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Le journal pour les jeunes, par les  jeunes

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L'effet Matilda: les prodiges mise au second plan

“Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a.” Mathieu 13 :12
Pas de panique c’est bien un article sur la reconnaissance des femmes dans les milieux culturels et scientifiques et non pas sur la messe de dimanche dernier.
En fait de ce passage de l’évangile est à l’origine du nom d’un mécanisme en sociologie des sciences qu’on appelle « l’effet Mathieu ».

L’effet Mathieu kezako ?

Théorisé par le sociologue Robert King Merton dans les années 60 cette théorie admet que le succès et la gloire tiré des grandes découvertes sont partagés inégalement dans une équipe de chercheur et que l’essentiel de la reconnaissance revient généralement au scientifique ou à l’artiste le plus éminent

« On ne prête qu’aux riches », à la banque comme dans les remises de prix, le Nobel est attribué à ceux qui ont déjà un nom tout comme les Molières et les Goncourt, au fond c’est assez intuitif là où ça l’est moins c’est dans sa variante :

« L’Effet Mathilda »,
Nommé ainsi en référence à la militante et écrivaine américaine du XIXème siècle Matilda Joslyn Gage. L’effet Mathilda désigne l’oubli dans lequel sont souvent plongés les noms de collaboratrices de grandes découvertes

 Ada Lovelace, Lise Meitner, ou Eunice Foote, un œil sur ces femmes oubliées par la postérité.

Ada lovelace par le peintre suisse Alfred Edward Chalon, 1840.
Ada lovelace par le peintre suisse Alfred Edward Chalon, 1840.

                                                             ADA LOVELACE
Ada lovelace, est peut-être l’une des plus connues de ces femmes prodiges que l’histoire a oublié. Née en 1815 à Londres, c’est la fille du célèbre poète romantique Lord Byron, elle  grandit sans lui après le divorce de ses parents dû aux tentatives multiples d’agressions de Byron sur sa mère.

Ada doit son accès à l’éducation par le privilège social que lui confère son rang d’aristocrate et le soutien de sa mère la baronne de Wentworth qui la poussa à développer ses talents dans une époque où au Royaume-Uni il était très mal vu pour une femme de travailler et d’étudier.
Contrairement à son père et loin du domaine classique pour les femmes de son rang, ce n’est pas vers les Belles Lettres qu’Ada Lovelace s’est tournée.

Grâce à son attrait pour les sciences et les mathématiques appliquées (et les bons contacts) elle rencontre le scientifique anglais Charles Babbage qui devient son précepteur.

Plus tard, en 1842, Ada Lovelace entreprend la traduction du français vers l’anglais du mémoire de Babbage sur la machine analytique. Elle y ajouta ses observations et instructions dans un rapport de 7 notes qui correspondent à 3 fois le volume de l’œuvre de Babbage, à l’intérieur on y trouve un algorithme détaillé permettant de calculer les nombres de Bernoulli.
 Le programme qui résulte de cet algorithme est considéré comme le premier programme informatique au monde.

Bien qu’Ada Lovelace resta relativement anonyme, son nom et sa contribution demeurent reconnus par la communauté scientifique:
Alan Turing considéré comme l’un des plus grands scientifiques du 20e siècle la mentionne dans son célèbre article de 1950, “Computing Machinery and Intelligence”.
Grace Hopper, une pionnière de l’informatique et la créatrice du premier compilateur pour un langage de programmation, a souvent reconnu l’influence des travaux d’Ada Lovelace.
Morte prématurée et ruinée à cause d’une addiction pour les jeux et des investissements personnels dus au manque de financement de l’Etat, Ada ne fut connu du grand public que dans les années 80 quand la CII (Compagnie internationale pour le langage Informatique) nomma son langage « Ada ».

                                                                 LISE MEITNER
Lise Meitner, née à Vienne en Autriche en 1878, est la deuxième femme diplômée docteure de l’université de Vienne en février 1906 obtenant la plus haute mention (Summa cum Laude)  pour son doctorat d’études sur les équations de Maxwell et le lien entre la conduction électrique et le transport de chaleur, plus précisément sur « la conduction de la chaleur dans les solides inhomogènes ».
Alors que la voie académique était fermée pour les femmes à l’époque, Lise Meitner continua la recherche de manière indépendante et réussit même à expliquer et à développer certains problèmes que rencontrait Lord Rayleigh prix Nobel de Physique (1904). En parallèle la docteure en physique débuta les recherches sur l’absorption dans les métaux des rayonnements alpha et bêta. Elle établit un dispositif destiné à mettre en évidence la diffusion des particules alpha.
Quelques années plus tard, Ernest Rutherford découvrit l’existence du noyau atomique, grâce aux recherches de Lise Meitner entre autres.
En 1907 Meitner partit pour Berlin, l’université étant inaccessible aux femmes elle reçut l’autorisation exceptionnelle (car il était opposé à l’éducation des femmes) de son professeur le Célèbre Max Planck, fondateur de la mécanique quantique.
Sa carrière ultra prolifique malgré une misogynie assumée et l’antisémitisme nazi (qui la poussa à fuir en suède en 1938) qui l’empêcha d’accéder aux grands prix du monde scientifique tel que le prix Nobel qu’elle ne gagnât jamais après 48 nominations.
Lise Meitner, pacifiste convaincue refusa de participer au projet Manhattan visant à créer la bombe atomique. Elle cessa également de publier tout article sur la fission nucléaire dans la peur que ses recherches soient reprise par le régime Nazi.
Bien qu’elle connût un franc succès aux États-Unis et qu’elle fut membre de l’Académie des sciences autrichiennes, Lise Meitner n’a pas autant retenu l’attention que ses contemporains.

