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Le journal pour les jeunes, par les  jeunes

Interview de Mickaël Brun-Arnaud – Mémoires de la Forêt

Mickaël Brun-Arnaud, auteur de littérature jeunesse revient, dans un entretien, sur la parution des Mémoires de la Forêt, série de livres publiée aux éditions de l’Ecole des loisirs.

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Peux-tu te présenter ?

“Je m’appelle Mickaël Brun-Arnaud, je suis auteur de littérature jeunesse. J’ai eu plusieurs carrières puisque j’ai d’abord été psychologue hospitalier pendant 8/9 ans en accompagnant des personnes atteintes de maladies neuro-évolutives – telle que la maladie d’Alzheimer. Ensuite, j’ai ouvert la librairie Le Renard doré en 2018, qui est spécialisée manga, culture et littérature japonaises. Puis, récemment je me suis lancé dans la littérature jeunesse avec ma série qui contient 3 tomes actuellement et bientôt 4.”

Peux-tu nous raconter l’intrigue de Mémoires de la Forêt ?

“C’est une série jeunesse en quatre volumes, quatre saisons. Le premier volume parle d’un libraire qui s’appelle Archibald Renard, au village de Bellécorce. Dans cette librairie, il y a une particularité ; chaque livre n’existe qu’en un seul et unique exemplaire. Le roman commence en se demandant “que se passerait-il si quelqu’un avait envie de récupérer le livre qu’il avait écrit ?”, et cela est le cas de Ferdinand Taupe. Ferdinand Taupe est une petite taupe qui est atteinte de la maladie de l’oublie-tout, qui perd ses souvenirs au fur et à mesure et qui vient quelques années plus tard pour essayer de récupérer son manuscrit. Le problème c’est que ce livre, qui était resté 30 ans sur l’étagère, a été vendu et le renard ignore à qui. C’est le début d’une grande aventure puisque notre renard, culpabilisé, va choisir d’accompagner son client à travers la forêt pour l’aider à retrouver son livre. Mémoires de la Forêt est une histoire qui a pour vocation de rapprocher les générations et de parler de vieillesse et de bienveillance aux jeunes esprits.”

Comme tu l’as expliqué, tu as été libraire et, désormais, écrivain. D’où t’est venue cette envie d’écrire, en l’occurrence pour un public jeune dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui ?

“Je pense qu’écrire pour le jeune public c’est écrire pour tout le monde. Ce que j’aime en écrivant de la littérature jeunesse c’est qu’il y a une certaine universalité, que tu peux rechercher une certaine transgénérationnalité dans l’écriture, puisque un livre écrit à partir de 9 ans permettra d’être lu par toutes sortes de personnes si on arrive à trouver un sujet, un environnement qui est à la fois assez agréable pour les enfants et les adultes. Ce qui n’est pas le cas de la littérature adulte puisqu’elle est exclusivement réservée aux adultes et j’aime effectivement essayer de trouver des histoires qui pourront toucher tout le monde. Je pense que les livres qui peuvent toucher tout le monde sont les livres qui restent et je pense qu’avec un sujet aussi important que celui-ci, j’avais envie qu’il reste.”

Tu as aussi publié un roman plus adulte, dans quoi réside la différence ou la difficulté majeure pour écrire à destination de ces deux publics ?

“Pour moi, quand j’ai écrit de la littérature adulte, je me suis peut-être, même si j’avais envie d’écrire une bonne histoire, moins caché, j’ai révélé des choses beaucoup plus brutes, beaucoup moins transformées. Même s’il y avait beaucoup de transformations autobiographiques, c’était une fiction. Mais je pense que lorsqu’on écrit de la jeunesse on a une grande responsabilité, on écrit avec le but d’avoir une belle histoire, une histoire qui est également éducative, émotive, sensible. Donc, je pense que là où la littérature adulte va se concentrer, en tout cas pour moi et c’est ma propre définition lorsque j’écris pour de l’adulte, je vais essayer de chercher le choc, la brutalité, une émotion moins déguisée. Je pense que dans Mémoires de la Forêt, il y a beaucoup de moi aussi mais c’est un livre qui peut être pris entre toutes les mains”

Aurais-tu quelques mots à dire sur le travail éditorial autour de ton livre ?

“Concernant le processus éditorial, je suis ravi d’être à l’École des loisirs. Déjà parce que le livre Mémoires de la Forêt en tant qu’objet est un livre magnifique, qui est superbement illustré, qui a de la dorure, des rabats… il y a un super travail éditorial. Et puis j’ai surtout un travail avec mon éditeur Loïc qui est vraiment très satisfaisant puisqu’aujourd’hui, je n’arrive pas à imaginer ma plume sans la sienne. Elle est la résultante de mes idées, de mon écriture mais aussi du travail éditorial qu’il y a derrière, et Loïc est extrêmement précieux. Je pense qu’avec chaque tome des Mémoires de la Forêt qui avance, j’écris moi aussi en prenant en compte toutes ses remarques, toutes ses considérations ; et je pense que mon écriture s’enrichit de cette personne. Donc non, ce n’est pas un livre à quatre mains, mais c’est un livre qui ne serait rien sans le travail éditorial de Loïc et de l’Ecole des loisirs… donc c’est grâce à eux que le livre est lisible et qu’il ne fait pas 400 pages.”

