Chronique d’un couple sous pression
Pour résumer, la série explore l’histoire du “petit prince de l’Amérique”, célibataire adulé que le pays a vu grandir et d’une femme indépendante, dotée d’un style unique, passée de vendeuse à directrice chez Calvin Klein puis à la confidente du créateur. La première scène de la série donne le ton : John et Carolyn se disputent sur un tarmac ensoleillé, avant d’embarquer pour le vol privé qui s’écrasera au large de Martha’s Vineyard. L’histoire à peine commencée, on en connaît déjà la fin puisque nous assistons à un retour en arrière de 7 ans : juste avant leur première rencontre. Au bout de trois ans de mariage, le couple était à un point critique. Carolyn entretenait des relations difficiles avec les membres de la famille Kennedy et se sentait tellement oppressée par la pression médiatique qu’elle a fini par refuser d’assister au mariage de Rory Kennedy. Elle finit par rejoindre John à l’aéroport le 15 juillet 1999 avec sa sœur Lauren. Tous les trois décollent à la tombée de la nuit.
C’est Sarah Pidgeon qui incarne Carolyn Bessette et Paul Anthony Kelly qui incarne John F. Kennedy Jr. Ces derniers fascinent par leur étonnante ressemblance avec les personnages réels. Ancien mannequin canadien, Paul Anthony Kelly impressionne pour son tout premier rôle à l’écran. Il aurait été choisi parmi plus de 1 000 candidats lors du casting. Sarah Pidgeon affirme elle avoir eu des difficultés à enquêter sur Carolyn Bessette, une personnalité très privée. Elle a malgré cela réussi à s’inspirer des milliers de photos de la vraie Carolyn Bessette publiées dans les tabloïds de l’époque. Cependant, elle ne disposait que d’un court enregistrement, de moins d’ une minute, de la voix de Carolyn pour construire son personnage.

Une reconstitution minutieuse de l’esthétique et le vedettariat des années 1990
De plus, Love Story est remarquable pour son impeccable capsule temporelle qui a été recréé. La série nous plonge dans une atmosphère propre à elle, avec la bande-son des tubes de l’époque comme No Ordinary Love de Sade ou bien Kiss Me de Sixpence None the Richer. À cela s’ajoute la précision avec laquelle ont été reconstitués les looks de Carolyn Bessette, qualifiée de stupéfiante par la presse spécialisée en mode. Nous retrouvons également le style vestimentaire iconique de John F. Kennedy Jr. Dans les derniers épisodes nous sommes en immersion totale dans la culture du vedettariat de l’époque et tout l’écosystème entre la presse et les personnalités. En effet, le vedettariat renvoie précisément aux scènes où l’on voit le couple traqué par les paparazzi, dont chaque apparition publique est un événement médiatique, et dont la vie privée est devenue propriété du regard collectif. Ces tensions du quotidien et leur relation conflictuelle, aurait pu inspirer l’excès, signature habituelle de Ryan Murphy. C’est pourtant la douceur et le calme qui s’impose, presque à contre-courant, dans la série.

Le succès de Love Story
Disney a annoncé que Love Story est devenue la mini-série la plus regardée de l’histoire de FX en streaming, avec plus de 25 millions d’heures de visionnage pour les cinq premiers épisodes sur Disney+ et Hulu. Sur TikTok, les recherches concernant JFK Jr. et Carolyn Bessette ont augmenté de plus de 9 100 % en un mois. Le hashtag #lovestory comptait plus de 21 millions de publications sur la plateforme.
Du côté de la presse française, Elle salue une histoire d’amour sous surveillance, belle et fragile. Le Parisien note que le résultat fait preuve d’humanité et rend palpable chaque émotion, mais souligne la prestation mitigée de Naomi Watts dans la peau de Jackie Kennedy-Onassis.
La famille Kennedy contre Ryan Murphy
Dès l’été 2025, en plein tournage, Jack Schlossberg, le fils de Caroline Kennedy, avait publié sur Instagram une première attaque, accusant Murphy de « profiter de façon grotesque » de l’héritage de JFK Jr. Il précisait que ni lui ni aucun membre de la famille n’avait été consulté, et que la famille n’avait « pas grand chose à faire » pour l’en empêcher. Après la diffusion, il a affirmé sur CBS Sunday Morning : « Si vous voulez connaître quelqu’un qui n’a jamais rencontré un membre de ma famille, qui ne sait rien de nous, parlez à Ryan Murphy. Ce type ne sait pas de quoi il parle, et il se fait un maximum d’argent sur un étalage grotesque de la vie d’autrui. » Il qualifie la série de « fiction avec un grand F ». Schlossberg réclame que Murphy reverse une partie de ses bénéfices à la bibliothèque JFK : « Il n’est pas en train de faire un documentaire. Il gagne de l’argent. » A cela, il ajoute une dimension politique : il dénonce l’utilisation de l’image des Kennedy à un moment où Donald Trump « se sert de JFK comme d’un punching-ball », citant en exemple le renommage du Kennedy Center.
La productrice exécutive Nina Jacobson a expliqué leur choix de ne pas contacter la famille : « Quand on prend une posture de recherche plutôt qu’une position d’interview personnelle, on obtient une vision plus complète, même si on rate la chance de parler aux personnes elles-mêmes. »
Daryl Hannah : une autre voix critique
En mars 2026, l’actrice Daryl Hannah, représentée par Dree Hemingway dans la série, une ancienne compagne de JFK Jr, a publié une tribune dans le New York Times affirmant que la série n’était « pas même une représentation à distance fidèle » de sa vie, de sa conduite ou de sa relation avec John. Elle a notamment démenti avoir jamais consommé de cocaïne ou organisé des soirées autour de cette drogue, et avoir fait pression sur quelqu’un pour un mariage. Son accusation va plus loin qu’un simple désaccord biographique : elle estime que la série reproduit un vieux mécanisme culturel, celui qui consiste à abîmer une femme pour en magnifier une autre, à simplifier une personne réelle pour rendre le récit plus efficace.

La polémique a changé de nature au fil des semaines, devenant un véritable champ de bataille mémoriel : qui a le droit de raconter les morts ? Et soulevant toutefois des questions sur la frontière entre hommage, mémoire et commerce.





