Salman Rushdie poignardé à New York : 33 ans plus tard

Le 12 août dernier, alors qu’il tenait une conférence, l’écrivain Salman Rushdie a été poignardé violemment à multiples reprises. Fait qui se produit 33 ans après la publication de son roman “Les Versets Sataniques”.
L’écrivain britannique Salman Rushdie à Paris, le 10 septembre 2018. © JOËL SAGET/AFP

Le 12 août 2022, Salman Rushdie est présent à une conférence dans le Nord de l’Etat de New York. Alors qu’il est sur le point de prendre la parole, un homme se précipite sur lui et le poignarde à plusieurs reprises, touchant le cou et l’abdomen. Cet homme se nomme Hadi Matar, il a 24 ans et vient de mettre à exécution la Fatwa prononcée il y a 33 ans par un certain ayatollah prénommé Rouhollah Khomeini, chef de la révolution iranienne.  

En 1988, Salman Rushdie, écrivain américano-britannique d’origine indienne, publie Les Versets sataniques. Un roman complexe mêlant religion, rêves et faits réels.

L’œuvre fait parler d’elle dès sa parution. Elle est perçue comme blasphématoire par les islamistes les plus radicaux. Parmi eux, l’ayatollah (un des titres les plus élevés décerné à un membre du clergé chiite) Khomeini, chef politique et religieux iranien depuis la révolution de 1979.

Portrait de l’ayatollah Ruhollah Khomeiny fait à Téhéran le 5 février 1979 quelques jours après son retour en Iran après 15 ans d’exil. © AFP/GABRIEL DUVAL
1989 : Une fatwa est émise à l’encontre de Salman Rusdhie

Le 14 Février 1989, Khomeini prend la parole et dénonce l’œuvre de l’écrivain tout en appelant les fidèles les plus courageux à faire taire à jamais Salman Rushdie. Cet appel déclenche une vague de violence dans de nombreux pays. Suite au message, des manifestations éclatent en Angleterre notamment, le livre est brûlé sous les hurlements « À mort Rushdie ». La violence atteint son paroxysme avec l’assassinat du traducteur japonais Hitoshi Tgarashi en Juillet 1991, ainsi que les tentatives d’assassinat sur ces homologues Italien et Turc. Au total, le livre est interdit dans plus de 20 pays. Quant à eux, les éditeurs subissent des pressions énormes, tout comme les défenseurs de l’écrivain.

Autodafé des Versets Sataniques lors d’une manifestation à Brentford en Angleterre en 1989. © ASADOUR GUZELIAN / GUZELIAN LTD

Salman Rushdie est donc forcé à l’exil. D’abord placé au Royaume-Uni sous protection policière constante, puis aux États-Unis, au fur et à mesure que la menace sur sa vie semblait diminuer. L’auteur a pendant de nombreuses années tenté de faire comprendre que son ouvrage n’était ni blasphématoire, ni caricatural, en vain. De plus, beaucoup reprochent même aux détracteurs de Rushdie de n’avoir pas même lu le roman.

Avec la mort de Khomeini, la fatwa est restée en place. Le gouvernement iranien a même annoncé en 1998 qu’il n’appliquerait plus la fatwa, ni ne l’encouragerait. Cependant, l’aura de l’ayatollah plus fort que tout, la mise à mort ne s’effacera jamais.  

Un état de santé inquiétant

La tentative d’assassinat dont il a été la cible l’a ramené à la réalité de l’obscurantisme qu’il s’était efforcé de combattre depuis. Transféré à l’hôpital par hélicoptère, Salman Rushdie est en mauvaise posture. Si ces jours ne semblent plus comptés, son état reste grave. En effet, il risque la perte d’un œil. Hadi Matar, l’auteur du crime, se dit lui-même étonné que l’homme ait pu survivre à son attaque.

Le plaignant s’est alors exprimé par le biais de son avocat et a d’ores et déjà plaidé non coupable. De plus, il dément tout lien avec la fatwa de Khomeini, bien qu’il déclare respecter et avoir de l’estime pour l’ancien guide iranien. L’assaillant déclare que son acte à l’encontre de Salman Rushdie est tout à fait personnel.

Hadi Matar, au centre, écoutant son avocat, Nathaniel Barone, à gauche, lors d’un passage au tribunal le 13 août 2022. © AP Photo/Gene J. Puskar
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