Les Borucas, véritable joyau de la culture costaricienne

Le 31 décembre dernier, pour les indigènes costariciens Borucas, l’heure était à la fête. Comme chaque année, ils célèbrent leur histoire et leur indépendance lors de festivités s’étalant sur trois jours. Retour sur ce festival des plus singuliers.

Un village délaissé des touristes

Si les touristes élisent le Costa Rica comme destination pour leurs prochaines vacances, c’est bien souvent pour la multiplicité des paysages sensationnels qu’il propose, allant du bord de mer à la jungle, sans oublier ses impressionnantes forêts. Mais, bien plus qu’un refuge pour les adeptes de surf ou de yoga, derrière le Costa Rica se cache une histoire étonnante, à côté de laquelle un bon nombre de visiteurs passent.

Bien souvent le grand laissé pour compte des touristes, le village Boruca est pourtant, indéniablement, un must do [à faire absolument] ! Excentré à l’extrême sud du pays, et accessible en quelques heures de bus depuis la capitale, ces terres sont l’une des deux seules qui abrite encore les autochtones Borucas, étant historiquement les premières populations du Costa Rica.

Loin de vivre dans des habitations de fortunes comme le dépeignent souvent les clichés européens, les Borucas logent dans des maisons modernes, certes un peu plus rudimentaires qu’en France. Dans ce petit village d’environ 2000 habitants, tout le monde se connaît : en plus d’être liés par une histoire commune, les habitants travaillent chaque jour main dans la main pour la faire perdurer.

Un festival haut en couleurs  

Toute l’année, les Borucas s’attellent aux préparatifs de leur propre festival, qui prend place du 31 décembre au 2 janvier. À l’ordre des festivités : célébrer la survie de leur communauté. « Cette fête est très importante pour nous, car c’est notre façon de crier haut et fort que nous sommes toujours là, que nous avons gagné notre combat face aux colons », explique Marina, habitante du village. Elle ajoute : « Toute l’année, l’association du village organise des activités pour financer la fête, car pendant trois jours, personne ne travaille, et il faut nourrir tout le monde ». Chaque weekend, le comité communal propose donc diverses activités ludiques pour collecter les fonds nécessaires. Le bingo connait un succès particulier : si en France on l’associe plutôt au passe-temps des personnes âgées, chez les Borucas, il réunit tout le monde : les grands, et les moins grands ! 

Mais, il faut aussi préparer les costumes, indispensables à la traditionnelle « baile de los diablitos » [danse du diable en français], spectacle très attendu. « La moitié des hommes du village se déguisent en colons espagnols, et portent des masques représentant des taureaux, tandis que l’autre moitié incarne notre peuple, avec un masque à l’effigie des diables. Ils mettent en scène un combat, où les diables finissent par l’emporter sur les taureaux, et les chassent. C’est une façon ludique et joyeuse de célébrer notre histoire et de rendre hommage à nos ancêtres », confie Maria, la fille de Marina.

Photo des indigènes costariciens en costumes traditionnels lors du festival annuel organisé par le village Boruca

Un savoir-faire unique, transmis de génération en génération

Les masques en question, la plupart des touristes passent devant dans les boutiques de souvenirs des quatre coins du pays sans vraiment connaître leur origine. En réalité, ils sont entièrement fabriqués à la main par les hommes de Boruca. A partir d’un simple morceau de bois, la gent masculine parvient à y graver des merveilles. Feuilles, animaux, fleurs : la nature, très importante au cœur des costariciens, est mise à l’honneur sur les masques. Si tous maitrisent la sculpture du bois, il n’en est pas de même pour la peinture : seuls deux ou trois habitants manient parfaitement les pinceaux et se voient confier la précieuse tâche.

Photo de trois masques borucas, entièrement réalisés à la main

Les femmes, quant à elles, sont relayées au tissage : elles ont la mission de confectionner les habits traditionnels. Filer le coton, colorer les fils, les assembler, pour au final former toute une collection d’articles en tissu : sac, ceintures, toges … La teinture des fils suit d’ailleurs un procédé bien particulier : « Nous utilisons des éléments de la nature, par exemple, cette feuille, une fois écrasée, me donnera la couleur bleue, et ce fruit, la couleur orange », indique Marina. Après avoir immergé les fils pendant plusieurs jours, ceux-ci en ressortiront avec des allures aux couleurs vives. Après le séchage, place au tissage. Là encore, ces connaissances sont transmises de génération en génération, et plus particulièrement de mères en filles.

Photo de Marina, membre du village Boruca, en train de teindre les fils de coton à partir d’éléments naturels

Alors, même si, jusqu’alors, la plupart des touristes passent à côté de la communauté indigène des Borucas, elle n’en est pas moins le véritable joyau de la culture costaricienne et vaut indéniablement le détour !

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