Fin de vie et suicide assisté : vers une révolution française ?

Ce mardi 13 septembre, le monde du cinéma perdait l’un des pionniers de la Nouvelle Vague, Jean-Luc Godard. Si l’homme était connu de son vivant pour ses réalisations provocatrices et novatrices, son influence résonne même parmi les morts. En effet, le réalisateur suisse est parti par suicide assisté. « Il n’était pas malade, il était simplement épuisé » déclarent ses proches pour Libération. Ce geste relance en France le débat sur le suicide assisté et par extension la fin de vie et l’euthanasie.
Le Comité d’éthique rend mardi matin un avis attendu sur la fin de vie, au moment où Emmanuel Macron s’apprête à tracer les contours d’une convention citoyenne sur ce sujet de société avant une éventuelle loi. ©pattilabelle / Adobe Stock

Au même moment dans l’hexagone, un débat long de près de 20 ans refait surface. En effet, lundi, Emmanuel Macron annonce le lancement d’une convention citoyenne « dès Octobre » sur la question de l’aide active à mourir.

En réaction, mardi 13 septembre, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) rend un avis favorable sur la question. C’est une première en France où tous les ingrédients sont réunis pour une avancée de la loi.

Une loi en évolution, déjà ?

Ce n’est pas la première fois que le sujet revient sur la table des politiques. En 2005, la loi relative aux droits des malades et à la fin de vie, aussi appelée loi Leonetti, est approuvée par le gouvernement.

Elle marque une rupture et une avancée dans le domaine. Toutes les tentatives législatives de cet ordre ayant été rejetées dans les décennies précédentes.

La loi écarte l’euthanasie et permet au patient de demander la fin d’un traitement lorsque son pronostic vital est fortement engagé. De plus, la loi Leonetti précise que cette décision ne peut être prise que si la mort du patient est envisageable à court terme, autrement dit quelques jours.

Dans le même temps, il est proposé et « conseillé » des soins palliatifs aux patients, c’est-à-dire des soins visant à rendre plus « agréable » la fin de vie des malades.

Le texte de loi est accepté à l’unanimité, une rareté à l’Assemblée Nationale.

L’élection de François Hollande fait accélérer le processus. L’avancée de la loi Leonetti étant l’un de ces projets principaux en matière de santé. La publication du rapport Sicard en 2012 rend « obligatoire » une avancée.

Les soins palliatifs y sont jugés mal exécutés et on ouvre la voie au suicide assisté. Cependant, aucun texte de loi ne voit le jour avant 2016, et la loi Claeys-Leonetti.

Elle réaffirme la place primordiale des soins palliatifs dans l’accompagnement des malades en fin de vie mais exclue une possible extension vers l’euthanasie. Parmi les autres changements, la désignation d’une personne de confiance par les patients afin d’exprimer leurs volontés.

Une avancée législative, bien difficile à mettre totalement en place.

La France considérée « en retard » par ses voisins ?

Belgique, Luxembourg, Espagne, Suisse. Le suicide assisté a déjà été adopté dans de nombreux pays européens frontaliers. Bien que le résultat soit en quelque sorte le même, les modèles présentent des disparités. En Belgique, par exemple, le médecin est à même de réaliser l’euthanasie.

Côté helvétique, comme dans le cas de Jean-Luc Godard, une association suit le patient jusqu’à la prise du produit léthal.

Dans d’autres cas, comme dans l’Oregon aux États-Unis, le patient n’a besoin que d’une simple ordonnance fournie par son médecin.

Un débat parallèle s’instaure alors. En cas d’adoption d’une extension de la loi, quel modèle choisirait la France ? Lesquels sont-ils éthiquement utilisables ?

Un débat difficile, entre humains et politique …

« On est dans l’humain, et donc prenons le temps, de prendre le temps, de discuter autour de ces sujets ». Ces mots prononcés par Jean-François Delfraissy, interviewé par France Inter ce mardi, résument la difficulté de mettre en place de telles décisions. En effet, ce qui se joue dans ces débats politiques est bien plus que la mise en œuvre de convictions profondes. Pour certains, il s’agit de répondre à des situations de détresse, d’une réalité lourde à porter pour les malades et leurs proches.  

Portrait du président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy. (AFP)

Bien que de retour dans l’actualité, le débat n’est pas nouveau en France. Cela fait près de 20 ans que politiques et scientifiques se tirent les cheveux sur la question.

L’Affaire Vincent Lambert, le grand bouleversement

L’affaire Vincent Lambert, met en exergue tous les rouages de ce débat à la fois philosophique, politique, judiciaire et médical. Ce père de famille né en 1976, a subi un grave accident de la route en 2008, le faisant tomber dans un état végétatif dit syndrome d’éveil non-répondant. La famille se déchire et les décisions de justice s’enchaînent validant puis supprimant les demandes d’arrêt de traitement de Vincent Lambert. Une question se pose alors devant la loi : qui doit décider de l’arrêt ou non de ces traitements ? L’avis du patient, peu importe son état, ne doit-il pas prévaloir sur celui des médecins ou de ses proches ?

Vincent Lambert s’est éteint le 11 juillet 2019, après 17 années dans un état végétatif et quelques 6 ans de bataille juridique sur son cas.

Si la majeure partie des Français se dit favorable à une avancée de la loi , il reste de nombreux réticents. Claire Fourcade, médecin en soins palliatifs refuse une modification de ladite loi. En effet, elle privilégierait une utilisation accrue des soins palliatifs plus que d’augmenter les possibilités de suicide assisté. Pour elle, le suicide assisté à « outrance » revient à renoncer à la mort comme une étape de la vie.

« Aujourd’hui, on voudrait mourir non seulement sans souffrance, ce qui est notre objectif en soins palliatifs, mais également mourir « sans peine », presque sans s’en apercevoir » déclare-t-elle cette semaine.

Plus que politique, ce sont des questions philosophiques et éthiques qui s’ouvrent :  « Est-ce que notre mort nous appartient ou est-ce qu’elle appartient à notre société ? ».

Le débat est ouvert …

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