cette dualité, s’inscrit dans la volonté d’envoyer un message clair : pas de superpuissances, seulement des pays défendant le multilatéralisme, les valeurs et principes fondamentaux de la charte des Nations Unies.

Déjà formulé lors du Dialogue de Shangri-La 2025, cet appel d’Emmanuel Macron à une “coalition des indépendants” fait écho aux efforts du Japon pour diversifier ses partenariats stratégiques. Longtemps tourné vers la première puissance mondiale pour contourner l’influence chinoise en Asie, il tente de se recomposer des alliances autour de nouvelles dynamiques, notamment autour du partenariat entre l’Union Européenne et le Japon de 2025 dans une volonté de défendre un ordre international libre et ouvert.

Cette vulnérabilité profite à Emmanuel Macron qui y voit un moyen de parler d’une seule voix : deux partenaires membres du G7, qui ont par ailleurs communiqué une déclaration conjointe sur l’Iran, ajouté à un pays invité considéré comme un « partenaire », qui insistent sur la nécessité de rétablir une liberté de navigation sûre et permanente dans le détroit d’Ormuz, conformément au droit de la mer et à la résolution 2817 du Conseil de sécurité de l’ONU.

Paris pousse ainsi pour une réponse coordonnée qui mêle pression diplomatique, sécurisation des routes commerciales et préparation d’une réouverture du détroit lorsque les combats cesseront.

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