Le journal pour les jeunes, par les  jeunes

Trump et l’OTAN : vers une rupture historique ?

Alors qu’un courrier interne du Pentagone, publié par l'OTAN, rapporte une éventuelle suspension de l’Espagne par les Etats-Unis au sein de l’alliance, les questions soulevant l’avenir de cette dernière se ravivent.

Partagez ce post

DAVOS, SWITZERLAND - JANUARY 21: U.S. President Donald Trump (C-R) attends a bilateral meeting with NATO Secretary General Mark Rutte (C-L) alongside U.S. Secretary of State Marco Rubio, U.S. Treasury Secretary Scott Bessent, U.S. Secretary of Commerce Howard Lutnick, U.S. Secretary of Energy Chris Wright and U.S. Special Envoy to the Middle East Steve Witkoff on the sidelines of the World Economic Forum (WEF) Annual Meeting on January 21, 2026 in Davos, Switzerland. (Photo by Chip Somodevilla/Getty Images)

Très critique envers l’attitude de certains alliés de l’OTAN au Moyen-Orient, l’administration Trump envisagerait plusieurs mesures à l’encontre de certains membres de l’organisation politico-militaire, a rapporté vendredi l’agence Reuters. Celle-ci cite un courrier interne du Pentagone ayant suscité l’inquiétude au sein de l’alliance transatlantique. Toutefois, plusieurs experts rappellent que certaines des mesures évoquées apparaissent difficilement applicables sur le plan juridique.

Pentagone : “Les Etats-Unis envisagent de suspendre l’Espagne de l’OTAN”

Cette note du Pentagone détaille différentes options dont disposerait Washington pour « sanctionner » certains membres de l’OTAN ayant refusé de soutenir les États-Unis dans le cadre des tensions militaires avec l’Iran. Parmi les pistes évoquées figure notamment une hypothétique suspension de l’Espagne de l’Alliance. Une possibilité largement contestée juridiquement.

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, s’était montré à plusieurs reprises critique envers certaines décisions du président américain Donald Trump et du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Depuis plusieurs mois, Donald Trump reproche également à Madrid son refus d’augmenter ses dépenses militaires à hauteur de 5 % du PIB d’ici 2025, un objectif soutenu par Washington lors du sommet de l’OTAN organisé l’an dernier à La Haye.

Présent à Nicosie, à Chypre, à l’occasion d’un sommet des dirigeants européens, Pedro Sánchez s’est voulu rassurant face à ces informations. « Nous ne travaillons pas sur la base d’e-mails, nous travaillons sur la base de documents officiels et de prises de position que le gouvernement des États-Unis formule », a-t-il déclaré à des journalistes espagnols, rappelant que « la position du gouvernement espagnol est claire : une coopération absolue avec nos alliés, mais toujours dans le cadre de la légalité internationale ».

De son côté, la porte-parole du Pentagone, Kingsley Wilson, a affirmé dans un communiqué transmis à l’AFP que « le ministère de la Guerre fera en sorte que le président ait à sa disposition des options crédibles pour que nos alliés ne soient plus des tigres de papier mais jouent pleinement leur rôle », sans commenter directement la situation espagnole.

Sur le plan juridique, la menace américaine apparaît néanmoins fragile. « Le traité fondateur de l’OTAN ne prévoit aucune disposition permettant de suspendre ou d’exclure un État membre », rappelle un responsable de l’Alliance cité par la BBC. Une analyse partagée par le Dr Patrick Bury, ancien capitaine de l’armée britannique, qui estime qu’« on ne peut pas exclure un pays sans violation majeure des règles de l’Alliance, ce qui n’est absolument pas le cas de l’Espagne ».

Donald Trump et l’OTAN, une relation aussi conflictuelle…

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2025, les relations entre Washington et plusieurs alliés européens se sont nettement dégradées. Le président américain a régulièrement multiplié les critiques envers l’OTAN, qu’il juge trop coûteuse pour les États-Unis et insuffisamment efficace militairement.

Les tensions autour du conflit avec l’Iran ont accentué ces désaccords. Plusieurs pays européens, dont l’Espagne et la France, ont refusé que certaines bases militaires situées sur leur territoire soient utilisées dans le cadre d’opérations américaines. Une position qui aurait fortement irrité Donald Trump, allant jusqu’à menacer de réduire certaines coopérations économiques avec Madrid.

Washington aurait également souhaité une participation navale plus importante des pays européens afin de sécuriser certaines routes maritimes stratégiques, notamment autour du détroit d’Ormuz.

Ces divergences ont alimenté les critiques du président américain envers une alliance vieille de 77 ans. À plusieurs reprises, Donald Trump a qualifié l’OTAN d’alliance « à sens unique », estimant que les États-Unis supportaient une charge disproportionnée dans la défense collective occidentale.