Eunice Newton Foote. Crédits : Ida Hinman, The Washington Sketch Book, Wikimedia commons

                                                                    EUNICE FOOTE
Contrairement aux deux précédentes figures, Eunice foote est restée complètement anonyme. Ce n’est qu’en 2011 par un pur hasard que son travail est redécouvert et diffusé dans le monde scientifique et chez les plus curieux. 
En effet, c’est un géologue américain travaillant sur les réserves pétrolières en Amérique du nord qui a découvert par hasard les recherches et protocoles d’Eunice foote dans un grenier.

Eunice Foote de son nom de naissance Eunice Newton est la fille d’Isaac Newton Junior, elle n’est pas comme on pourrait le croire une descendante de l’illustre Isaac Newton. En fait c’est la fille et la petite fille de deux autres Isaac qui eux étaient agriculteurs dans la ville de Goshen au Connecticut.
Foote n’a pas eu comme Lovelace une famille prestigieuse et riche,  elle n’a pas non plus grandi dans une Europe moderne où les femmes comme Meitner pouvaient justifier leurs places par leurs droits civiques en digne héritière des suffragettes.
Eunice Foote, issue d’une famille modeste au milieu des Etats-Unis du XIXème siècle dans une époque où le pays est ouvertement et légalement ségrégationniste, raciste et misogyne, réussi tout de même à développer son talent pour la science.

Eunice Foote est la première à prouver à l’aide d’un protocole expérimental et d’une démonstration théorique que l’émission de co2 provoque de l’effet de serre.

A une époque où les bouleversements climatiques sont pressants et que l’humanité peine à faire décroitre sa consommation d’énergie fossile,
Savoir que le travail d’Eunice Foote a été ignoré jusqu’à finir dans l’oubli, peut être un tantinet choquant.
Mais comment est-ce arrivé au juste ?

Il est commun de dire et de penser que c’est John Tyndall qui a découvert en 1859 les mécanismes de l’effets de serres mais on sait maintenant que l’article de Foote nommé « Circumstances affecting the heat of the sun’s rays » met en lumière ces mécanismes mais 3 ans avant Tyndall.
Selon le Physicien et Historien John Perlin qui s’est penché sur la biographie d’Eunice Foote, il est possible que Tyndall se soit servi du travail de Foote sans la nommer dans la mesure où John Tyndall, d’origine irlandaise, était l’éditeur du British Philosophical Magazine lorsque la revue a rééditée un article d’Elisha Foote (le mari d’Eunice Newton Foote qui publiait en son nom pour déjouer les restrictions anti-femmes des Etats-Unis)
Bien sûr ce n’est que supposition, pour l’historien Roland Jackson, la communication entre les États-Unis et l’Europe au 19e siècle était trop limitée pour permettre une diffusion efficace des avancées scientifiques d’un continent à l’autre.
Si les articles d’Eunice n’ont eu quasi aucune portée c’est par ce qu’elle ne fut pas autorisée à présenter son travail auprès de l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS).
Cependant on sait que ses travaux ont été présentés par le professeur Joseph Henry lors de la réunion annuelle de l’association le 23 août 1856 
La préface du professeur sur l’article d’Eunice Foote indiquait :  « Science was of no country and of no sex. The sphere of woman embraces not only the beautiful and the useful, but the true. » (en français : « La science n’avait pas de pays ni de sexe. La sphère de la femme englobe non seulement le beau et l’utile, mais aussi le vrai. »).
Pourtant l’article de Foote sera tout de même écarté de la revue « Proceedings » de la AAAS, qui rassemble normalement toutes les publications présentées lors de sa réunion annuelle sans exception.
 L’unique copie de l’article de Foote a été publié dans The American Journal of Science and Arts, qui n’est à l’époque qu’une petite revue universitaire.

Des noms comme Tyndall ou le prix Nobel Steven Arrhenius ne sont pas à effacer et leurs contributions scientifiques restent importantes, en revanche l’effacement volontaire du travail d’Eunice Foote est une erreur du passé qu’il faut s’efforcer de réparer.

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