    Comment est née cette collaboration avec Sanoe, illustratrice ? Dans les dernières pages du tome 1 se trouvent des croquis, à quoi correspondent-ils ? Sont-ils ceux que Sanoe t’avait proposés pour débuter le travail sur les Mémoires de la Forêt ?

    “La collaboration avec Sanoe est née d’une rencontre grâce à la librairie du Renard doré. En fait, Sanoe est venue dédicacer et ce qu’il s’est passé c’est que lorsqu’elle est venu dédicacer je lui ai dit, puisque c’était la première autrice que je voyais après avoir décroché un rendez-vous avec l’Ecole des loisirs. Je lui ai dit que j’avais rendez-vous, je lui ai demandé des conseils parce que j’étais assez stressé. Elle m’a donné pleins de conseils, c’était très précieux. Mais elle est aussi repartie en me demandant si je pouvais lui parler de mon histoire. La journée elle est repartie chez elle, à Rennes, à l’époque, avec le manuscrit du tome 1. Et donc les dessins à la fin du tome 1 sont des dessins qu’elle a fait dans le train. Elle avait lu le 3e chapitre dans le train et elle a fait des croquis comme ça, du début de l’histoire, et elle me les a envoyés et c’était la première fois que je les voyais illustrés. Ce que je trouvais intéressant chez Sanoe c’est qu’elle avait le goût du désuet et cette nostalgie de notre enfance, mais aussi de la modernité dans sa façon de faire.”

    A la parution du premier tome des Mémoires de la Forêt, t’attendais-tu à ce que ton lectorat aille au-delà du public jeunesse ? Cela a été surprenant pour toi que des adultes puissent aussi lire tes livres, avec la même magie que les enfants, mais aussi en adoptant un point de vue différent ?

    “Je ne m’attendais absolument pas à cette réception là mais ce qui est sûr, c’est que j’ai voulu faire le maximum pour qu’on s’empare du livre. Pour moi, le travail d’un auteur ne se limitait pas à l’écriture et qu’on avait un devoir de promotion, surtout lorsqu’on parle d’un sujet qui nous semble important et je me suis emparé des réseaux sociaux pour parler du livre. Je pense que cela a marché, dans le sens où le livre a été lu par le public qui n’était pas d’abord visé par l’Ecole des Loisirs car les enfants ne sont pas sur les réseaux. Tout le monde s’est emparé de ce livre ; que ce soient les enfants, les lecteur.ices de Young adult, les enseignants etc.”

    Cela a-t-il pu influencer ton écriture pour les tomes suivants, bien que tu sois édité par une maison d’édition jeunesse ?

    “Oui, je pense. Je me suis permis d’aller explorer d’autres sujets que celui de la mémoire. J’ai voulu parler de secrets de famille, de résilience et je pense que si les enfants voient une aventure qui va les toucher, les adultes vont y voir d’autres choses. Je suis moi-même fan des œuvres à double message et je trouve que lorsqu’une oeuvre parvient à transporter les parents et les enfants sur d’autres sujets, c’est là qu’elle est réussie. J’ai une grande liberté de sujets dans la série Les Mémoires de la Forêt mais j’ai le cadre de cette maison d’édition qui vient me rappeler cette limite entre le roman jeunesse, le roman ado et le roman adulte.”

    A la lecture des tomes, nous pouvons avoir l’impression que des anecdotes, des traits de personnages ou des événements sont plus ou moins biographiques, est-ce le cas ? Je pense notamment à Archibald Renard, libraire et animé depuis son enfance par l’envie d’écrire

    “Bien sûr que Mémoires de la Forêt contient des anecdotes personnelles. Je pense qu’il y a un grand nombre de personnages, surtout les 1ers qui sont issus de personnes que je connais. Ce qui est sûr c’est qu’Archibald évolue en même temps que j’évolue. Il possède mes qualités et mes défauts, il n’est pas très courageux, assez anxieux. Mais il a aussi envie d’écrire et là où je laisse Archibald dans le tome 4, c’est peut-être là où je me vois dans plusieurs années. Cela me permet de mettre un peu de moi et de créer une histoire universelle.”

    Dans le tome 2 “Les Carnets de Cornelius”, tu racontes des anecdotes avec des rencontres assez mémorables dans la librairie de Bellécorce ; sont-elles inspirées de quand tu étais toi-même libraire ?