À la suite d’une rencontre à la Maison-Blanche avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, Donald Trump écrivait également sur Truth Social : « L’OTAN n’était pas là quand nous avions besoin d’eux, et ils ne seront pas là si nous en avons besoin à nouveau ».

Avant cette réunion, le président américain aurait même envisagé un retrait des États-Unis de l’Alliance après le refus de plusieurs États membres de participer à certaines opérations de sécurisation maritime liées au détroit d’Ormuz.

Interrogée sur le rôle de l’OTAN dans les tensions avec l’Iran, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, avait déclaré début avril que l’Alliance avait été « mise à l’épreuve » et qu’« elle avait échoué », ajoutant qu’elle avait « tourné le dos au peuple américain ».

Pour Donald Trump, le soutien des alliés devrait être « automatique », une vision qui interroge plusieurs observateurs quant au fonctionnement réel de l’OTAN, fondé sur la coopération politique et stratégique entre ses membres. Comme le rappelait l’historien Francis Fukuyama, « la valeur dissuasive de l’OTAN repose sur la conviction que les membres viendront à l’aide si l’un d’entre eux est attaqué ».

Les déclarations particulièrement agressives de Donald Trump envers l’Iran ont également suscité de vives inquiétudes en Europe. Plusieurs médias et analystes estiment que ces tensions fragilisent progressivement la confiance qui constitue le fondement politique de l’alliance transatlantique.

Ces doutes autour d’un éventuel désengagement américain inquiètent profondément plusieurs capitales européennes, qui accélèrent désormais les discussions sur le renforcement des capacités de défense européennes.

…qu’interdépendante

Malgré les déclarations parfois virulentes de Donald Trump, un retrait américain de l’OTAN demeure politiquement et juridiquement complexe. Le courrier interne du Pentagone évoque d’ailleurs des mesures visant certains alliés, mais ne mentionne pas explicitement un départ des États-Unis de l’Alliance.

Depuis l’adoption d’une loi en 2023, un retrait américain nécessiterait l’approbation du Congrès ainsi qu’un vote favorable des deux tiers du Sénat. Une hypothèse jugée peu probable, y compris au sein du Parti républicain.

Le sénateur républicain Thom Tillis, membre du groupe bipartisan d’observateurs de l’OTAN au Sénat, rappelait ainsi sur ABC que « des vies américaines ont été sauvées par l’alliance de l’OTAN, et des vies américaines seront perdues en grand nombre sans elle ».

Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a lui aussi affirmé sur X que « le Sénat ne votera pas pour quitter l’OTAN et abandonner nos alliés simplement parce que Trump est contrarié ».

Grâce à l’Alliance, les États-Unis disposent aujourd’hui d’environ 80 000 soldats et de nombreuses bases militaires en Europe, des éléments essentiels à la projection de leur puissance militaire à l’échelle mondiale.

Du côté européen, malgré les tensions diplomatiques croissantes, plusieurs experts rappellent que les Européens restent largement dépendants du soutien militaire américain face à la Russie. Kristine Berzina, spécialiste de l’OTAN au German Marshall Fund, estime ainsi que « les Européens ne peuvent pas se passer des États-Unis », notamment face au risque d’une aggravation des tensions avec Moscou.

Le média Politico souligne également que les récents désaccords ont mis en lumière certaines fragilités structurelles de l’Alliance, notamment en matière de coordination militaire et de dépendance stratégique.

Ainsi, malgré les tensions croissantes entre Donald Trump et plusieurs alliés européens, l’OTAN demeure aujourd’hui un pilier central de la sécurité occidentale. Mais les débats provoqués par les positions américaines montrent que l’alliance transatlantique traverse sans doute l’une des périodes les plus sensibles de son histoire récente.

À mesure que les tensions politiques et stratégiques s’accumulent entre Washington et plusieurs capitales européennes, l’OTAN apparaît plus fragilisée que jamais sur le plan politique. Si un retrait américain demeure peu probable à court terme, les déclarations de Donald Trump et les désaccords autour des crises internationales alimentent désormais un débat de fond sur l’avenir de l’alliance transatlantique et sur la capacité de l’Europe à assurer sa propre sécurité.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Total
0
Share

CSMAG, votre point actu’ mensuel !

Nous souhaitons faire de ce magazine le reflet de l’esprit de CSactu, en y intégrant toute nos nouveautés : articles de fond, podcasts, émissions sur Twitch, conférences et bien plus encore. 

Chaque mois, nous nous engageons à vous offrir un magazine qui, tout en valorisant le travail de notre rédaction, mettra en lumière l’ensemble des initiatives portées par CSactu.