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Le journal pour les jeunes, par les  jeunes

La Tunisie : pays des mosaïques par excellence

La Tunisie a été une véritable plaque tournante des civilisations romaine, phénicienne, punique ou encore arabo-musulmane durant l'Antiquité et le Moyen-Âge. Et au grand bonheur des archéologues, des scientifiques, des chercheurs, touristes, amateurs ou tout simplement des tunisiens eux-mêmes, ces différentes facettes de la Tunisie laissèrent des traces de leurs passages depuis les eaux profondes de Kélibia aux paysages presque désertiques d’Oudhna. Parmi les plus beaux vestiges découverts, les mosaïques possèdent indéniablement une place de choix dans les musées de celle qui, un jour, fut un maillon essentiel de l’histoire de l’Africa Romana. Aujourd’hui, la perle de la Méditerranée possède à n’en pas douter la plus belle collection de mosaïques au monde.

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Carthage Byrsa Musée National Mosaique Toilette De Matronne

Mais d’abord, un peu d’histoire…

Au cours des trois derniers millénaires, la Tunisie a été le creuset de multiples civilisations. Amorcée par le déclin de Carthage (éternelle rivale de Rome, siège du puissant Empire Carthaginois qui domina tout le pourtour méditerranéen pendant près de 8 siècles et aujourd’hui située dans la périphérie de Tunis), la période de l’Afrique romaine a été marquée par une richesse remarquable. Mais ce déclin n’est pas dû au hasard.

La lutte entre Rome et Carthage prend de l’ampleur avec l’essor des deux cités, et après un siècle de guerres puniques, qui a failli voir la prise de Rome par les Carthaginois. C’est lors de la dernière guerre que le sort de Carthage est scellé. Les Romains assiègent la ville à partir de 149 avant J.-C. pendant près de 4 longues années, et portant leur dernier coup de glaive, ils finissent par l’anéantir complètement, en exécutant la population et en brûlant la ville.

Néanmoins, en 44 avant J.-C., Jules César déclare la fondation d’une nouvelle ville sur les ruines de Carthage (Colonia Julia Carthago), et devient sous l’Empereur Auguste la capitale administrative de la nouvelle province d’Afrique proconsulaire (aujourd’hui la Tunisie moderne). Ce rajeunissement a marqué le début d’une ère florissante, les régions fertiles du nord de la Tunisie deviennent des contributeurs essentiels à la production céréalière et d’huile d’olive de l’Empire Romain.

L’art de la mosaïque, où, quand et comment ?

Les fouilles régulières effectuées par l’Institut Nationale du Patrimoine (INP) avec l’aide de nombreux responsables scientifiques et chercheurs nationaux et internationaux, ont permis à d’innombrables pavements en mosaïques de voir le jour et ce, dans les différents sites archéologiques répartis sur tout le territoire et plus précisément sur les plus importantes cités de l’Africa Proconsularis telles que Carthage, Sousse, Hadrumète, Dougga, El Jem, Oudhna, ou encore Bulla Régia. Des mosaïques qui ornaient les murs, plafonds, sols et
jardins des maisons de ville et les domaines ruraux appartenant à l’élite africaine.

En effet, celles-ci étaient un signe extérieur de richesse, et donc seule une élite bourgeoise pouvait se permettre d’en commander auprès des artisans ou de faire tirer son portrait. Les fouilles ont également révélé au jour des objets eux-mêmes décorés de mosaïques, tels que des tables, des bancs ou de la vaisselle. On y retrouve de nombreuses scènes de la vie quotidienne, bucolique. et des pratiques de l’époque, allant du foyer, aux fêtes et banquets, en passant par la chasse ou la guerre, les jeux du cirque, les récoltes, les scènes religieuses (mythologiques) ou encore les activités artisanales. De nombreux portraits (des propriétaires de demeures notamment) ont également été retrouvés. Enfin, les natures mortes ou « xenias » (végétaux, fleurs, animaux…), sont aussi beaucoup représentées en mosaïques. Entre le IIème et le VIème siècle, l’art de la mosaïque s’y est considérablement développé.

Mais l’art de la mosaïque aussi possède sa propre histoire. Faisons donc un saut dans le temps pour voir comment ce savoir-faire millénaire s’est transmis de génération en génération, et comment il a pu conquérir une grande partie de la Méditerranée, dont nous pouvons aujourd’hui admirer les restes dans les musées d’Orient et d’Occident. 