    “Oui, je pense que le métier de libraire m’a beaucoup plu, je pense que chaque tome est rempli d’anecdotes. Il y a cette trend sur les réseaux sociaux où des libraires se présentent avec “Je suis libraire, bien sûr que…”. Il y a des moments qui ont pu être vécu très difficilement, des choses qui m’ont heurté dans ma carrière. Mais je pense que la plus belle chose que l’on puisse faire pour les choses les plus tristes et les plus belles, c’est de les transformer avec le prisme de la littérature pour les partager avec d’autres.”

    Pourquoi avoir écrit un tome par saison, y a-t-il une signification en termes de cycle ou encore d’évolution des personnages avec le temps qui passe ?

    “Tout simplement parce que je pense que lorsque l’on écrit une fable animalière, qu’on est au cœur même de la forêt, il est impossible d’ignorer les saisons et l’influence sur le comportement des habitants de la forêt. Donc c’est important pour moi-même, de m’éduquer aux passage des saisons ; c’était quelque chose qu’on mettait en œuvre à la librairie avec le changement de décorations. Mais c’était aussi mon envie de limiter cette histoire à une année puisque je travaille avec un personnage fragile, Ferdinand Taupe, ce serait se leurrer que de penser que tout ne peut être que joie et douceur dans l’évolution de sa maladie. Je pense qu’il y a des scènes qui nous attendent dans le tome 4 qui ne sont pas jolies puisque sa maladie évolue. Cela était pour rester réaliste.”

    Dès le premier tome, les chansons et la musicalité du texte sont notables, avec notamment la douceur rendue par les expressions revisitées, le choix des prénoms des personnages dont tu pourras également nous parler par la suite, et la création d’une série audio des Mémoires de la forêt, quelle place souhaitais-tu accorder à la musique ?

    “La musique est pour moi très importante, elle fait partie de mon quotidien, j’écoute beaucoup de musique, je compose des chansons. C’est quelque chose qui est apparu très vite dans le livre puisqu’elle est une méthode de réminiscence privilégiée dans le cas de maladies neuro-évolutives ; la musique permet de retrouver des souvenirs. C’est vrai que même aujourd’hui, la musique va avec l’oralité et que s’il y a des histoires à raconter, il faut qu’elles soient agréables à raconter. Donc chaque phrase est pesée, chaque rythme de paragraphe est aussi analysé et quand j’écris, j’aime l’idée qu’on puisse partager cette histoire à voix haute. La série audio est un prolongement de mon travail, c’est l’aboutissement de cette histoire.”

    Dans tes livres la nourriture semble omniprésente, que ce soit dans les expressions reprises, les temps de dégustation et de goûter ou encore l’ajout de recettes à la fin du tome 2, quelle importance a-t-elle pour toi ou quelle ambiance peut-elle donner au récit ?

    “Je pense que la nourriture est très importante dans la sensorialité comme je l’expliquais précédemment. Lorsque l’on perd un sens, la nourriture permet d’en retrouver d’autres. Et quand on aborde un sujet aussi difficile que celui-là, il faut qu’on créé dans endroits agréables pour nos messages. En tant que libraire, on m’a souvent refusé des livres parce qu’ils étaient sûrement trop tristes alors que j’étais très heureux de les partager. Mais finalement, je comprends que certains messages doivent passer avec douceur et que la nourriture, la sensorialité et la réminiscence comme on peut le voir dans Ratatouille, permettent un accès privilégié aux messages. Et si Mémoires de la Forêt rencontre un succès c’est parce qu’il propose un lieu confortable et je ne cesserai de concevoir un refuge littéraire où se blottir lorsque la vie est difficile et la nourriture en fait partie.”

    Tes livres abordent tous les trois des thématiques assez dures et sensibles lorsque l’on s’adresse à des publics jeunes, a-t-il été difficile d’en parler à l’écrit, n’avais-tu pas peur que cela soit dur pour ton lectorat ?

    “Au contraire, je trouve que la littérature a ce pouvoir de transformer les choses et s’il y a des sujets dont je ne suis pas forcément à l’aise pour en parler à l’oral, le livre fait le travail. L’histoire permet de faire passer des messages tellement forts, tellement importants en étant habillé des plus beaux vêtements de narration. J’avais peur pour le premier volume en me demandant si un enfant pouvait s’y trouver ; et bien oui parce qu’enfaite un livre est une œuvre dans laquelle chacun choisit de prendre ce qu’il veut, s’y projette de la manière dont il le souhaite. Aujourd’hui mes peurs se sont envolées, j’ai trouvé la manière dont je voulais m’exprimer.”

    Auteur / autrice

    • Célia Courteix

      Actuellement en master littératures et médiations à l'Université de Lorraine à Metz, je m'intéresse à l'actualité culturelle et littéraire. Depuis octobre 2023, je rédige des articles pour la rubrique culture. Mes champs de prédilection sont la littérature et l'utilisation de l'IA dans les domaines culturels.

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