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La génération « Childfree » : pourquoi les jeunes ne veulent plus d’enfants ?

Alors que la natalité est en baisse depuis plusieurs années en France, en février dernier, le ministère de la santé a présenté son plan de lutte contre l’infertilité et de relance de la natalité dans le pays. Parmi les seize mesures annoncées, l’une prévoit l’envoi d’une lettre à tous les Français de 29 ans afin de les sensibiliser aux enjeux de la fertilité et de les inciter à réfléchir à la question de la parentalité. Cette initiative, qui vise à relancer les naissances en France, soulève des questions à l’heure où de nombreux jeunes reconsidèrent leur désir d’enfant, notamment pour des raisons climatiques, économiques et politiques. Notre génération est-elle en train de redéfinir les normes de la parentalité en France ?

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Image d'un parent tenant la main de son bébé / Image libre de droit

Une parentalité de moins en moins évidente

Pendant longtemps, fonder une famille s’imposait comme une étape incontournable de la vie, presque comme une norme à suivre. Se marier, puis avoir des enfants constituait le parcours classique. Aujourd’hui, cette vision semble évoluer. Chez les jeunes générations, la parentalité n’apparaît plus systématiquement comme un passage obligé, mais davantage comme un choix parmi d’autres trajectoires de vie possibles.

Le dernier rapport de l’INED (Institut national d’études démographiques), paru en août 2025 et intitulé « Les Français·es veulent moins d’enfants », met en lumière les transformations qui s’opèrent actuellement. Il présente notamment l’évolution de l’indicateur conjoncturel de fécondité, c’est-à-dire le nombre moyen d’enfants qu’aurait une femme au cours de sa vie. En France, cet indicateur est passé de 3,3 enfants par femme en 1960 à 2,0 en 2014 puis à 1,6 en 2024, soit une baisse d’environ 20 % sur les seules dix dernières années. Cette diminution significative traduit une tendance de fond : les jeunes générations font globalement moins d’enfants que leurs aînés.

Dans le même temps, l’âge de la maternité ne cesse de reculer en France. Selon les données de l’INSEE, l’âge moyen des femmes à la naissance de leur premier enfant était de 29,1 ans en 2023, contre 24,6 ans en 1980, soit un décalage de près de cinq ans en l’espace de quatre décennies. Cette progression témoigne d’un changement des priorités au sein des jeunes générations. La parentalité s’inscrit désormais plus tard dans les parcours de vie.

Source : INSEE, « Un premier enfant à 29,1 ans en 2023 : un âge qui continue d’augmenter », 2025

Ce phénomène s’accompagne également d’une augmentation des naissances après 30 ans, devenue aujourd’hui presque majoritaire. À l’inverse, les maternités précoces, qui autrefois étaient les plus fréquentes tendent à se raréfier.
L’ensemble de ces éléments vient confirmer une évolution durable des comportements démographiques. L’entrée dans la parentalité intervient à un âge de plus en plus élevé et redéfinit ainsi les étapes dites « traditionnelles » de la vie d’un adulte ainsi que le moment jugé « approprié » pour avoir un enfant.

Dans une démarche visant à documenter et illustrer le sujet de cet article, CS Actu a mené son enquête. Fondée sur les retours de 34 répondants, avec 76,5% de femmes et 23,5% d’hommes âgés de 18 à 27 ans et plus. 58,8% des personnes interrogées déclarent vouloir avoir des enfants entre 30 et 35 ans. Ce résultat confirme un recul de l’âge de la parentalité, en cohérence avec les résultats observés à l’échelle nationale.

Coût de la vie, climat, politique? : les inquiétudes qui poussent les jeunes à revoir leur projet de parentalité

Au-delà des chiffres, de nombreux facteurs extérieurs viennent aujourd’hui influencer le désir d’enfants. Le contexte économique, apparaît comme un frein majeur. Les réponses obtenues confirment cette tendance puisqu’à la question « Quels facteurs seraient susceptibles d’impacter votre envie de devenir parent ? », 73,5% des répondants citent la situation financière comme élément déterminant dans leur réflexion.

Selon le rapport de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) intitulé « Regards sur la société 2024 : Indicateurs sociaux de l’OCDE », la décision d’avoir un enfant est aujourd’hui fortement liée aux conditions économiques. Le coût que représente un enfant, incluant le logement, l’éducation ou encore la garde, constitue une part de plus en plus importante du budget des ménages, que beaucoup estiment difficile à assumer.