L’art de la mosaïque avait déjà été pratiqué par les anciens Egyptiens et les Assyro Babyloniens, puis prend son véritable essor au IIème siècle. Il apparaît ensuite vers le IVème siècle dans le monde punique, où nombreux artistes alexandrins vinrent s’établir et enseigner cet art en Tunisie. Un art qui s’est exporté par la suite en Algérie, en Sicile et jusqu’en Espagne.

Avec l’arrivée de l’invention de l’”opus tessellatum”, les « tesselles », éléments de pierre, de brique, de marbre ou de pâte de verre finement taillés avec des arêtes jointes, remplacent les cailloux naturels, utilisés jusqu’alors. Selon cette première technique, on constitue les formes géométriques de l’encadrement, à partir de simples tesselles carrées (de 2 cm sur 2 cm par exemple). 

On y développe un style original marqué par la polychromie et l’extrême variété du répertoire décoratif. La terre cuite donnait les rouges. Pour les autres couleurs, il fallait recourir aux marbres ou aux autres pierres. Et si la couleur désirée n’existait pas, on faisait appel, en dernier ressort, à la pâte de verre. Des mosaïques chrétiennes des IVème et VIème siècles comportaient même des tesselles incluant une feuille d’or. 

Aujourd’hui, les mêmes techniques ancestrales sont utilisées par les mosaïstes pour confectionner leurs commandes, à savoir : fragments de pierre, céramique, émail ou de verre, assemblés afin de former un motif.  

Le musée du Bardo, gardien des trésors de la Tunisie…

La Tunisie est certes un lieu extrêmement touristique, où plages de sables fins, hôtels luxueux, balades dans les vieux souks et randonnées chamelières sont au rendez-vous. Mais elle ne se limite pas seulement qu’à cela. La Tunisie est aussi riche de près de 3000 ans d’histoire, et le meilleur endroit pour en apprendre un peu plus et se cultiver l’esprit est sans aucun doute le Musée du Bardo, à proximité de Carthage, deuxième plus connu après celui du Caire. 

Le musée prend ses quartiers dans les anciens appartements du Palais des Beys. Il endosse réellement la fonction de musée en 1885 sous le protectorat français en tant que musée des antiquités nationales. Ce n’est qu’en 1956 qu’il prendra son nom d’aujourd’hui. Avec ses airs nous rappelant le célèbre Palais de l’Alhambra, c’est en son sein que les visiteurs curieux pourront se perdre dans ses dédales et admirer la plus grande collection mondiale de mosaïques, provenant des sites romains et byzantins, qui occupent plus de 50% de l’espace d’exposition !  Les différentes collections couvrent la préhistoire et les époques phénicienne, punique, numide, romaine, chrétienne et arabo-islamique. 

On y retrouve des mosaïques de toutes échelles et de toutes tailles et ayant un degré d’émerveillement différent. Certaines ne représentent qu’une simple grappe de raisin, un combat d’ours, un paon qui se fond dans un décor végétal ou encore un pêcheur, l’air préoccupé, au milieu de multiples créatures marines. La richesse de l’Afrique romaine reposait sur l’agriculture, et le thème des Quatre Saisons revenait assez régulièrement dans les mosaïques. D’autres représentent quant à elles des événements mythologiques importants mais aussi les portraits des grandes figures de l’Empire. 

Cependant, les pièces maîtresses du musée du Bardo, et ce, même les guides et fin connaisseurs s’accordent à le dire, sont les suivantes : “Le triomphe de Neptune”, “Ulysse et les sirènes” et enfin “L’alcôve de Virgile”. 

“Le triomphe de Neptune” est une œuvre monumentale du IIème siècle, située à l’entrée du musée. C’est la plus grande mosaïque découverte en Tunisie, mesurant 13 mètres sur 8, mais aussi la plus grande mosaïque verticale et une des mieux conservée au monde ! Provenant de Sousse, elle fut retrouvée dans la maison d’une riche famille du IIIème siècle après J.-C. On y admire notamment Neptune (Poséidon pour les Grecs), le dieu de la mer, sur son char avec son trident, tiré par des chevaux marins, entouré par des hippocampes, des sirènes, et autres naïades, dans une scène dite dionysiaque, affrontant des pirates sur un bateau. 

Triomphe de Neptune, mosaique, salle de Dougga, Bardo museum – Tunisie.

