Lancer des tartes à la crème au nom du climat 

Ce mois d’octobre, les musées européens ont vécu une vague de manifestations chocs orchestrées par plusieurs associations de lutte contre le réchauffement climatique. Des œuvres iconiques ont ainsi été les cibles de lancés de nourriture pour alerter de l’urgence climatique.
Deux activistes du collectif Just Stop Oil, Anna Holland et Phoebe Plummer, juste avant leur arrestation, à la National Gallery, à Londres, le 14 octobre 2022. © Olmos Antonio/Eyevine Guardian News/ABACA

Le 24 octobre, une scène cartoonesque s’est déroulée au musée Madame Tussaud de Londres. La statue du roi Charles III a reçu un gâteau au chocolat en pleine figure ! Pourtant, rien de plus politique que ce gag digne d’une comédie américaine. 

Purée de pommes de terre, soupe de tomate, tarte à la crème ou gâteau chocolat sont devenus les nouvelles armes pacifiques de certains militants écologistes pour alerter l’opinion publique sur l’urgence climatique. Au mois de mai déjà, un jeune activiste avait lancé du gâteau sur la vitre protégeant la Joconde, au Louvre, à Paris. En partant, il avait crié « Les artistes, pensez à la planète. » Son geste, filmé par une foule de touristes confus, avait fait le tour du monde sur les réseaux sociaux. 

Un débat a rapidement émergé : peut-on attaquer une œuvre d’art pour sensibiliser aux questions environnementales ? Les musées sont-ils des lieux de protestation ? Du côté des militants, la réponse est simple : tant que l’œuvre n’est pas endommagée et que l’action protestataire reste pacifique, tout lieu public est une opportunité pour attirer l’attention sur une cause impérieuse. Alors que les rapports scientifiques alarmants s’accumulent sans grande mobilisation du public, ces manifestations originales seraient un mode de lutte original et impactant.

Depuis la rentrée, les actions du genre se sont multipliées en Europe. Constatant l’efficacité médiatique de ces « performances », les associations de lutte pour le climat s’en emparent pour mobiliser le public.  

Une vague d’attaques dans les musées

Les mises en scène sont parfois très travaillées, comme au Louvre, où le jeune militant s’est déguisé en femme handicapée âgée. Arrivé devant la Joconde, il s’est levé de son fauteuil roulant, a jeté le gâteau sur le tableau et a laissé derrière lui des roses rouges sur le sol. 

À Londres, l’association Just stop oil a lancé deux actions en octobre : une première le 14 à la National Gallery en étalant de la soupe de tomate sur la vitre protégeant les Tournesols de Van Gogh, et une seconde le 24, sur la statue de cire de Charles III au musée Tussaud. Ces actions provocatrices se sont déroulées dans une mise en scène sobre : les deux activistes se sont agenouillés devant les œuvres en adressant aux visiteurs des messages de sensibilisation climatique. Just stop oil a aussi exhorté les compagnies pétrolières à arrêter leurs activités.

Ce même mois, le 21 octobre, l’association Scientist Rebellion s’est faite entendre au musée Autostadt, à Wolfsburg (Allemagne). Quinze chercheurs et universitaires scientifiques ont collé leur main au sol du musée pour appeler Volkswagen à agir contre le réchauffement climatique. Scientist Rebellion a rappelé la responsabilité de ce géant du secteur des transports, premier constructeur automobile sur le marché européen. Ils ont également réclamé au gouvernement allemand l’abaissement des limites de vitesse sur l’autoroute à 100 km/h afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 4,3 millions de tonnes par an. L’occupation du musée a duré 42 heures et s’est terminée par l’intervention des forces de l’ordre. 

Ces nouvelles méthodes militantes sont-elles efficaces ?

« Écrire des rapports, parler raisonnablement et gentiment, ça montre ses limites. Ce modèle qui consiste à fournir de l’information pour des décisions raisonnées marche un peu, mais pas assez », a déclaré le chercheur Wolfgang Cramer à France Info.

Ce nouveau mouvement protestataire visant les lieux culturels révèle une exaspération et une impatience des militants qui, malgré leurs nombreuses actions, également menées dans le champ politique et législatif, ne semblent pas faire avancer de manière suffisamment significative la cause climatique. L’attaque à la purée de pommes de terre des Meules de Monet (Potsdam, 23 octobre) à été menée par l’association Letze Generation nommée ainsi pour alerter de l’urgence pour cette « dernière génération » à survivre sur une planète suffocante. 

On observe en effet un rajeunissement des militants dans les protestations écologistes ces dernières années. Le phénomène Greta Thunberg a touché les jeunes du monde entier en leur donnant un modèle d’engagement politique à suivre. Ce sont donc les jeunes générations qui s’emparent de ces enjeux dans les manifestations, les marches, les conférences et l’accès aux médias. Pour se faire entendre, ils utilisent ainsi les réseaux sociaux en masse afin de sensibiliser le peuple, à défaut de pouvoir faire bouger les institutions. 

Les événements de ce mois d’octobre témoignent d’une profonde anxiété climatique chez les jeunes et d’une colère vis-à-vis de l’inaction gouvernementale. Attaquer des œuvres d’art au nom du climat permettrait de parler à tout le monde en s’en prenant à des icônes de l’histoire de l’art ou à des figures symboliques comme Charles III. Innovation communicationnelle ou profanation artistique, reste que le discours climatique a résonné à l’international. 

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