« La situation financière est importante, élever un enfant représente un coût. Je préfère être stable financièrement avant de devenir parent. » 

Anonyme

Cette réponse fait écho à celle d’autres répondants pour qui la situation financière représente un facteur déterminant dans leur envie, ou non, d’avoir des enfants.

« À l’heure actuelle entre mon loyer et le coût de la vie j’ai du mal à boucler les fins de mois. À cela il faut ajouter une certaine précarité professionnelle […] Je change donc encore régulièrement d’emploi ce qui ne me permet pas d’avoir la stabilité nécessaire pour avoir un enfant. » 

Anonyme

En plus des contraintes financières, d’autres préoccupations entrent en jeu et influencent le rapport des jeunes à la parentalité. Notamment, la carrière professionnelle et la crise climatique qui arrivent respectivement en deuxième et troisième position dans les résultats du sondage. La question de la vie professionnelle occupe une place centrale dans les réflexions car pour beaucoup, avoir un enfant implique aujourd’hui de disposer d’une situation stable, mais aussi de pouvoir concilier vie personnelle et ambitions professionnelles. De fait, voir sa carrière ralentie, voire pour certains compromise, apparaît comme un frein important.

« Dans certains milieux professionnels c’est difficile d’avoir une vie de famille stable. Je trouve que ça peut être égoïste d’avoir un enfant dans un contexte où je sais que les conditions ne sont pas réunies. »

Parallèlement à cela, la vision de liberté personnelle occupe une place importante dans les réponses recueillies (61,8%). Les jeunes en âge d’avoir des enfants comptent parmi les premières générations à pouvoir faire ce choix de manière véritablement personnelle, indépendamment des pressions familiales et sociétales. Combiné aux préoccupations financières, professionnelles ou encore environnementales, cela reflète aussi le choix grandissant pour certains de privilégier leur liberté personnelle et d’autres projets de vie plutôt que la parentalité.

« Les jeunes font moins d’enfants puisque les mentalités ont changé. Avant, c’était un peu le parcours classique de fonder une famille, alors qu’aujourd’hui beaucoup préfèrent profiter de leur vie, voyager et se réaliser personnellement avant de penser à avoir des enfants. »

Femme et maternité, un rapport qui se transforme

Cette transformation du rapport à la parentalité s’observe particulièrement chez les femmes, dont les trajectoires de vie ont profondément évolué ces dernières décennies. Là où, historiquement, la maternité constituait une étape centrale et précoce dans la vie des femmes, ces dernières ont aujourd’hui beaucoup plus accès aux études et au monde professionnel.

Toujours selon le rapport de l’OCDE, la baisse de la fécondité s’inscrit en partie dans un contexte où les femmes sont de plus en plus intégrées au marché du travail ainsi que d’une élévation de leur niveau d’éducation. Ces évolutions ont renforcé ce que les économistes nomment de « coût d’opportunité » de la maternité, c’est-à-dire, ce qu’une femme perd ou met de côté en choisissant d’avoir un enfant. Ainsi, l’OCDE souligne que les coûts engendrés par un projet de maternité sont beaucoup plus élevés pour les femmes les plus qualifiées. En d’autres termes, plus une femme est diplômée et investie dans sa carrière, plus avoir un enfant peut avoir un impact important sur son parcours professionnel. Ce phénomène se traduit donc par un report de la maternité mais aussi par une augmentation du non-recours à la parentalité.

Pour conclure notre sondage nous avons posé la question suivante : Pensez-vous que notre génération est moins tentée à avoir des enfants que les précédentes. Les résultats sont significatifs, avec 94,1% de « Oui ». À travers ces différentes évolutions, un constat est clair : la parentalité n’a pas totalement disparu des aspirations des jeunes générations, mais elle ne constitue plus un élément central ni une évidence. Entre inquiétudes financières, perspectives professionnelles et volonté de préserver une certaine liberté personnelle, le choix d’avoir des enfants est aujourd’hui conditionné par plusieurs facteurs et une réflexion plus large. Les résultats du sondage, font ainsi écho aux différents chiffres nationaux qui illustrent cette transformation : vers une parentalité plus tardive ou parfois même écartée.

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