“Ulysse et les sirènes” est une autre mosaïque incontournable du musée du Bardo. Elle fut découverte sur le site archéologique de Dougga et date du IIIème siècle. Cette mosaïque de 3,80 mètres de haut sur 1,30 mètre de large représente Ulysse, le héros mythologique de l’Odyssée d’Homère, roi d’Ithaque, ligoté par les mains au mât de son navire pour résister au chant des sirènes, trompeur et dangereux. Il est entouré de quatre compagnons assis, les oreilles bouchées avec de la cire afin de ne pas se laisser tenter eux-aussi. 

Mosaic of Ulysses tied to the mast of a ship to resist the songs of the Sirens, from Dougga, exposed in the Bardo Museum. (Denis Jarvis)

Et en dernier, le fleuron de la collection de mosaïques est la seule mosaïque connue représentant le poète romain Virgile. Datant du IIIème siècle, cette pièce a été découverte dans une villa de Sousse en 1896 et représente le poète assis composant sa célèbre épopée, l’Énéide. Ce dernier est entouré de Calliope (ou Melpomène pour les Grecs), la muse de la poésie et de l’éloquence et de Clio, la muse de l’histoire. Cette mosaïque est considérée comme un véritable bijou d’exception, notamment dû à sa rareté, sa conservation et sa beauté, mais aussi grâce à son apport considérable à l’Histoire de l’art. Elle correspond à l’apogée de la mosaïque romaine, du Ier au IVème siècle, car ensuite la technique sera moins raffinée.

Mosaïque romaine du IIIème siècle entourée d’une frise, au Musée du Bardo. Au centre Virgile assis, en toge blanche, avec en main le rouleau de L’Énéide entre deux Muses en robes pourpres, Clio tenant un parchemin et Melpomène un masque de théâtre. Découverte à Sousse, en Tunisie. (Boyd Dwyer)

D’autres merveilles restent encore à découvrir…

Jusqu’à présent, nous avions exclusivement parlé du musée du Bardo et des moultes merveilles que celui-ci renferme. Cependant, il n’existe pas qu’un seul musée en Tunisie qui vaut le détour, comme il n’existe pas seulement Carthage qui vaut la peine d’être visité. Les musées de Carthage, Sousse, El Jem, Nabeul, Mahdia ou encore Kelibia possèdent eux aussi leur chef-d’œuvre !

“La Dame de Carthage” est une magnifique mosaïque de grande envergure que vous pourrez retrouver au musée national de Carthage, découverte en 1953 dans une villa d’époque. Elle date probablement du Vème siècle. D’autres mosaïques remarquables sont à découvrir dans le musée archéologique d’El Jem, également d’une grande richesse. Une majorité d’entre elles ont été réalisées entre le IIème et le Vème siècle après J.-C. Enfin, une magnifique collection de trésors sous-marins vous attend au musée de Mahdia comportant des pièces, sculptures, statuettes, mobilier ainsi que de nombreuses œuvres d’art. Mis au jour à la suite de la découverte d’une épave d’un navire marchand grec ayant échoué sur les côtes de Mahdia au Ier siècle av. J.-C.

La Dame de Carthage, Carthage National Museum (Tunisia). (Pradigue)

Enfin, un des plus beaux joyaux cachés de l’histoire de la Tunisie, qui mérite amplement plus de reconnaissance, est la ville antique d’Uthina (Oudhna) située à 30km à Bizerte, au nord. Ancien comptoir carthaginois fondé par les phéniciens trois siècles avant la fondation de Carthage. Malheureusement, la mer s’étant petit à petit retirée au fil des années, la ville et son port ont perdu de l’importance. Plus tard, les romains réaménagent une ville sur ce même site, et permettent ainsi à l’ancienne cité portuaire de retrouver un certain charme. Aujourd’hui, on y retrouve toutes sortes de vestiges, des maisons, des thermes, des temples, des tombes puniques, et bien sûr, des mosaïques.

Nous pouvons ainsi aisément dire que la mosaïque est un élément fondamental de la culture tunisienne, où celle-ci y fut à son apogée. Est-ce un hasard si l’une des plus importantes radios du pays s’appelle Mosaïque FM ? Un nom symbolique s’il en est pour une nation très plurielle.

Auteur / autrice

  • Nour Mnasri

    Étudiante en Sciences politiques et relations internationales à HEIP, et ayant toujours eu un interet pour le monde journalistique ! Écrire sur des problématiques actuelles qu'elles soient politiques, culturelles ou environnementales me permet de m'exprimer et de partager mes connaissances.

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