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Les locaux français du réseau social X perquisitionnés par le parquet de Paris

Après plusieurs signalements en janvier 2025, la plateforme X et son IA Grok sont le fruit d’une enquête dont les faits reprochés vont de l’extraction illégale de données à la complicité dans la possession de pornographie infantile.

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Elon Musk arrive à l’investiture de Donald Trump au Capitole, à Washington, le 20 janvier 2025. (Kevin Lamarque / Getty Images)
Elon Musk arrive à l’investiture de Donald Trump au Capitole, à Washington, le 20 janvier 2025. (Kevin Lamarque / Getty Images)

Ce mardi 3 février 2025, le Parquet de Paris publie un communiqué de presse « dans le cadre de l’enquête ouverte en janvier 2025 par la section de lutte contre la cybercriminalité du Parquet de Paris, avec l’UN Cyber de la gendarmerie et en présence d’Europol ». Alors qu’elle annonce des perquisitions en cours dans les locaux français du réseau social X, dont le propriétaire est le milliardaire Elon Musk, les investigations semblent avoir été élargies à d’autres faits.

Les prémices de l’enquête

Elon Musk ainsi que Linda Yaccarino, ancienne directrice générale de X, sont tous deux convoqués le 20 avril 2026 pour être entendus par la justice française. Ils sont visés « en leur qualité de gérant de fait et de droit de la plateforme X au moment des faits », précise la procureure de la République, dans l’objectif — présenté comme s’inscrivant dans une « démarche constructive » — de garantir in fine la conformité de la plateforme aux lois françaises. Des salariés de l’entreprise seront également entendus en qualité de témoins entre le 20 et le 24 avril.

Cette perquisition s’inscrit dans l’enquête ouverte à la suite de deux signalements reçus le 12 janvier 2025. Dans un courrier dévoilé en février 2025, le député Éric Bothorel (Renaissance) faisait part de « vives inquiétudes » concernant les récents changements d’algorithmes sur la plateforme, ainsi que de possibles ingérences dans sa gestion depuis son acquisition par Elon Musk. Un second signalement, similaire, a été effectué par un directeur de la cybersécurité de la fonction publique, dénonçant une « surreprésentation de contenus politiques nauséabonds » dans les recommandations.

Il était initialement reproché à X de manipuler ses algorithmes afin de mettre en avant certains contenus et d’en masquer d’autres. Très vite, les chefs d’accusation se sont multipliés.

L’enquête élargie pour complicité de détention d’images à caractère pédopornographie et contestation de crime contre l’humanité (négationnisme)


Depuis l’été 2025, le réseau social X — et notamment son IA Grok — fait l’objet de polémiques à caractère sexuel, conduisant à l’élargissement des investigations. En cause : les dernières évolutions de la plateforme. L’entreprise américaine xAI a développé sa propre intelligence artificielle en réponse à la montée en puissance de ChatGPT fin 2023.

Sa personnalité « amusante » et son accessibilité ont favorisé son adoption. Mais des détournements sont rapidement apparus. De nombreux signalements portent sur la diffusion de photos dénudées générées par IA sans le consentement des personnes visées, dont la majorité sont des femmes, constituant une infraction pénale portant atteinte à la représentation de la personne.

Le député Arthur Delaporte a alerté sur ces pratiques, en référence à l’article 226-8-1 du Code pénal, indiquant qu’un rapport visant à interdire cette fonctionnalité serait remis à Matignon.

Certaines images générées montrent des personnes ressemblant à des mineurs. L’enquête évoque ainsi une « complicité de détention » et de « diffusion d’images » mises à disposition « en bande organisée d’images de mineurs présentant un caractère pédopornographique ». Les enquêteurs soulignent également qu’un changement d’outil de détection en 2025 s’est traduit par une baisse de 81,4 % des signalements transmis au NCMEC pour la France.

Le Center for Countering Digital Hate affirme que 65 % des publications générées par Grok exploitaient sexuellement des individus — femmes, hommes et enfants — soit environ trois millions de contenus. Ces éléments ont conduit à des procédures de l’Ofcom britannique et de la Commission européenne concernant la production massive de deepfakes sexuels.

Celle-ci s’inscrit dans la lignée d’une première enquête lancée en décembre 2023 puis trois autres mesures d’enquêtes techniques supplémentaires en janvier 2025 qui avaient été émises à l’encontre du réseau social en vertu du règlement sur les services numériques (DSA). La vice-présidente exécutive chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie, Henna Virkkunen, inscrivait cette procédure dans l’objectif de “rendre l’environnement en ligne équitable, sûr et démocratique pour tous les citoyens européens”. 

Cela ne s’arrête pas là. La procureure de la République mentionne également l’infraction de contestation de crime contre l’humanité, soit du négationnisme. Cela fait suite à l’élargissement de l’enquête en novembre 2025 où la section spécialisée J3 du parquet de Paris s’était penchée sur des faits de “contestation de crime contre l’humanité” après la diffusion de propos négationnistes par le compte Grok sur la plateforme. 

“Une attaque à la liberté d’expression”

En réponse à la perquisition du parquet de Paris, le compte de l’équipe Global Government Affairs de X réitère dans un post ce mardi 3 février 2026 ce qu’ils avaient auparavant écrit en juillet 2025 après l’élargissement de l’enquête. Cette “enquête pénale” ne reposerait, selon l’entreprise américaine, que sur des “motivations politiques” tout en niant les allégations d’avoir manipulé son algorithme, les qualifiant de “frauduleuses”.

Il va même, encore une fois, jusqu’à remettre en cause les signalements émis à son encontre quant à “l’impartialité” et la loyauté de la justice française, dénonçant un “acte judiciaire abusif”. D’après elle, cette procédure porte atteinte à la liberté d’expression et est “déterminée à défendre ses droits fondamentaux ainsi que ceux de ses utilisateurs”. 

Quant à Elon Musk, il a non seulement reposté ce post en commentant que ce n’est qu’une “attaque politique” mais a également reposté un tweet qui dénonce clairement une attaque à la “liberté d’expression” qu’offre son réseau social aux Européens qui sont “étouffés et censurés” dans une Europe qui “n’est plus une démocratie” et dont les “gouvernements libéraux ne représentent plus la volonté du peuple”.  

Cela avait également suscité une prise de parole du patron de X France depuis onze ans, Laurent Buanec, le 19 mars 2025 qui, à de nombreuses reprises depuis les critiques, défendait sa plateforme. En repostant le dernier rapport de transparence global (Juillet – Décembre 2024) de X et en listant ses exploits dans le cadre de leurs “politiques de lutte contre le harcèlement, les abus et les comportements haineux en ligne”, il refusait toute critique alors même que la plateforme était le sujet d’une enquête par le Parquet de Paris depuis janvier 2025 et une autre tenue par la Commission Européenne concernant le système de recommandation de la plateforme.

Parmi les réactions extérieures, le fondateur de l’application de messagerie Telegram, Pavel Durov, a critiqué ce mardi 3 février les autorités françaises, accusant la France d’être “le seul pays dans le monde à persécuter criminellement tous les réseaux sociaux offrant un certain degré de liberté aux gens” – dont Télégram – ajoutant “ne vous prévenez pas : ce n’est pas un pays libre”. Lui-même ayant été arrêté et détenu en France en août 2024 pour des manquements présumés de modération sur son application de messagerie.

Ces nombreuses enquêtes soulèvent ainsi des questions profondément préoccupantes sur les limites et les dérives de la liberté d’expression, à tel point que l’ambassade de France aux Etats-Unis a fini par répondre sur X, réfutant les accusations de censure.

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